Intervention de Marie-Odile Bouillé

Séance en hémicycle du 5 juin 2013 à 15h00
Recrutement à la tête des grandes institutions culturelles — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaMarie-Odile Bouillé :

L'exigence de parité dont notre société a besoin pour faire sens s'impose aussi à la nomination des responsables de ces institutions. Bien sûr, il s'agit de l'application élémentaire du principe républicain d'égalité, mais il faut y ajouter l'exigence de la diversité afin de mieux prendre en compte la formation, l'origine sociale et territoriale, les expériences et les talents.

L'idée de réserver la nomination des hauts responsables à l'exécutif relève davantage de l'habitude et de la tradition de notre pays. Ce n'est pas une mauvaise idée et nos institutions culturelles ont été dirigées par des gens très compétents, mais c'est aujourd'hui une idée un peu petite et qui doit le rester. La grande idée, c'est la participation d'autres autorités au choix des responsables afin de passer d'une logique de personnes à une logique de projets. C'est aussi la préparation des recrutements par des commissions pluralistes composées d'administrateurs, de professionnels et de personnes qualifiées extérieures à l'établissement. Elles seraient chargées d'auditionner les postulants sur la base de leurs projets pour l'institution, comme nous le faisons pour certaines d'entre elles, France Télévision par exemple. Nos collectivités locales ont l'habitude de telles procédures pour leurs établissements culturels. Prenons exemple sur elles, ce n'est pas si difficile ! Je parle par expérience, ayant pu constater le bien-fondé et l'intérêt d'un tel mode de fonctionnement.

Ces nominations ne doivent plus donner l'impression, parfois à tort, de servir de cadeau de départ, de lot de consolation ou de placard doré. Combien ont été nommés et, à peine installés dans leurs fonctions, ont vu leur autorité et leur légitimité contestées ? Cela affaiblit leur action et l'image de l'institution.

Il s'agit d'éviter le fait du prince – ou de la princesse ! – et d'éviter d'entacher la probité du candidat d'un soupçon de favoritisme. Cette méthode renforcerait au contraire la légitimité d'un candidat ou d'une candidate, lui permettant d'accéder à la direction d'un établissement par un parcours de recrutement transparent et de faire partager le projet qu'il souhaite porter pour l'établissement et son projet personnel. L'implication des équipes de professionnels est une condition trop négligée de la réussite d'un projet d'établissement.

Bien sûr, la composition de ces commissions sera en elle-même un enjeu de diversité des compétences, des points de vue, des expériences. Pourquoi ne pas envisager la présence de parlementaires de la majorité et de l'opposition ?

Après une mise en place de ces nouvelles règles qui prévoient un avis préalable, il faudra poser la question de passer à une seconde étape, celle d'un avis conforme. Mais chaque chose se faisant par étape, prenons celle qui se présente à nous à travers cette proposition de résolution et actons une modification des règles de nomination à la tête des grandes institutions culturelles. C'est le sens même de leur existence : faire vivre la diversité de notre culture aussi dans l'incarnation de leurs hauts responsables.

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