Intervention de Jacques Myard

Réunion du 12 février 2014
Commission des affaires européennes

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaJacques Myard :

Je veux vous remercier pour la remarquable objectivité du tableau que vous nous avez dressé, même si je regrette que vous n'alliez pas au bout des choses en en tirant les conclusions logiques. En particulier, quels sont les montants exacts des engagements assumés par la France dans le soutien à ce pays ?

Car ces soutiens risquent fort de tomber dans le tonneau des danaïdes. Dès les négociations d'entrée de la Grèce dans la CEE, un ambassadeur de France à Athènes n'avait pas hésité à mettre en garde le président de la République Valéry Giscard d'Estaing en rappelant que la Grèce était – et demeure – incapable de faire face aux défis qu'impliquait l'adhésion. Le Président aurait répondu que l'on ne fait pas jouer Socrate en deuxième division.

Quelques trente ans plus tard, la situation a été encore aggravée par la zone euro, qui corsette dans un cadre absurde des économies si profondément divergentes que l'économie allemande et les pays en décrochage de compétitivité comme la Grèce, auquel s'ajoutera d'ailleurs bientôt, si l'on n'y prend garde, des États aussi solides que la France. La seule solution qui nous reste pour atténuer ensuite ces écarts croissants, c'est les politiques déflationnistes expérimentées dans les années 30, dont la rapporteure nous montre l'inanité en Grèce comme ailleurs. Cette inquiétude de fonds sur l'avenir de la zone euro me conduit incidemment à dénoncer l'interprétation médiatique proprement manipulatrice dont s'est rendue coupable la presse française au sujet de la récente décision de la Cour constitutionnelle allemande sur la faculté d'achat illimité de titres souverains sur le marché secondaire que la Banque centrale européenne s'est arrogée au travers des OMT. Je relève en effet, contrairement à ce qui est écrit, que la Cour non seulement met en doute la conformité de ce programme au regard des traités européens, en renvoyant cette question, via un recours préjudiciel, à la CJUE, mais elle affirme clairement que, en outrepassant manifestement ses attributions, la BCE contrevient à la Loi fondamentale elle-même. Mon analyse est qu'elle porte ici un coup fatal à la zone euro.

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