Intervention de Frédéric Goldsmith

Réunion du 8 février 2015 à 16h30
Commission des affaires européennes

Frédéric Goldsmith, délégué général de l'Union des producteurs de cinéma :

La production, en France, est une activité de pointe. L'Union des producteurs de cinéma compte près de 200 producteurs pour toutes les catégories de films, du jeune producteur qui commence jusqu'à EuropaCorp, la société de Luc Besson. Cette extraordinaire diversité de production est une richesse pour notre pays. Il y a, partout en Europe, un tissu de producteurs qu'il faut défendre. Ce secteur représente, en France, à peu près 60 000 emplois directs par an et génère plus d'un milliard d'euros d'investissements.

Nous sommes également le deuxième pays exportateur de cinéma dans le monde. Il y a eu, l'an dernier, une baisse des exportations du fait de l'absence de certains projets en langue anglaise, mais il faut noter la remarquable tenue des films en langue française. La territorialité est importante. La création s'ancre d'abord sur les territoires pour rayonner ensuite dans le monde. C'est cette richesse qui est à l'origine de notre création.

La création naît d'une rencontre très subtile entre quelques personnes : un réalisateur, un producteur et, le cas échéant, un scénariste. Le processus est d'abord très concret, à l'échelle humaine, puis il devient plus technique et plus industriel en aval. Mais c'est au départ cette capacité de développement qui est à la fois fondamentale et très fragile. MEDIA joue un rôle important en la matière puisque le développement est un des premiers programmes socles. Il faut toujours avoir à l'esprit la fragilité de cette phase de développement. Plus de la moitié des projets développés ne voient jamais le jour. C'est un moment très délicat, très difficile, durant lequel les producteurs ont besoin d'un accompagnement, qui sera déterminant pour le film.

Par ailleurs, la France est très active dans le domaine de la coproduction. Le fait que notre pays bénéficie, au plan national, d'un important mécanisme de soutien n'empêche pas le développement de la coproduction, y compris au plan européen, nos principaux partenaires étant la Belgique, l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie. Le soutien apporté permet de développer des projets en commun avec des talents européens produits dans différents pays.

Bien entendu, nous sommes favorables à une augmentation du budget du programme MEDIA. Il y a, notamment par rapport aux États-Unis, un certain décalage entre l'importance attachée à la culture européenne et à son rayonnement à travers les médias audiovisuels, et le budget qui y est consacré au plan européen. Car, face aux géants des réseaux électroniques, c'est notre création, notre capacité à produire, donc notre attractivité vis-à-vis des publics qui fait notre force, et le programme MEDIA apporte son soutien au développement numérique. Par conséquent, oui, nous souhaitons une augmentation de son budget. Ce n'est pas parce que nous sommes un pays fort en matière de production que nous ne connaissons pas des phases de grande fragilité en termes de développement.

Nous ne voulons pas d'un rééquilibrage brutal au détriment de ce qui représente aujourd'hui notre force. Il faut maintenir notre capacité d'accès à ces fonds de développement, et si l'on augmente le montant de l'enveloppe, il faut augmenter les moyens destinés aux nouveaux supports numériques.

J'en viens à la directive SMA.

D'abord, je me félicite que le projet intègre le pays de destination pour ce qui concerne la possibilité de créer des obligations d'investissement pour les services de médias audiovisuels.

Quant aux quotas, le dispositif peut sembler rudimentaire, mais il est très efficace parce qu'il crée un lien direct entre le fait de cibler un pays et l'obligation d'acquérir des oeuvres dans ce pays pour construire l'écosystème qui fait que le public est désireux de découvrir de la diversité. Investissements et quotas sont comme les deux faces d'une même pièce.

Michel Hazanavicius a évoqué son souhait d'un quota de 50 %. Ce serait le rêve ! Un quota de 40 % « seulement » contraindrait déjà les grandes plateformes mondiales qui s'installent dans un pays à participer à l'écosystème de la créativité européenne et permettre à ces pays de sortir de la passivité vis-à-vis de l'offre.

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