Intervention de Richard Patry

Réunion du 30 novembre 2016 à 9h30
Commission des affaires économiques

Richard Patry, président de la fédération nationale des cinémas français, FNCF :

Bien avant le BTS, la formation au cinéma, en France, commence dès la maternelle, avec des dispositifs d'éducation à l'image exemplaires que nous avons réussi à mettre en place, avec l'ensemble de la filière, dans les écoles, les collèges et les lycées. Toutefois, la réforme des collectivités territoriales, en particulier au niveau des départements, nous donne quelques motifs d'inquiétude concernant la prise en charge des transports, dans le cadre de l'opération « Collège au cinéma ». J'appelle votre attention sur ce point, car, pour faire de l'éducation à l'image, il faut aller au cinéma. Dans un monde où les enfants sont bombardés d'images, il est capital de ne pas renoncer à l'éducation à l'image dès le plus jeune âge. Il faut leur apprendre à lire les images et à aller au cinéma, car c'est en allant au cinéma jeune que l'on continue à y aller toute sa vie.

Nous sommes en pleine discussion, avec le CNC, pour engager une réforme du secteur de l'Art et essai. En ce qui concerne l'aide aux films les plus fragiles, il faut, en effet, favoriser leur diffusion. C'est un point majeur de la réforme dont nous débattons.

En revanche, je relativise la question de la programmation des gros films dans les salles d'Art et essai les plus vertueuses. Certaines d'entre elles ont souhaité diffuser Star Wars. Mais Star Wars ne fait-il pas aujourd'hui partie de la culture cinématographique ? N'était-il pas légitime que ces salles consacrent quelques séances à la diffusion de ce film en version originale ? Les salles d'Art et essai diffusent majoritairement – 95 % de leurs séances dans les grandes villes – des films recommandés Art et essai. Comme tous mes collègues, je suis très attaché à ce secteur. La réforme de l'Art et essai est importante à nos yeux et je remercie le CNC de travailler avec nous sur le sujet.

Je vous ai dit que le secteur de l'exploitation en général allait bien, avec le franchissement du seuil des 200 millions d'entrées, mais tous les secteurs sont en forme – grande, moyenne, petite exploitation –, et celui de l'Art et essai ne va pas mal non plus. Paradoxalement, celui qui nous inquiète le plus, aujourd'hui, c'est Paris, qui perd ses entrées cinéma au profit de la banlieue. C'est un phénomène auquel nous sommes particulièrement attentifs.

En ce qui concerne la chronologie des médias, nous sommes solidaires des autres acteurs de la filière, mais il serait suicidaire de réduire la fenêtre d'exploitation des salles. Aujourd'hui, la salle de cinéma est un lieu de convivialité, de rencontre, mais aussi d'exclusivité. On va au cinéma parce qu'on va voir un film qu'on ne peut voir nulle part ailleurs. Nous sommes donc très attachés à la préservation de cette fenêtre.

En 2009, nous avons fait évoluer la chronologie des médias en l'avançant de deux mois. La salle de cinéma avait une période d'exclusivité de six mois, que nous avons réduite à quatre mois. En Normandie, nous avons l'impression d'être dans le brouillard, au bord de la falaise : si l'on réduit encore la fenêtre, nous ne serons pas à l'abri d'une chute… Restons donc très vigilants.

J'en viens à la création de salles et à notre position sur les CDAC et la CNAC. Il faudrait, pensons-nous, envisager une réforme des CDAC. Ces commissions devraient remonter au niveau régional pour mieux prendre en compte l'aspect culturel et l'équilibre de la diffusion.

Monsieur Michel Sordi, j'ignore pourquoi la CNAC et la CDAC ont refusé le projet de Cernay. Comme il y avait une multitude de projets dans ce secteur géographique, la commission a sans doute préféré les suspendre tous pour essayer de comprendre un peu mieux ce qui se passait.

Vous avez parlé, Madame Annick Le Loch, d'une salle qui a brûlé en Bretagne, et dont le remplacement pose difficulté. Nous sommes très attachés au dynamisme des exploitants et nous faisons en sorte que de jeunes professionnels puissent accéder à la direction des salles de cinéma. Nous avons mis en place avec le CNC un système de prêt participatif, organisé par l'IFCIC, qui permet à de jeunes professionnels d'obtenir des fonds propres pour racheter des salles de cinéma. Si vous le souhaitez, je suis à votre disposition pour vous présenter des jeunes professionnels qui ont envie de passer du statut de directeur de salle à celui d'exploitant et qui, grâce à ce dispositif, pourraient reprendre cette salle.

J'en viens à la question de Mme Fanny Dombre Coste sur l'innovation. Depuis l'invention du cinéma par les frères Lumière et la première projection publique et payante en 1895, le cinéma n'a cessé d'évoluer sur le plan technologique. En ce qui concerne le son, on peut dire que les jeux sont quasiment faits : une technique de son immersif, atmosphérique, a été mise au point, et des salles l'installent de plus en plus nombreuses. C'est au niveau de l'image que nous allons vivre les prochaines évolutions. Depuis 1930, le cinéma fonctionne à la cadence de vingt-quatre images par seconde. Pour aller au-delà, il aurait fallu plus de pellicule, ce qui aurait coûté plus cher. Aujourd'hui, avec le numérique, il n'y a aucune raison que cette cadence reste fixée à vingt-quatre images. Des expérimentations sont en cours pour aller au-delà de cinquante images par seconde.

En outre, le spectre des couleurs visibles, que l'on appelle la High Dynamic Range (HDR), va entraîner une évolution et nécessiter des adaptations dans les salles de cinéma. C'est pourquoi, chère Carole Scotta, je pense qu'il y aura nécessairement un après-VPF. La France possède d'excellentes industries techniques qui travaillent sur ce sujet – notamment des laboratoires qui sont très en pointe.

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