Intervention de Rudy Salles

Réunion du 15 janvier 2014 à 9h30
Commission des affaires culturelles et de l'éducation

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaRudy Salles :

Permettez-moi de vous féliciter, monsieur le président, de cette invitation que vous avez adressée aux auteurs, ici présents, du rapport qui vient de nous être présenté, un rapport remarquable et particulièrement utile. Il m'inspire les réflexions suivantes.

Si ce rapport est remarquable, c'est parce qu'il confirme le rôle de levier de croissance de la culture tout en le précisant, notamment en nuançant certaines estimations, parfois excessivement optimistes, relatives aux retombées économiques. C'est une très bonne chose, puisque la grenouille est en réalité plus grosse que le boeuf. Chacun ici a en tête, par exemple, le rapport entre le PIB culturel et celui de l'industrie automobile : il n'est donc pas besoin de forcer le trait.

Aussi ne nous privons pas de relayer ce travail : non pas parce que nous sommes dans un cénacle qui a a priori un goût particulier pour la chose culturelle, mais simplement parce que la culture n'est pas le tonneau des Danaïdes, même si, pour bien des organisateurs d'événements culturels, elle est souvent le rocher de Sisyphe.

Les périodes de restrictions budgétaires que nous traversons doivent être pour nous l'occasion de nous interroger sur les conditions d'un usage optimal du potentiel de croissance des industries culturelles et créatives. Or les pouvoirs publics ont naturellement tendance à mettre à contribution les segments économiques dont le rendement immédiat leur semble le plus faible et dont la population directement concernée leur paraît limitée. La culture, qui est trop souvent considérée comme une danseuse ou comme la cerise sur le gâteau, en est la plus évidente illustration. Le Gouvernement en fournit lui-même la démonstration puisque nous assistons depuis deux ans à une baisse continue des crédits affectés à la mission Culture.

De même, les conseillers de la ministre de la culture demeurent répartis en pôles traditionnels – livre, audiovisuel, numérique – sans qu'aucun ne soit nommément affecté à la question de la performance économique, alors que c'est peut-être par là que pourrait être entamée une réforme profonde du paquebot de la rue de Valois…

Alors que le chômage des moins de vingt-cinq ans atteint un taux jamais égalé, comment ne pas penser aux industries culturelles pour offrir aux jeunes un ticket d'entrée dans le monde du travail ? Comment ne pas se rappeler que ces industries sont la passion au quotidien du plus grand nombre d'entre eux ? Comment ne pas leur offrir la possibilité de faire de cette passion une profession ?

Un rapport de la Commission européenne de 2010 sur la compétitivité rappelait qu'entre 2000 et 2007 le taux d'emploi dans ces secteurs avait crû de 3,5 % par an, contre 1 % pour l'ensemble de l'économie de l'Union européenne. Aux États-Unis, des études ont montré que la culture et les industries culturelles représentent le plus fort potentiel de création pour les dix années à venir.

Ce rapport le confirme : il faut jouer avec nos forces dans le grand chambardement des rapports de forces internationaux, où la culture occupe une place primordiale. D'évidence, la France possède un atout maître : l'image de sa créativité culturelle et artistique, inégalée au plan mondial.

Je remercie donc une seconde fois les auteurs de ce rapport, tout en espérant qu'il inspire au Gouvernement une autre façon de mener la politique culturelle de la France.

Ma seconde réflexion a trait aux retombées économiques d'une manifestation culturelle, notamment sur le plan touristique. Nous avons ainsi organisé à Nice un Été Matisse, qui a attiré 300 000 visiteurs en l'espace de deux mois, ce qui est considérable également en termes de retombées économiques. C'est donc bien la capacité des politiques publiques à anticiper et à suivre les mutations sectorielles qui conditionne la réussite des activités culturelles et leur compétitivité à l'international. C'est là un appel à la vigilance, à l'innovation et à l'imagination des élus, ainsi qu'à leur capacité de renouvellement de l'offre culturelle territoriale. C'est tout l'intérêt d'une décentralisation pleine et effective, qui ne se réduit pas à un effet de subsidiarité vis-à-vis de l'État : toutes les grandes réalisations ont été menées à bien par de grandes personnalités repérées, ici et là, par des élus éclairés. L'élu local que je suis en est convaincu.

En revanche, si le rapport distingue les retombées directes des retombées indirectes, il ne fait pas mention de leur pérennité. La réflexion pourrait donc être utilement prolongée de ce côté-là, à l'aune par exemple d'expériences comme « Lille 2004 », capitale européenne de la culture, qui a fait l'objet d'études prouvant que les retombées étaient limitées à la durée de la manifestation – un simple effet « coup de projecteur ».

Je voudrais conclure, mes chers collègues, en citant François Mitterrand, auquel ce rapport semble donner raison. Sur ce point au moins, nous partageons pleinement sa recommandation : « C'est précisément en période de crise que la culture est prioritaire ».

À bon entendeur, salut !

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