Intervention de éric Besson

Réunion du 12 novembre 2013 à 17h30
Commission d'enquête relative aux causes du projet de fermeture de l'usine goodyear d'amiens-nord, et à ses conséquences économiques, sociales et environnementales et aux enseignements liés au caractère représentatif qu'on peut tirer de ce cas

éric Besson, ancien ministre de l'Industrie, de l'énergie et de l'économie numérique :

Au début des années 2000, Goodyear a vu s'exacerber la concurrence entre constructeurs automobiles et, par ricochet, la pression exercée par ceux-ci sur les fabricants de pneumatiques. En 2007, le groupe a décidé de moderniser ses usines d'Amiens en se réorientant vers des pneus à forte valeur ajoutée. La nouvelle organisation industrielle incluait, en contrepartie d'un investissement de 52 millions, un nouvel accord sur la durée et l'aménagement du temps de travail : 35 heures de travail hebdomadaire, passage aux 4x8 et ouverture de l'usine 350 jours par an.

Amiens-Sud a accepté la proposition et reçu 40 millions d'investissement, tandis que la CGT, majoritaire à Amiens-Nord, a exercé son droit d'opposition à l'encontre de l'accord signé par la CFTC et la CGC. Le second site n'a donc pas été réorganisé.

Commence alors une longue phase où s'entremêlent procédures relevant du droit social et procédures judiciaires, entrecoupées de discussions sur des projets de reprise. En 2008, Goodyear envisage un premier plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) pour 400 salariés. En 2009, le groupe propose un nouveau PSE qui toucherait 800 personnes, et annonce vouloir quitter le marché du pneu agricole au niveau mondial.

En septembre 2009, Titan, spécialiste du pneu agricole, se déclare intéressé par la reprise partielle du site d'Amiens-Nord. Son projet est rapidement contesté par des organisations syndicales, qui saisissent le tribunal de grande instance (TGI) de Nanterre. Des médiations sont ouvertes. J'arrive en novembre 2010 au ministère de l'industrie. En décembre, Titan fait une promesse d'achat, aux termes de laquelle il maintiendrait 537 postes pendant au moins deux ans à compter de la reprise du site et investirait 5,5 millions d'euros la première année.

Le 26 mai 2011 se tient à Bercy la seule réunion à laquelle va participer mon équipe, car, en ce qui me concerne, je n'ai jamais rencontré les protagonistes du dossier. Elle rassemble le P-DG de Titan, la direction de Goodyear, le préfet de la Somme et Picardie, un conseiller du ministre des Affaires sociales et un membre de mon cabinet. Le premier enjeu est d'obtenir davantage d'informations du repreneur potentiel sur son activité, sa stratégie, son plan de développement, son offre de reprise et ses engagements. Le second est de lui faire savoir que l'État est prêt à faciliter l'opération soit en mobilisant des outils financiers soit en s'efforçant de contribuer au dialogue avec les organisations syndicales.

Le P-DG de Titan refusant l'aide des pouvoirs publics, l'enjeu du débat devient moins financier que social. En octobre 2011, le TGI de Nanterre, à nouveau saisi par la CGT, suspend la procédure d'information et consultation, au motif que le plan de développement de Titan est trop peu précis. Le P-DG de Titan renonce à son offre, en pointant l'attitude de la CGT.

À partir de novembre 2011, le ministère des Affaires sociales déploie beaucoup d'énergie pour rapprocher les points de vue et faire revenir Titan à la table de discussion. Dans un entretien accordé le 18 février 2012 au Courrier picard, Xavier Bertrand appelle toutes les parties dont la CGT à leurs responsabilités. Le dialogue reprend mais échouera.

Tels sont les seuls faits que j'ai eu à connaître, en tant que ministre. Depuis lors, je ne suis le déroulement de l'affaire que par la presse.

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