Intervention de Daniel Fasquelle

Réunion du 15 février 2017 à 10h00
Mission d'information sur les suites du référendum britannique et le suivi des négociations

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaDaniel Fasquelle :

Je salue le travail accompli. J'approuve les grandes lignes du rapport et les propositions qu'il contient. Je partage le point de vue que les Vingt-Sept doivent rester unis face à un Royaume-Uni qui cherchera à les diviser et à engager des négociations bilatérales ; il en va de l'avenir de l'Union. J'approuve aussi l'idée qu'un État sorti de l'Union ne saurait bénéficier des mêmes avantages que ceux qui y restent. En serait-il autrement que d'autres pays nous quitteraient. La division, d'une part, l'éventualité qu'un État ayant quitté l'Union soit mieux loti en dehors d'elle qu'en son sein, d'autre part, sont pour l'Europe deux dangers mortels. Aussi importantes que soient les modalités techniques de la négociation, elles ne doivent pas masquer la question essentielle, celle de l'avenir de la construction européenne.

Sur un autre plan, en ma qualité de député du Pas-de-Calais, j'invite à tenir compte de l'impact du Brexit sur les zones frontalières du Royaume-Uni. On n'a pas suffisamment conscience des liens très forts qui nous unissent ; ils font que nous sommes particulièrement concernés par le Brexit. On ne saurait, c'est vrai, se lancer dans une négociation secteur par secteur. Cependant, je me dois de tirer la sonnette d'alarme au sujet de l'impact du Brexit pour la pêche : 85 % des poissons ramenés par les marins-pêcheurs de Boulogne-sur-Mer et de la Côte d'Opale proviennent de la zone de pêche britannique.

On ne peut davantage mésestimer les conséquences potentielles du Brexit sur le tourisme, dont de nombreux emplois dépendent, et sur l'économie « résidentielle ». Le rapport évoque les Britanniques qui, ayant choisi de vivre en France, contribuent à son économie. Mais il y a aussi les touristes « ordinaires », et se pose donc la question de l'avenir des accords du Touquet. Il ne faudrait pas que la négociation ait pour conséquence l'allongement des files d'attente aux frontières, car nous serions immédiatement sanctionnés : les touristes britanniques seraient découragés de séjourner dans le Pas-de-Calais, alors qu'ils constituent présentement le quart de la clientèle des hôtels du Touquet.

D'autre part, le problème de Calais n'a été réglé que momentanément : la question du traitement des demandeurs d'asile qui veulent se rendre en Grande-Bretagne se reposera puisque, par le traité du Touquet, on a déplacé les frontières britanniques en France. Au-delà se pose la question des accords de Dublin, dont on ne sait quel sera l'avenir. Comment va-t-on traiter les demandeurs d'asile qui veulent franchir la Manche et qui, en attendant que leur demande d'asile soit examinée, doivent être hébergés ? Certes, le traité du Touquet est un accord de coopération franco-britannique, mais cette très grave question, qui peut empoisonner les relations entre nos deux pays, devra quoi qu'il en soit être réglée au cours de la négociation du Brexit.

Il faudra aussi déterminer comment la France se positionnera pour récupérer l'une au moins des institutions européennes dont le siège est actuellement au Royaume-Uni.

Il est dommage que, comme l'a souligné Mme Guigou, nous subissions le Brexit faute d'avoir suffisamment réfléchi au projet européen. Nous devons à nouveau prendre des initiatives. J'avais dit lors de notre visite à Bruxelles qu'il convient, à mon sens, de réfléchir à une Europe constituée en trois cercles. Autour d'un premier cercle politique formé autour du couple franco-allemand, il y aurait ensuite une zone plus large de pays voulant être dans une zone de libre-échange – ce que souhaitait le Royaume-Uni dès l'origine et qui explique que le Brexit était en réalité en germe dès l'adhésion de ce pays à l'Union européenne. Le troisième cercle serait constitué par une zone encore plus large d'États ayant vocation à coopérer avec l'Europe mais pas nécessairement à l'intégrer ; elle pourrait inclure des pays tels que la Turquie ou l'Ukraine, voire la Russie avec laquelle nous devons construire une relation durable. Il faut non seulement débattre de la manière de négocier le Brexit mais aussi relancer le projet européen.

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