Intervention de Anne de Loisy

Réunion du 8 juin 2016 à 18h15
Commission d'enquête sur les conditions d'abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français

Anne de Loisy :

S'agissant des mérites comparés des petites et des grosses structures, le problème des grosses structures est qu'elles sont souvent assez éloignées des élevages, ce qui implique beaucoup de transport, donc du stress, donc une viande de moins bonne qualité. Par exemple, un éleveur qui se trouve dans la Seine-et-Marne et qui voudrait se rendre dans un abattoir qui ne pratique pas l'abattage rituel doit faire 380 kilomètres aller-retour. Ce sont autant de frais de carburant, de temps et d'argent. Le maillage est donc important.

Lorsqu'un camion de cochons arrive de Bretagne dans un abattoir du sud de la France, 7 à 8 % des bêtes sont mortes à l'intérieur du camion. Dans un élevage de volailles, tant que la mortalité avant l'abattage ne dépasse 8 %, on considère que vous êtes dans les normes… Imaginez qu'on vous dise qu'un enfant mort sur dix, ce n'est pas grave ! Il faudrait donc revoir ces normes. Je crois beaucoup aux circuits courts et à la proximité, ce qui impose des élevages et des abattoirs de proximité, et tout un système permettant de nourrir la clientèle des environs en faisant vivre les éleveurs. Cela recréerait un tissu social et une activité économique, tout le monde y gagnerait.

L'éleveur qui produit un animal en sachant qu'il est destiné à Mme Untel et ses deux enfants n'aura pas la même démarche que si le consommateur est un numéro et que la viande va voyager pendant deux ou trois ans autour du monde avant de finir dans une assiette.

Nous parlons beaucoup de prix, mais nous gaspillons 30 à 40 % de notre alimentation. Cela représente des tonnes de tranches de jambon qui passent à la poubelle parce qu'elles ont fini au fond du frigo et que nous les avons oubliées. Ces tranches de jambon, c'était auparavant un animal qu'il a fallu nourrir, abreuver, transporter, abattre… Tout cela représente un coût énorme.

Il est urgent de repenser notre façon de consommer aujourd'hui. Cela nous fera tous faire des économies, car en circuit court, nous achetons moins cher qu'au supermarché, et cela permet à l'éleveur de vendre à un meilleur prix, car les éleveurs ont besoin de gagner leur vie. Rappelons qu'en France, nous comptons un à deux suicides d'éleveurs par jour. Nous vivons dans une société où les gens qui sont chargés de nourrir la population se suicident. Quelque chose ne va pas, il est temps de réagir ! Il faut que nous arrivions à un système dans lequel tout le monde puisse vivre de son travail, il est anormal que les éleveurs n'arrivent pas à boucler leurs fins de mois alors qu'ils bossent au minimum soixante-dix heures par semaine. Quelque chose ne va pas.

Aucun commentaire n'a encore été formulé sur cette intervention.

Inscription
ou
Connexion