Ce qui nous renvoie à Louis XI… (Sourires)
Lord Llewellyn. Madame Guigou, je suis entièrement d'accord avec ce que vous avez dit sur nos relations bilatérales.
Au sujet de Calais, je constate que la coopération entre nos deux pays reste extrêmement importante. Nous pensons que les principes de base des accords du Touquet restent aussi valables aujourd'hui qu'ils l'étaient il y a près de quatorze ans lorsqu'ils ont été signés. Notre Border Force (force frontalière) travaille en étroite collaboration avec ses collègues français. Nous travaillons main dans la main, en amont, pour détruire les filières de passeurs en mer Méditerranée et affronter ensemble ces enjeux dans les pays de transit et dans les pays sources. Je veux saluer la manière dont les autorités françaises ont géré la situation difficile à Calais et surtout le démantèlement de la « jungle ». Nous avons essayé d'appuyer vos efforts : nous avons mobilisé de nombreux fonctionnaires britanniques pour aider leurs collègues français pendant le démantèlement et dans la période qui a suivi, des agents du Home office ont procédé à des entretiens dans les centres d'accueil et d'orientation partout en France. À ce jour, le Royaume-Uni a recueilli plus de 750 mineurs isolés ayant des liens familiaux avérés sur notre sol. Nous avons aussi débloqué un financement assez important, de 63 millions de livres pour l'année financière 201516, et nous avons débloqué 36 millions de livres supplémentaires, soit environ 40 millions d'euros, en octobre, suite au démantèlement de la jungle. Nous allons continuer ce travail commun car la sécurité de cette frontière maritime reste capitale pour nos deux pays. Je ne dis pas du tout que la situation est réglée, mais on me dit que les flux commerciaux du port de Calais ont augmenté de 10 % depuis le démantèlement de la jungle, ce qui est un bon signe. Je salue aussi le fait que les autorités françaises aient affecté des forces de sécurité dans cette zone pour éviter que des migrants y reviennent.
Quant à ce qui va se passer pendant les deux années de la négociation, nous voulons régler, pendant cette période, la question de notre sortie mais aussi celle de notre futur partenariat. Il me semble important de le faire simultanément et, comme l'a dit M. Lellouche, nous ne voulons pas tarder.
On entend souvent dire, monsieur Myard, que la décision du peuple britannique a été motivée par des considérations liées à l'immigration. Mais comme l'a expliqué la Première ministre la semaine dernière, l'enjeu du référendum était plutôt le contrôle de cette immigration, c'est-à-dire le droit, pour le Gouvernement britannique, de dire qui peut venir ou pas au Royaume-Uni. Cette question renvoie plus largement à notre histoire particulière, à notre attachement à notre démocratie parlementaire, assez ancienne ; s'y ajoutait le désir d'une certaine flexibilité. Comme vous le savez, le débat préalable au référendum fut très vif. Tous les arguments ont été avancés de chaque côté et je pense qu'en fin de compte, le peuple britannique a pris sa décision les yeux grands ouverts. Il sait que le chemin sera parfois incertain, mais il a jugé que le plus important, pour l'avenir de son pays, était de restaurer la primauté de sa démocratie parlementaire.
Je me souviens très bien, monsieur Lellouche, de votre visite à Hong Kong. Nous commémorerons d'ailleurs le 30 juin prochain le vingtième anniversaire de la rétrocession de ce territoire à la Chine.
Je pense avoir déjà répondu à votre question concernant les 1,2 million de citoyens britanniques expatriés dans les autres États membres et les 3,2 millions de citoyens européens qui vivent au Royaume-Uni. C'est une question importante que nous voulons régler en priorité dans la négociation. Cela étant, même si nous mettons en place un système de contrôle des entrées et sorties, nous resterons un pays ouvert sur le monde et ouvert à nos amis : c'est dans le caractère des Britanniques, dans notre culture, et cela ne changera pas.
En ce qui concerne l'avenir du Royaume-Uni et l'unité des quatre nations qui le composent, la Cour suprême s'est prononcée sur le rôle du parlement écossais, de l'assemblée du Pays de Galles et de celle d'Irlande du Nord et a conclu que c'est au Gouvernement britannique de décider de déclencher l'article 50 du traité de Lisbonne. C'est donc en tant que Royaume-Uni que nous allons négocier et sortir de l'Union européenne. Cela dit, la Première Ministre a répété à plusieurs reprises que les gouvernements d'Ecosse, du Pays de Galles et d'Irlande du Nord pourront contribuer au processus de planification de notre sortie de l'Union Européenne.