Intervention de Alexandra Koulaeva

Réunion du 12 janvier 2017 à 10h00
Mission d'information sur les relations politiques et économiques entre la france et l'azerbaïdjan au regard des objectifs français de développement de la paix et de la démocratie au sud caucase

Alexandra Koulaeva, responsable du bureau Europe de l'Est et Asie centrale de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH :

Il est difficile de répondre brièvement à la question sur la situation dans les autres pays de l'ex-Union soviétique. C'est une vaste région, qui a connu des transformations particulièrement importantes au cours des vingt dernières années. Je travaille sur elle au sein de la FIDH depuis quinze ans, et la situation a changé de manière considérable dans tous les pays que nous suivons.

Globalement, nous constatons un recul par rapport aux espoirs suscités il y a vingt ans par l'ouverture de la région sur le monde. La société civile est accusée de représenter les intérêts étrangers et d'être au service de démocraties occidentales malveillantes à l'égard des gouvernements locaux. Le discours est beaucoup moins enthousiaste sur les droits humains universels. Certains droits sont en recul, notamment le droit d'expression.

L'Azerbaïdjan ne constitue pas une exception dans la région, mais je pense qu'il est allé un peu plus loin que beaucoup de ses voisins dans le sens de la répression et du recul des droits humains. Notamment, le nombre de personnes arrêtées exclusivement pour leur activité de défense des droits est beaucoup plus élevé que dans tous les pays voisins, exception faite de l'Asie centrale où la situation est encore plus dramatique dans certains pays.

Pour faire écho à la question de M. Premat, la Biélorussie a conservé la peine de mort, et cela fait partie de nos préoccupations principales. C'est le dernier pays d'Europe dans ce cas et, si nous avons bon espoir de voir un jour le continent sans peine de mort, nous n'en sommes pas encore là. L'existence de cette sentence mortelle et irréversible pose beaucoup de questions, notamment au vu du fonctionnement de la justice. Nous ne blâmons donc pas exclusivement l'Azerbaïdjan.

Sur le nombre de personnes arrêtées rapporté à la population totale, je considère naturellement que chacune d'elles a le droit d'être défendue à titre individuel, mais nous sommes également convaincus que les persécutions qui les frappent ne tiennent pas uniquement à leur personnalité ou à leurs activités, mais sont dirigées contre la liberté d'expression de la population en général, car la répression du droit d'expression vise à augmenter le niveau de peur dans la société. Si les défenseurs des droits humains ont bien été libérés, leur détention, même provisoire, a permis de resserrer d'un cran supplémentaire le contrôle de la population : les défenseurs des droits humains et les militants qui n'ont pas été arrêtés font beaucoup plus attention à ce qu'ils disent et ce qu'ils font.

Lorsque j'ai parlé du sentiment de manipulation des réfugiés, ce n'était pas le résultat d'une recherche, mais un ressenti de ma part et non pas des faits verifiés.

Nous pouvons nous féliciter, monsieur Mancel, que certains de vos compatriotes n'aient pas le même ressenti que moi : en France, il est tout à fait possible d'avoir et d'exprimer des opinions divergentes, ce qui n'est pas le cas en Azerbaïdjan. Vos compatriotes expriment une opinion, moi une autre : c'est la démocratie, et j'ai un profond respect pour ceux qui n'ont pas la même opinion que moi. Sans doute ne nous fondons-nous pas sur les mêmes documents, les mêmes recherches et le même vécu. Je me suis rendue à Bakou à plusieurs reprises et j'ai pu observer un certain nombre de problèmes dont je fais part dans mes rapports, mais l'expérience de personnes qui ont visité le pays dans le cadre d'autres mandats peut être différente.

Je tiens à souligner que nous avons toujours eu le soutien de l'ambassade de France en Azerbaïdjan. La mission diplomatique a toujours été ouverte et nous avons systématiquement rencontré ses membres lors de nos voyages dans le pays. Notre organisation est internationale, mais toute son histoire est liée à la France et nous avons toujours eu des relations très étroites.

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