Intervention de Patrick Yeni

Réunion du 15 mai 2013 à 9h00
Commission des affaires sociales

Patrick Yeni, président du Conseil national du sida :

Quelques mots sur le bébé diagnostiqué séropositif à l'infection par VIH et désormais « guéri ». Quelques cas suggèrent une guérison possible, mais ils sont exceptionnels et la transposition en pratique médicale courante n'est pas possible aujourd'hui. Dans ce cas spécifique, la contamination a eu lieu lors de l'accouchement ; le nourrisson a reçu une trithérapie dans les heures qui ont suivi son infection, avant que le VIH ne commence à se multiplier dans son organisme, et le virus est aujourd'hui indétectable. Cela ne signifie pas de manière absolue que la fillette soit guérie – peut-être les techniques dont nous disposons ne sont-elles pas assez fines pour démontrer la présence du virus –, mais c'est possible. On sait que l'on peut guérir de l'infection par le VIH, mais on sait aussi que ce sera dans une décennie au mieux ; les traitements d'éradication, extrêmement complexes, ne sont pas encore au point, et les traitements actuels ne le permettent pas. Cependant, ceux-ci peuvent rendre les patients asymptomatiques, si bien qu'ils peuvent mener une existence normale, avec une qualité de vie incomparablement meilleure de ce qu'elle était il y a dix ans.

Si l'on dénombre davantage de cas de sida chez les gens âgés de plus de 50 ans, c'est essentiellement parce que le taux de survie des personnes infectées jeunes est plus élevé qu'il ne l'était auparavant. Que l'âge moyen des personnes infectées augmente est donc plutôt bon signe.

Vous répondre au sujet des restrictions au don de sang pour les homosexuels masculins me met mal à l'aise car, à la différence du Comité national d'éthique, le Conseil national du sida n'a pas été saisi de cette question. Mme la ministre de la santé, visitant un centre de transfusion, a exprimé le caractère anormal d'une restriction au don de sang fondée sur le fait d'être homosexuel et non sur celui d'avoir des pratiques à risque. Le conseil a applaudi cette distinction et fait savoir publiquement qu'il l'approuvait. Mais la question demeure posée de savoir si, l'interrogatoire préalable au don du sang étant modifié pour mettre l'accent sur les pratiques à risque, nous sommes capables de garantir que l'on n'observera pas de contamination consécutive à un don de sang. La question est extrêmement sensible en France pour les raisons historiques que l'on sait.

Vous nous avez interrogés sur les rapports à la maladie en France et dans les autres pays d'Europe. Je tiens à saluer l'efficacité des moyens mis à la disposition de la lutte contre l'infection à VIH en France, et à souligner que de nombreux pays se tournent vers ce qui est mis en oeuvre chez nous pour s'en inspirer. M. Michel Celse vous en dira davantage sur la question de la pénalisation de la transmission du virus selon les États.

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