Intervention de Stéphane le Foll

Séance en hémicycle du 8 novembre 2012 à 9h30
Projet de loi de finances pour 2013 — Enseignement scolaire

Stéphane le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt :

Je peux mesurer la qualité du présent débat, ayant participé cette semaine à une autre discussion budgétaire, sur l'agriculture, qui avait été beaucoup plus passionnée, pas sur le fond mais dans la façon d'argumenter... Je voudrais donc saluer la qualité de l'ensemble des interventions.

La question de l'éducation touche d'une part à la manière dont on aborde une grande question que Vincent Peillon a évoquée, celle de la République et de la conception de la citoyenneté qui lui est liée, et d'autre part à notre idée de l'avenir, aux promesses que notre action en la matière représente pour la jeunesse de notre pays.

Étant ministre de l'agriculture, je voudrais vous parler de la façon dont l'enseignement agricole s'inscrit dans cette perspective globale. Tout ce que j'ai entendu ce matin correspond à ce que je pense être la mission de l'enseignement agricole : être capables, et cela a été largement évoqué, de faire face au plus grand problème que nous ayons aujourd'hui, le décrochage – ces 20 % d'élèves qui sont en dehors et de la moyenne, et de l'élite. Comment peut-on amener ces jeunes à sortir de cette idée que de toute façon, l'avenir pour eux ne peut être fait que d'échec ? C'est cela qui est au coeur du débat.

Je crois que l'enseignement agricole a, de ce point de vue, des messages à faire passer. L'enseignement agricole rassemble à la fois enseignement initial, formation continue et apprentissage. Il compte 175 000 élèves et 16 000 étudiants dans le supérieur, 35 000 apprentis, 187 000 stagiaires en formation continue. Par ailleurs, et cela a été évoqué par le ministre de l'éducation, la proportion d'internes y est extrêmement importante, du fait sans doute que chaque établissement couvre un plus grand territoire. Les élèves s'immergent donc pleinement dans les établissements.

Nous devons continuer à travailler sur le sujet et essayer de montrer la voie parce qu'au bout du compte, 90 % des élèves qui sortent avec un diplôme de l'enseignement agricole sont intégrés dans l'emploi. Il ne suffit pas de revendiquer cela comme la réussite de l'enseignement agricole : il faut surtout la faire partager. La base sur laquelle nous agissons est bien sûr beaucoup plus réduite que celle de l'éducation nationale, mais ce que nous pouvons tirer comme conclusions de ce qui marche doit être mis au service de l'ensemble du projet éducatif.

C'est pourquoi le ministre de l'éducation nationale et moi avons décidé de mener dès le début de l'année prochaine un travail en commun, non pas pour remettre en cause la spécificité de l'enseignement agricole, mais au contraire pour lui donner la dynamique nécessaire pour participer à la grande ambition pour l'éducation et pour le pacte éducatif.

Au-delà des questions budgétaires et des postes qui sont créés, je souhaite mettre en avant plusieurs priorités. D'abord, en même temps qu'il est territorialisé, l'enseignement agricole est sectorisé selon trois grands axes : agriculture, alimentation et vivant. Cette grande question du vivant est cruciale. Elle pose des problèmes démocratiques essentiels. Elle est liée en particulier à des sujets éthiques. Il suffit de penser à la question des modifications génétiques pour comprendre combien le sujet est lourd. Dans ce cadre, l'enseignement doit poursuivre l'objectif majeur de faire évoluer notre production agricole vers des modèles qui soient à la fois économiquement et écologiquement nouveaux. C'est la première des priorités, qui implique d'ailleurs de recenser toutes les innovations. L'enseignement agricole a la particularité d'être associé à des exploitations agricoles. Nous devons faire en sorte que ces exploitations, et ce n'est pas encore le cas suffisamment, soient des exemples de l'évolution de nos modèles de production. C'est un enjeu stratégique majeur.

L'enseignement agricole, je l'ai dit, est territorialisé, mais il doit aussi, parce que l'enjeu de la promotion sociale est à mes yeux essentiel, être ouvert, non seulement sur le reste du pays mais aussi, surtout, de l'Europe. Stratégiquement, un effort doit donc être fait pour que les classes, les écoles et les lycées de l'enseignement agricole s'ouvrent à la dimension européenne. Je pense que c'est important.

Troisième point, il faut continuer en matière d'innovation. Je vise à la fois l'innovation dans la manière dont l'enseignement agricole s'installe dans les territoires et s'en imprègne et l'innovation sur les questions pédagogiques. L'enseignement agricole est ainsi le premier à avoir mis en place le contrôle continu. Celui-ci doit faire l'objet d'une évaluation, mais il a été un élément de la réussite de l'enseignement agricole, qui a permis aux élèves d'accéder aux diplômes et ainsi aux emplois.

L'enseignement agricole est aussi ouvert parce qu'il est décloisonné, parce qu'il concentre en un même lieu l'apprentissage, la formation continue et la formation initiale. Il faut que l'on soit capable de brasser encore plus des élèves différents, que l'on aille plus loin encore dans la mise en cohérence et la complémentarité d'enseignements différents mais qui visent tous le même objectif : la réussite et, au-delà, l'intégration et l'emploi.

Tels sont aujourd'hui les grands enjeux de l'enseignement agricole. Ils s'inscrivent pleinement dans le projet éducatif présenté ce matin par le ministre de l'éducation nationale, ils doivent s'inscrire pleinement dans ce grand et beau projet du pacte éducatif, cette adresse à la jeunesse, pour qu'enfin on se tourne, avec elle, vers l'avenir, et qu'on le fasse avec confiance. C'est là ce qui doit être notre ambition collective, qui devra déboucher sur une loi d'avenir dont un volet concernera spécifiquement l'enseignement agricole pour lui permettre de continuer à assumer sa mission, pour qu'il réussisse encore mieux. (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC, GDR, RRDP et écologiste.)

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