Intervention de Pierre Tatarkowsky

Réunion du 22 mai 2013 à 14h00
Délégation de l'assemblée nationale aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes

Pierre Tatarkowsky, président de la Ligue des droits de l'Homme :

La délinquance est toujours extrêmement imaginative… Si le sujet prêtait à sourire, je sourirais en imaginant l'administration accordant le droit d'asile ou délivrant des papiers à toutes les prostituées venant se dénoncer. Il existe des zones de gestion intermédiaire que nos administrations connaissent très bien…

Il ne faut nourrir aucune illusion quant à l'efficacité d'un chantage d'État. L'idée d'accorder des papiers aux femmes qui dénoncent leur proxénète est une façon particulièrement vertueuse de dire que l'on ne délivrera de papiers à personne.

De ce point de vue, nous pouvons nous inspirer d'une expérience menée depuis fort longtemps par l'appareil gouvernemental français et singulièrement l'administration des douanes : les personnes que l'on appelle des « mules », qui arrivent de Colombie chargées de drogue, sont maintenues en prison au-delà de la durée de leur condamnation pour trafic de drogue par l'administration des douanes au titre des sommes qu'elles doivent au fisc, calculées sur les montants fabuleux que représente la drogue qu'elles transportaient. Les douanes proposent à ces « mules » d'oublier leur dette vis-à-vis du fisc et de les libérer en échange d'informations qui permettraient de remonter la filière. Ce chantage est indigne, et surtout il ne fonctionne pas car les trafiquants exercent de leur côté un autre chantage qui, lui, porte sur la sécurité de la famille des mules, et ils savent se montrer violents. Les femmes prostituées savent très bien que si elles entraient dans cette négociation, elles condamneraient à mort leur père, leur mère, leurs enfants, voire leur village tout entier.

Ne nous engageons pas dans cette impasse. Je n'ai pas de panacée à vous proposer, mais je pense que le mieux serait de combiner plusieurs approches. En nous enfermant dans un choix binaire entre corruption et répression, nous nous condamnons à l'impuissance et ne créons pas les conditions idéales pour entreprendre une démarche d'éducation populaire.

L'éducation ne résoudra pas les problèmes immédiats, mais elle contribuera à les résoudre à l'avenir. Face à un représentant de la machine gouvernementale qui fait preuve de bienveillance, qui dispose de certains moyens et ouvre des perspectives en termes de professionnalisation et d'intégration sociale et humaine, les prostituées seront plus réceptives car elles auront le sentiment d'être traitées comme des êtres humains et non comme des indics.

Aucun commentaire n'a encore été formulé sur cette intervention.

Inscription
ou
Connexion