Intervention de Michel Sapin

Séance en hémicycle du 9 juillet 2015 à 9h30
Débat d'orientation des finances publiques

Michel Sapin, ministre des finances et des comptes publics :

Quelles réformes ? Celle des retraites ?

Oui, s’agissant des retraites, nous disons qu’il faut allonger la durée du travail. Oui, nous disons qu’il faudra peut-être porter l’âge légal, fixé aujourd’hui à 62 ans, à 64 ou 65 ans. Et nous assumons : nous ne sommes pas dans un théâtre d’ombres. Cela n’a pas de sens de dire que la réforme est faite et que tout va bien, alors qu’on sait très bien que le financement n’est pas là – le Conseil d’orientation des retraites l’a encore démontré récemment, et vous ne pouvez le contester. En l’absence de réformes structurelles, c’est la crédibilité de notre pays auprès de nos partenaires européens qui est fragilisée, tout comme notre modèle social. Et cela a aussi un effet sur notre souveraineté vis-à-vis des marchés financiers : vous vous êtes félicité tout à l’heure, monsieur Eckert, de ce que le poids de la dette serait moins élevé. Mais si notre pays se fragilise, ceux qui nous prêtent de l’argent ne nous accorderont plus la même confiance.

Ce n’est pas le cas pour l’instant.

Nous attendons le retour de la croissance, et d’une croissance élevée, comme en connaissent certains des pays qui nous entourent. Je ne me satisfais pas d’une croissance à 1,5 % – même si je serais déjà heureux que nous parvenions à l’atteindre.

Monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d’État, il ne peut pas y avoir de réformes structurelles sans une lutte efficace contre le chômage. Les 620 000 chômeurs supplémentaires sont là, vous ne pouvez le contester. Et votre seule réponse, pour 2016, consiste à augmenter le nombre d’emplois aidés. Votre politique de lutte contre le chômage ne peut pas se limiter à cela. Nous ne disons pas qu’il ne faut pas d’emplois aidés, mais ils ne peuvent pas constituer votre seule réponse. Je ne parle même plus de la boîte à outils : elle a disparu ! Le contrat de génération est devenu un mot interdit, alors que Michel Sapin défendait autrefois cette mesure avec enthousiasme.

Vous vous félicitez, monsieur le ministre, de maîtriser la dépense publique. Je vous rappelle que vous vous étiez engagé à faire un effort de 15 milliards d’euros pour l’année 2014. Mais la dépense publique a continué d’augmenter. En effet, vous avez substitué à la dépense budgétaire des crédits d’impôts – pas vu, pas pris, mais nous, nous avons vu ! – qui ne sont pas comptabilisés comme tels, mais qui, dans les faits, représentent bel et bien une dépense de l’État. Et ils doivent être financés. C’est habile, je le reconnais, mais cela ne suffit pas.

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