Intervention de Muriel Pénicaud

Réunion du 6 juillet 2016 à 9h45
Commission des affaires étrangères

Muriel Pénicaud, directrice générale de Business France :

Je commencerai par évoquer l'export, puis les investissements, et finirai par la géographie et les partenariats.

Pour notre mission d'accompagnement de l'export, nous disposons d'un bijou : le volontariat international en entreprise et je salue l'initiative des parlementaires qui ont eu la bonne idée de mettre en place ce dispositif après la suppression du service militaire. Les volontaires aident véritablement les entreprises à prendre pied sur les marchés étrangers : 75 % d'entre eux décrochent lors de la première année un contrat pour l'entreprise dans laquelle ils sont en poste ; 97 % trouvent un emploi à la fin de leur volontariat. En outre, le VIE génère le capital humain international de demain. L'Association pour l'emploi des cadres (APEC) a montré dans une étude récente que 30 % des cadres internationaux interrogés avaient fait du volontariat international en entreprise.

Nous ne manquons pas de candidats : ils sont au nombre de 85 000 aujourd'hui contre 50 000 il y a seulement quelques années. La plupart sont très diplômés et sont même prêts à quitter l'emploi qu'ils occupent pour se lancer dans cette aventure. Nous sommes face à une génération façonnée par Erasmus et YouTube qui a la passion de l'ouverture internationale. Notre principal problème est de trouver plus d'entreprises où ils pourraient être affectés. Si tous les grands groupes puisent dans le formidable vivier que constitue pour elles le VIE, seules 1 900 PME y ont recours. Beaucoup d'entre elles ne connaissent tout simplement pas ce dispositif. Et quand elles le connaissent, elles estiment souvent que les démarches seront trop compliquées. Elles ignorent que Business France met à leur disposition la base de données où figurent les candidatures, recrute en refacturant et s'occupe des assurances. Une équipe veille vingt-quatre heures sur vingt-quatre aux VIE, qui sont disséminés dans cent trente pays.

Nous avons demandé aux chambres de commerce et d'industrie, aux conseillers du commerce extérieur, au MEDEF, à la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME) de nous aider à faire connaître ce dispositif, car nos équipes sont surtout présentes à l'étranger. Il y a encore beaucoup à faire.

Les VIE ne bénéficient pas tous du même soutien d'une région à l'autre : certaines n'octroient aucune aide quand d'autres, comme les Pays de la Loire, financent l'intégralité du VIE pour les très petites entreprises et les PME la première année. C'est l'une des questions que nous aborderons avec les nouvelles régions.

S'agissant des entreprises de taille intermédiaire, il me semble important d'inventer un mode d'articulation avec les grands groupes. L'une des forces de l'économie allemande est la capacité des grands groupes à emmener avec eux les ETI sous-traitantes à l'étranger à chaque nouveau contrat. Et en Italie, le caractère très patrimonial du tissu économique fait qu'une branche en amène souvent une autre. En France, les fédérations professionnelles sont très investies dans cette approche, je pense notamment au groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS) qui veille à ce que les sous-traitants soient aussi intégrés dans la dynamique de l'export. Ce type de démarche, encore trop marginal, doit se développer.

Nous pouvons nous appuyer aussi sur les pôles de compétitivité, le dispositif des familles prioritaires à l'export, l'Alliance Industrie du futur, l'Institut pour la ville durable Vivapolis, pour encourager des groupements de grandes entreprises à entraîner des PME dont l'expérience à l'étranger est sécurisée par de gros contrats.

J'en viens au grand export. Aujourd'hui, 60 % des exportations françaises sont intra-européennes. Il ne faut pas négliger les marchés européens et les nouveaux marchés qui émergent. L'Europe est la première marche sur laquelle s'appuient les entreprises. Avant d'aller à Shanghai, dans la Silicon Valley ou à Lagos, il est bon qu'elles fassent l'expérience de l'export en Europe. Cela leur permet de se familiariser avec d'autres langues et codes des affaires.

Nous consacrons 35 % de notre réseau à l'export européen et 65 % au grand export. Nous nous concentrons sur des zones qui recèlent beaucoup d'opportunités qui ne sont pas encore assez exploitées par les PME : l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Asie du Sud-Est. Le grand export réclame un accompagnement sur mesure. Au fil des années, nous notons d'ailleurs un accroissement des demandes d'accompagnement personnalisé. Sur près de 10 000 entreprises que nous accompagnons, 6 000 bénéficient d'un tel accompagnement, dont 1 000 à travers un intense coaching avec BPI. Notre travail de tous les jours est de conseiller les entreprises qui viennent nous voir, qu'elles appartiennent au secteur de l'électronique, de la cosmétique, ou de la viticulture, pour les orienter vers les distributeurs et les importateurs qui pourront donner de l'essor à leur activité.

Les frilosités des banques sont réelles quand il s'agit d'exporter vers certains pays. Je pense à l'Iran : aucune banque française n'est en mesure de prêter des fonds. Nous avons ouvert un bureau à Téhéran en octobre dernier : il connaît un formidable afflux de demandes. La technologie et le savoir-faire français sont très attendus dans ce très beau marché de 85 millions d'habitants. Ce sont des banques non-françaises – canadiennes, italiennes, allemandes –, n'ayant pas le problème de la double compétence, qui accompagnent les PME qui souhaitent exporter là-bas. Le fait que BPI s'investisse beaucoup dans l'accompagnement à l'export sur le plan financier pourra faire évoluer le comportement des banques classiques, qui se sentiront sans doute plus sécurisées.

Vous avez raison, monsieur Cochet, d'insister sur le fait que tout l'enjeu pour les primo-exportateurs est de transformer l'essai. L'exportation, comme l'innovation, suppose un investissement qui ne porte ses fruits que deux ou trois ans après. Les entreprises, la première fois qu'elles tentent d'exporter, signent rarement un contrat tout de suite ou un contrat durable. L'accompagnement des PME est décisif : une entreprise n'apportant pas de valeur ajoutée au marché dans lequel elle veut s'implanter ne réussira pas. Une étude récente a montré que 80 % des entreprises exportatrices sont parmi les plus innovantes et que 80 % des plus innovantes exportent. Le lien entre innovation et internationalisation est profond. Ajoutons que les entreprises qui exportent sont aussi les plus robustes, celles qui emploient le plus et qui embauchent le plus. Exporter suppose de remettre en cause les habitudes acquises : le bouchon d'une bouteille devra avoir une autre forme pour le marché japonais et la teinte d'une crème cosmétique devra être adaptée à la carnation des consommatrices d'un autre marché.

À cet égard, les partenariats seront décisifs. Nous avons projeté à l'international l'essentiel de nos équipes. En France, elles sont partagées entre la direction du volontariat international en entreprise, l'accueil des investissements étrangers, la promotion et le sectoriel. Nous n'avons que quelques personnels en région. Pour ne pas faire de doubles emplois avec l'argent public, nous pouvons nous appuyer sur les chambres de commerce, sous l'égide des régions. Le premier conseil stratégique donné aux PME est décisif. Il faut savoir identifier les entreprises qui ne sont pas prêtes. C'est la raison pour laquelle le travail qualitatif en amont est extrêmement important.

L'économie portuaire et maritime, madame Fourneyron, renvoie à deux enjeux : l'investissement et l'export. Nos infrastructures portuaires figurent parmi nos premières ressources pour attirer les investissements. Nous disposons du meilleur mix d'infrastructures de transports de l'Europe, qu'il s'agisse de Roissy, deuxième aéroport européen en termes de trafic et premier hub logistique – raison pour laquelle Fedex y a installé son pôle pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique –, du réseau ferroviaire, du réseau autoroutier ou des ports. Nous menons un travail avec le port de Saint-Nazaire et avec le port du Havre, avec lequel nous ciblons les relations avec la Chine, et nous rencontrerons bientôt les responsables du port de Dunkerque. La logistique a pris une importance capitale du fait de l'e-commerce. Les entreprises de ce secteur font la différence sur le coût du kilomètre jusqu'à l'utilisateur final : autant il est facile de faire fonctionner une plateforme, autant il est difficile de mettre en place une logistique performante. Notre infrastructure est l'un des arguments forts que nous pouvons mettre en avant auprès de nos interlocuteurs étrangers. Depuis quinze ans, fait peu connu, nous sommes le premier pays pour l'accueil des investissements industriels. L'un de nos atouts, outre la productivité et la qualification de la main-d'oeuvre, est la capacité à réexporter grâce aux transports. Nous n'avons pas encore épuisé toutes les possibilités que recèlent les ports mais ils constituent sans nul doute un atout à valoriser pour attirer les investissements et l'export.

S'agissant de l'investissement, précisons que la France compte 20 000 investisseurs étrangers qui représentent 2 millions d'emplois directs, un tiers de l'export français et 28 % de la recherche et développement. Autrement dit, ces entreprises font des investissements à long terme qui irriguent notre tissu économique et notre recherche.

Nous avons identifié trois priorités en matière d'investissements : l'industrie, la recherche et développement et les sièges sociaux.

Dans le domaine industriel, la France est très attractive. Parmi ses atouts principaux, il y a le marché, la productivité – qui atteint 20 points de plus que le Royaume-Uni –, la qualification de la main-d'oeuvre. Le coût du travail pouvait poser problème dans le passé mais grâce au crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), nous nous situons au même niveau que l'Allemagne. Bien évidemment, aucune entreprise ne vient en France pour investir dans le low-cost, c'est la valeur ajoutée, la qualification, l'excellence qui intéressent les investisseurs. C'est la raison pour laquelle nous sommes presque toujours en compétition avec les Britanniques et les Allemands, parfois les Pays-Bas, et quasiment jamais avec les autres pays d'Europe.

La recherche et développement sont sans doute le meilleur atout sur lequel nous pouvons compter. Il est à souligner que 9 % des investissements étrangers se font précisément dans la R & D, taux supérieur à son poids dans le PIB. Nous rassemblons des talents dans la recherche publique et privée : 80 000 ingénieurs sortis des écoles chaque année, 70 000 étudiants en doctorat, dont 40 % d'étrangers. À cela s'ajoute le crédit d'impôt recherche (CIR) que je vous prie, mesdames, messieurs les députés, de protéger : il est d'une importance décisive. Ce n'est pas un hasard si Facebook a choisi d'installer son premier laboratoire de recherche et développement hors des États-Unis à Paris en 2015. Il n'y a pas de grand groupe technologique au monde, qu'il s'agisse de CISCO, Intel. Microsoft ou Samsung, qui n'ait pas un laboratoire de recherche et développement en France. C'est une force qu'il faut développer.

Après les atouts – marché, infrastructures de transport, logistique, recherche et développement, qualification –, venons-en aux freins. Ils tiennent d'abord à la rigidité du marché du travail, réelle et perçue car il y a aussi un mélange de clichés et de stéréotypes. Les investisseurs sont très surpris de découvrir, par exemple, que le temps de travail des cadres en France est le plus élevé d'Europe avec 44,7 heures par semaine, toutes choses égales par ailleurs. Ils tiennent également à l'instabilité fiscale, très perturbante pour les investisseurs, mais nous avons beaucoup progressé avec la signature de la charte de non-rétroactivité fiscale. Rappelons qu'il n'y a quasiment pas d'investissements étrangers qui ne se fassent pas sur le long terme. Quand Alexion, société américaine de biopharmaceutique, installe un laboratoire de recherche et développement au sein de l'hôpital Necker, elle investit pour trente ou quarante ans.

Notre troisième priorité pour les investissements porte sur les sièges sociaux. Il y a eu des départs, dus principalement à des raisons fiscales. Toutefois, le régime des impatriés est venu compenser ces inconvénients, même si le régime le plus favorable est celui du Royaume-Uni. Il est important qu'il puisse être étendu pour attirer les sièges sociaux qui s'implantent avec des équipes internationales. Il ne faut pas se décrocher de la moyenne européenne en matière fiscale afin de pouvoir faire jouer à plein nos atouts.

Les métropoles, monsieur Destot, constituent l'un des enjeux de nos discussions en cours avec les régions. La loi NOTRE a confié aux régions une compétence renforcée dans le domaine international avec les schémas régionaux de l'internationalisation auxquels nous participons.

Il est important à ce stade de préciser notre processus de prospection. Chaque jour, nos équipes gèrent 30 000 données pour cibler les entreprises qui commencent à s'internationaliser ou qui seraient susceptibles d'être intéressées par nos atouts. Une fois un premier tri effectué, elles se lancent dans des opérations de prospection : 5 000 entreprises ont été ainsi contactées. De ces premiers contacts ressortent 1 300 à 1 400 projets chaque année, pour lesquels nous sommes à 90 % en compétition avec d'autres pays. Il est très rare qu'une entreprise choisisse dès le départ un pays en particulier, à moins qu'elle n'y soit déjà présente – 40 % des investissements proviennent d'entreprises déjà installées. Ces projets sont soumis à toutes les régions : chaque vendredi, dans une salle de marché virtuelle, sont présentés trente à quarante nouveaux projets d'investisseurs. Ils suscitent quatre à cinq propositions d'implantation, à charge pour les régions de travailler avec l'échelon infrarégional pour finaliser leur projet. C'est à ce niveau que l'articulation avec les collectivités territoriales prend son importance. Comme vous le savez, les régions sont en train de structurer leurs d'intervention à l'international. Tout l'enjeu est que l'international et le national, échelons auxquels nous prospectons, puis le régional et l'infrarégional travaillent en continuité.

Certaines régions avaient déployé des agences à l'étranger – l'une d'entre elles a défrayé la chronique puisque l'agence qu'elle avait montée a déposé le bilan. Elles ont renoncé à cette approche, considérant désormais que mieux valait pour elle s'appuyer sur Business France. Autrement dit, notre pays ne s'expose plus au ridicule d'avoir plusieurs agences qui viennent contacter un même investisseur. Pour l'export, dans les salons, les régions, les pôles de compétitivité se mettent de plus en plus sous une bannière commune, celle du pavillon France, ce qui n'empêche pas chaque région de conserver son identité.

Il est bien évident que la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne aura des incidences sur nos plans d'action. Il est un peu trop tôt pour tenter de préciser en quel sens. Le Royaume-Uni est un partenaire très important de la France, pour les exportations – nous avons un excédent bilatéral important – mais aussi pour les investissements, lesquels représentent plus de 10 % des investissements en France – ils ont connu une hausse de 50 % en 2014 grâce à nos actions. Avec les fluctuations du cours de la livre et la fin du passeport européen pour les établissements financiers, la donne change.

C'est l'occasion, sans préjuger des évolutions futures, de mettre en valeur les atouts de la place financière de Paris qui sont mal connus. Peu de gens savent qu'elle représente 1, 8 millions d'emplois, dont 800 000 emplois directs, ce qui la place au deuxième rang en Europe après la City, qu'Euronext rassemble 40 % des échanges au sein de l'Europe. Nos chercheurs et nos mathématiciens sont très prisés par la finance : 750 start-up sur les 10 000 start-up françaises se déploient dans le domaine de la FinTech, du big data, des systèmes de sécurité ou de la simulation. Ce capital de talents constitue un autre de nos atouts. En outre, nous disposons d'une bonne disponibilité de surfaces immobilières, notamment à La Défense et dans le cadre du Grand Paris. En 2015, les transactions ont porté sur 2 millions de mètres carrés pour des prix deux fois et demi moins chers. Le secteur financier, troisième employeur de la région parisienne, comporte beaucoup d'atouts que nous nous attachons à mettre en valeur.

La francophonie représente 20 % de nos 500 opérations collectives. Pour une première expérience, exporter vers un pays francophone met en confiance les entrepreneurs : d'une part, du fait de la langue, car beaucoup sont encore mal à l'aise avec l'anglais ; d'autre part, du fait des règles du droit des affaires, qui se rapprochent des nôtres. En outre, nous disposons du réseau d'ambassades le plus développé au monde pour l'Afrique avec 47 pays où nous sommes représentés. La diplomatie économique est essentielle pour notre action : le triangle d'or liant l'ambassadeur, le service économique et Business France est l'un des grands apports de ces trois dernières années. Les entrepreneurs sont sûrs de pouvoir compter sur des équipes aguerries.

Il ne faudrait toutefois pas que ceux-ci limitent leurs initiatives à l'Afrique francophone car nous sommes attendus aussi dans les pays d'Afrique anglophone et lusophone. Nous avons une équipe spécialisée qui gère les relations avec les grands bailleurs de fonds, comme l'AFD ou la Banque mondiale, et qui aide les entreprises à accéder à un millier d'appels d'offres dans les pays tiers – tout en respectant, bien sûr, la règle du déliement de l'aide. L'aura et le rayonnement de la France dans l'aide au développement peuvent également constituer un levier.

Nous pensons que nous pouvons aller plus loin, de façon plus vigoureuse et construite. Nous sommes en discussion avec l'OIF pour voir comment tirer mieux parti de cet avantage.

Nous avons développé aussi une activité liée à la coopération internationale. Des agences soeurs ou des pays voulant créer des agences analogues à Business France nous demandent de l'aide, financée sur fonds dispensés par l'Union européenne ou par les bailleurs de fonds mondiaux.

Pour ce qui est de l'Amérique latine, le ralentissement de la croissance au Brésil, pays important pour nous, a eu des incidences pour notre activité. Cela dit, nous avons appris avec la Russie qu'il était très important de rester mobilisés dans les pays qui traversent une période difficile. La relation de confiance est essentielle dans les affaires : partir au premier coup de vent, c'est s'interdire de revenir lorsque le soleil brille à nouveau. Nous modifions nos plans d'action mais nous ne désarmons pas. Nous avons renforcé nos équipes en Argentine, en Colombie, pays en effet très prometteur, et au Mexique où la présence française en matière d'export est très forte.

Je terminerai en vous donnant un exemple des synergies créées par la fusion. Du fait de notre rapprochement avec la SOPEXA, nous nous occuperons pour la première fois du salon international de l'alimentation (SIAL), qui se tiendra à Paris en octobre prochain. Nous pourrons à la fois valoriser des exportateurs français, faire venir beaucoup d'investisseurs étrangers intéressés par ce secteur, et faire la promotion de l'image de l'attractivité de la France. À travers des opérations communes mettant en jeu nos trois missions, nous pouvons aider les entreprises à se développer mais aussi accroître le rayonnement économique de la France.

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