Intervention de Jean-Claude Ghinozzi

Réunion du 26 novembre 2016 à 16h30
Délégation de l'assemblée nationale aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes

Jean-Claude Ghinozzi, président du Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs, SELL :

Le jeu vidéo est un secteur économique jeune qui, depuis vingt-cinq ans, est en perpétuelle croissance et en évolution constante. Plus de 55 % des Français jouent à des jeux vidéo de manière fréquente, 75 % de façon occasionnelle. Parmi les joueurs, plus de 44 % sont des femmes.

Les violences dans les jeux vidéo à l'encontre des femmes sont réelles. C'est pourquoi le syndicat que je représente s'attache depuis plusieurs années à combattre le sexisme à plusieurs niveaux.

L'industrie vidéoludique est un marché mondial : le sexisme et les violences faites aux femmes constituent un problème international, ce qui ajoute à la complexité pour lutter contre le phénomène. Le SELL est membre de l'Interactive Software Federation of Europe (IFSE), syndicat européen des éditeurs de jeu vidéo qui a doté l'industrie du jeu vidéo du système PEGI (Pan European Game Information). Le jeu vidéo est ainsi la seule industrie culturelle au monde qui a su mettre en place une régulation grâce à un groupe d'experts indépendants qui classifient les jeux vidéo en fonction de leur usage et de l'âge des joueurs, en indiquant la présence de violence, de contenu effrayant, de sexe, etc.

Aujourd'hui, tous les jeux vidéo sont concernés, qu'ils soient vendus sur support physique ou qu'ils soient dématérialisés : un éditeur qui lance un nouveau jeu sur le marché a l'obligation de déposer un dossier qui est traité par l'Institut néerlandais de classification des médias audiovisuels ou NICAM (Netherlands Institute for the Classification of Audiovisual Media), organisme indépendant qui gère la classification PEGI de plus de 33 pays.

Dans le cadre d'un conseil d'experts PEGI qui s'est réuni la semaine dernière à Varsovie, le SELL a fait part de la nécessité, avec le soutien de la secrétaire d'État chargée du Numérique, Mme Axelle Lemaire, de travailler sur la problématique du sexisme et de la représentation via la classification PEGI. Ainsi, le groupe d'experts du NICAM s'est déclaré favorable à la prévention des discriminations liées au genre et au sexisme dans les jeux vidéo en fonction des classes d'âge. C'est une victoire importante.

Depuis plusieurs années, le SELL prend position au travers de différents forums. Notre salon Paris Games Week rassemble un peu plus de 300 000 visiteurs : des familles, des femmes, des hommes – des communautés qui se côtoient, se respectent et arrivent à parler de leur passion commune pour le jeu vidéo. Nous sommes fiers de cette mixité très positive, tout en restant très vigilants au regard des débordements possibles.

Le SELL a participé à la création du collectif PédaGoJeux, qui réunit acteurs de l'industrie, associations familiales et institutions – Union nationale des associations familiales (UNAF), ministère chargé de la famille, etc. L'objectif, là encore multiple, vise accompagner les parents, les éducateurs ou les personnels associatifs confrontés aux jeux vidéo dans leur relation avec le jeune public Dans ce cadre, nous avons mené une campagne de communication durant tout le mois d'octobre. Nous continuerons ce travail d'éducation.

Parmi les éditeurs, le champion national Ubisoft intègre des personnages féminins, FIFA et Electronic Arts ont poursuivi leur développement avec l'intégration d'équipes féminines. Récemment, lors de la Paris Games Week, s'est déroulé un tournoi d'eSports dans le cadre duquel l'ESWC a organisé un tournoi spécifique pour les femmes : nous sommes très attachés à donner la possibilité à des équipes féminines de s'exprimer.

Les constructeurs de très grosses sociétés, comme Microsoft, Sony, Nintendo, ont mis en place un code de conduite, qui doit être validé par les joueurs en ligne. Par exemple, pour jouer sur PlayStation network ou Xbox live, qui réunissent plusieurs dizaines de millions de joueurs en ligne, un code de conduite doit être validé et, en cas de propos déplacés – violents, sexistes, racistes – ou d'attitudes répréhensibles, comme l'apologie du crime, des modérateurs permettent de suspendre des joueurs d'une session de jeu, voire de suspendre le compte d'un joueur, comme cela a été le cas chez Microsoft et Sony. Cette modération représente un investissement important de la part des éditeurs et des constructeurs : les équipes de modération, qui regroupent plusieurs centaines de personnes, gèrent des millions de joueurs à travers la planète. Les éditeurs et les constructeurs continuent à développer et à améliorer ces dispositifs. Notre champion national, Ubisoft a lui-même mis en place un code de conduite pour Rainbow Six où la violence, le harcèlement, le sexisme font partie des comportements inacceptables : cette modération permet d'exclure les joueurs qui auraient telle ou telle attitude dans le jeu. Ainsi, un travail de fond est réalisé, mais la route est longue.

Je termine par une autre note positive : dans notre secteur, plus de 14 % de femmes travaillent dans la production de jeux vidéo, mais l'édition affiche une quasi-parité.

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