Intervention de François Asensi

Séance en hémicycle du 19 mars 2013 à 15h00
Refondation de l'école de la république — Explications de vote

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaFrançois Asensi :

Monsieur le président, mesdames, messieurs les ministres, monsieur le président de la commission, monsieur le rapporteur, mes chers collègues, l'école de la République s'est construite pour offrir à des générations de filles et de garçons, quel que soit leur milieu social d'origine, l'accès au savoir, et pour permettre les aventures humaines et sociales de notre société. Mais aujourd'hui notre école ne parvient plus à dépasser les inégalités sociales et territoriales. Elle a été depuis dix ans malmenée par la droite à coups de révision générale des politiques publiques et de dénigrement des équipes éducatives. L'école a besoin d'une rupture forte avec ces politiques libérales. C'est pourquoi je tiens à souligner, monsieur le ministre, l'espoir que suscite l'affirmation d'une nouvelle ambition pour l'école, une ambition qui permette de garantir la réussite de toutes et de tous.

Je me félicite de la création des écoles supérieures du professorat et de l'éducation, qui marque le retour à une formation professionnelle des maîtres. La création de 60 000 postes devrait permettre d'assurer cette formation et d'améliorer, je l'espère, les remplacements dans les territoires les plus tendus. Il y a urgence : en Seine-Saint-Denis et ailleurs, la situation est catastrophique, tant on manque de remplaçants. C'est le résultat des suppressions aveugles de postes décidées par l'ancienne majorité.

Dans votre projet, l'école maternelle voit ses missions revisitées. L'accueil à deux ans est confirmé pour les zones prioritaires. Un service public du numérique éducatif est créé. Le débat a permis d'enregistrer un certain nombre d'avancées au regard du projet initial. Ma collègue Marie-George Buffet y a activement contribué. Les réseaux d'aides spécialisées aux enfants en difficulté sont confortés, l'enseignement artistique est clairement intégré au cursus scolaire, le rectorat conserve un droit de regard sur les filières professionnelles.

Toutefois, le chantier ouvert par ce projet de loi n'a pas été, à mon avis, mené à son terme. Nous avons certes débattu de la précarité que connaissent aujourd'hui nombre de personnels de l'éducation nationale, mais les questions de formation, de validation des acquis et de titularisation que notre groupe a soulevées sont renvoyées à un comité de suivi. Au vu de tous les dossiers dont il sera chargé compte tenu de nos débats, ce comité devra déployer une très grande énergie, à moins d'être considéré comme une voiture-balai.

Je déplore également que nous n'ayons pas progressé vers un véritable prérecrutement des enseignants. Certes, les emplois d'avenir professeur se mettent en place, mais ils relèvent du droit privé. Si nous voulons durablement revaloriser la profession et engendrer de nouvelles vocations, il faut aller plus loin sur le statut et la rémunération.

Monsieur le ministre, votre projet de loi donne la priorité au premier degré ; ce souci est juste. On sait en effet que c'est à ce niveau-là que les difficultés et les inégalités apparaissent et qu'il est possible d'y remédier. Mais vous avez repoussé les indispensables réformes traitant du secondaire, alors que nous allons prochainement débattre d'un projet de loi sur l'enseignement supérieur et la recherche. Je regrette que ce projet de loi ne traite pas de la refondation des contenus et des missions tout au long de la scolarité, que nous souhaitons rendre obligatoire de trois à dix-huit ans.

Cela nous aurait permis de lutter plus globalement contre l'orientation précoce et d'accompagner tous les élèves vers une culture commune de haut niveau qui leur permette d'acquérir un haut niveau de connaissances et de compétences indispensables demain à leur bien-être de femme et d'homme, dans leur vie professionnelle mais aussi personnelle et dans leur vie de citoyen. Nous aurions souhaité une culture commune plutôt qu'un socle commun tel que le prévoyait la loi Fillon, et qui a hélas été maintenu.

Cela nous aurait également permis de traiter de la filière professionnelle autrement qu'à travers sa régionalisation en parlant qualification et métier. La territorialisation des formations professionnelles porte en germe la dénationalisation du service public de l'éducation nationale.

Ma dernière remarque concerne les conseils nationaux mis en place sur les programmes et l'évaluation : j'espère que vous donnerez suite à votre engagement d'y associer les enseignants et les parents.

Monsieur le ministre, c'est un plus et un mieux pour l'école que les élèves attendent. N'ayons pas peur de l'immensité du chantier. Les mobilisations des enseignants et des parents comme celle qui est prévue pour le 6 avril prochain doivent nous inciter à franchir tous les obstacles d'ici au vote définitif en deuxième lecture. Pour atteindre cet objectif, les parlementaires du Front de gauche continueront de travailler sur ce projet de loi. C'est pourquoi, en attendant ce moment, nous nous abstiendrons. Cette abstention est un appel clair à poursuivre avec audace le travail pour une école en pleine refondation. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)

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