Intervention de David Hubert Delisle

Réunion du 24 novembre 2016 à 10h00
Mission d'information sur les suites du référendum britannique et le suivi des négociations

David Hubert Delisle, directeur-adjoint d'Invest de Business France :

J'interviendrai davantage, pour ma part, sur l'attractivité et l'investissement étranger en France. Pour Business France, opérateur dans le domaine du développement international des entreprises en France, le Brexit constitue un moment important en termes tactiques et stratégiques, encore que nous ne savons pas quelle sera la portée du phénomène. On peut néanmoins procéder par analogie avec des événements comme la création de l'euro, l'entrée de la Chine au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), il y a quinze ans, l'apparition des technologies de l'information, il y a une dizaine d'années… Or chacun de ces événements macro-économiques ont globalement permis, au cours de cette période, le doublement des investissements étrangers en France : on est ainsi passé de quelque 500 à 1 000 investissements. Inversement, l'arrivée de nouveaux pays au sein de l'Union européenne, ces dernières années, n'a pas encore créé de mouvement d'investissement vers la France, notamment de la part des ex-pays de l'Est. Il faut se rappeler que, trente ans après l'adhésion de l'Espagne à la Communauté économique européenne (CEE), en 1986, on ne compte que cinquante investissements espagnols en France. Ces mouvements de sortie ou d'entrée doivent donc être appréciés avec le temps. Reste qu'ils génèrent des investissements parce que la modification d'un environnement économique a un impact sur la stratégie des entreprises qui doivent toujours avoir des projets si elles ne veulent pas mourir. Or ces projets ont un impact positif sur l'attractivité de la France et donc sur le nombre d'investissements que l'on est capable d'attirer.

Or il ne s'agit pas ici des pays de l'Est ni de l'Espagne mais du Royaume-Uni, premier récepteur d'investissements étrangers en Europe, avant l'Allemagne et la France, et important émetteur d'investissements vers la France : entre soixante-quinze et une centaine chaque année. On compte quelque 2 300 filiales d'entreprises britanniques sur notre sol – soit près de 250 000 salariés – qui exportent 18 % de leur chiffre d'affaires. Le Brexit, puisqu'il touche le leader des investissements étrangers en Europe et l'un des principaux investisseurs en France, crée une situation à laquelle il va falloir que nous nous adaptions.

Pour ce qui concerne Business France, nous devons nous organiser pour l'accueil de tous les projets. Il faudra d'abord tenir compte d'un décalage réglementaire créé par les négociations à venir, qui concernera presque tous les secteurs et qui aura forcément un impact, j'y insiste, sur la stratégie des entreprises ou plutôt sur les opérations des entreprises ; parfois, il sera même question d'autorisations comme pour ce qui concerne le passeport européen dans les activités financières. Ensuite, il faudra anticiper les différentiels de croissance ou les différentiels de change. À Londres, nous disposons d'un bureau pour aller à la rencontre des entreprises, certaines souhaitant être rassurées, d'autres informées, d'autres encore voulant rééquilibrer leurs opérations sur le continent ou au Royaume-Uni. Nous devons donc faire un effort de proximité important vis-à-vis des entreprises britanniques. Et, au-delà de ces dernières, puisque le Royaume-Uni est le premier pays d'accueil des investissements étrangers en Europe, nous devons être plus proches des entreprises de toutes nationalités et notamment des entreprises américaines qui disposent au Royaume-Uni de 900 milliards de dollars d'actifs. Ces actifs sont localisés au Royaume-Uni pour servir à l'ensemble de l'Union européenne.

Ainsi, en tâchant d'être le plus proches des entreprises internationales – britanniques et américaines, donc, mais aussi japonaises, indiennes et chinoises – nous travaillons sur l'opportunité grâce à laquelle ces investissements pourraient être désormais dirigés de manière plus massive vers le continent, vers l'Union des Vingt-Sept.

Business France participe par ailleurs à l'initiative Choose Paris Region, rassemblement de moyens d'acteurs franciliens – conseil régional, métropole du Grand Paris, Ville de Paris, chambre de commerce et d'industrie de région Paris-Île-de-France et, donc, Business France – destiné à créer une équipe de collaborateurs dédiés à l'accueil et à l'accompagnement d'investissements liés au Brexit. Cette équipe est en place depuis le 1er septembre et dispose déjà d'un portefeuille d'activités.

Pour bénéficier des effets positifs de ces investissements étrangers, nous devons appréhender l'attractivité de la France – sur laquelle il convient bien évidemment de toujours travailler – de manière relative : c'est le différentiel d'attractivité que les entreprises prennent en compte et non l'attractivité en soi d'un pays. Or l'attractivité de la France par rapport à celle de ses concurrents dépendra, d'une part, du décalage induit par les négociations post-Brexit, mais aussi de la réaction britannique, le Royaume-Uni tâchant d'ores et déjà de renforcer son attractivité. Il y a en outre fort à parier que le patriotisme des entreprises britannique sera important.

Nous anticipons donc, à travers les décalages réglementaires et le renforcement de l'attractivité de part et d'autre, une modification du jeu. Si, je le répète, nous ne connaissons pas la portée du Brexit, nous nous sommes organisés, en matière de prospection, pour être plus près des investisseurs étrangers et pour mieux accueillir, sur l'ensemble du territoire, les investissements post-Brexit – objet de la création, pour l'Île-de-France, du guichet unique.

Aucun commentaire n'a encore été formulé sur cette intervention.

Inscription
ou
Connexion