Intervention de Danielle Auroi

Réunion du 19 juin 2013 à 17h00
Commission des affaires européennes

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaDanielle Auroi, présidente :

Cette table ronde clôt la première étape des travaux que nous consacrons à l'approfondissement de l'Union européenne. Cet approfondissement est nécessaire : les récentes déclarations du commissaire européen au commerce extérieur, M. Karel de Gucht, selon lesquelles il pourrait faire fi des décisions des États membres dans la négociation qui va s'ouvrir avec les États-Unis, montrent en effet qu'il est impératif de rappeler les règles de la démocratie au sein de l'Union. Mais il est vrai aussi que la plupart des Européens, et sans doute avec eux beaucoup d'élus de ce pays, y compris d'élus nationaux, ne savent pas que l'année 2013 a été déclarée « Année européenne des citoyens ».

Pour nourrir sa réflexion sur la démocratisation et sur l'avenir de l'Union européenne, notre Commission a reçu nombre de personnalités très diverses, telles que M. Jacques Delors, M. Jean-Louis Bourlanges, M. Thomas Piketty, M. Daniel Cohn-Bendit ou M. Jean Arthuis. Nous nous sommes également rendus à plusieurs reprises à Bruxelles pour interroger directement de nombreux acteurs quotidiens des institutions. Nous avons ainsi rencontré, en décembre dernier, le président du Conseil européen, M. Herman Van Rompuy.

L'Assemblée nationale a d'ores et déjà obtenu que les parlementaires nationaux et européens puissent débattre ensemble, de façon transversale, des enjeux économiques et budgétaires auxquels est confrontée l'Union. En effet, notre Commission – M. Christophe Caresche en particulier – avait repris le combat mené en ce sens par mon prédécesseur, M. Pierre Lequiller, pour aboutir, le 27 novembre dernier, au vote à l'unanimité par notre assemblée d'une résolution sur l'ancrage démocratique du gouvernement économique européen. Finalement, la Conférence des présidents des parlements de l'Union européenne, qui s'est tenue du 21 au 23 avril dernier à Nicosie, a décidé la création d'une Conférence budgétaire réunissant des représentants des parlements nationaux et du Parlement européen qui se déroulera deux fois l'an – tantôt dans le pays qui préside l'Union, tantôt à Bruxelles. Il est en effet essentiel de faire se rencontrer les élus, de manière à les associer à toute évolution vers un gouvernement économique européen : un nouvel exécutif ne doit pas voir le jour sans qu'un pouvoir législatif le conteste et puisse débattre de choix qui engagent l'avenir de nos peuples.

Toutefois, la question de la démocratie ne se limite pas pour l'Europe au champ budgétaire. Même si l'argent est le nerf de la guerre et même si tout budget traduit des choix politiques, il s'agit d'une matière qui est loin de parler directement aux citoyens. La semaine prochaine, je présenterai un premier rapport d'étape en vue de dessiner notre vision d'une future Europe des citoyens qui étende ses ambitions au-delà des seuls champs économiques et financiers. Aujourd'hui, la citoyenneté européenne souffre d'un déficit de crédibilité qui nous inquiète particulièrement alors que les populations, soumises partout à l'austérité, ne voient de l'Union que ce qui les contraint, ce qui porte atteinte au modèle social de chacun des États. Il y a un besoin d'Europe, d'une Europe sociale et écologique qui soit celle des citoyens, mais, pour le satisfaire, nous avons encore bien des étapes à franchir.

Afin d'élargir notre champ de réflexion et de ne pas rester prisonniers de l'existant, nous avons tenu à organiser cette table ronde réunissant des personnalités extérieures à l'Union « officielle ». Construire l'Europe de demain demande en effet de sortir des sentiers battus et des solutions technocratiques qui sont en fait des choix conservateurs et traditionnels. Nous sommes donc heureux, mesdames et messieurs, que vous puissiez nous aider à trouver des pistes pour construire un projet partagé par les citoyens.

Monsieur Patrick Viveret, votre parcours riche et stimulant, de la Cour des comptes à la philosophie en passant par votre engagement de chaque instant pour le développement durable et pour une mondialisation responsable, vous qualifie pour nous parler du rapport de l'Europe à la croissance et à l'économie. Vos nombreux travaux sur les modalités du pouvoir contemporain fourmillent d'enseignements porteurs d'espoir dans le futur de l'Europe.

Madame Cynthia Fleury, vos travaux, comme philosophe et plus particulièrement, dans la problématique qui nous rassemble aujourd'hui, comme vice-présidente du think tank EuropaNova, vous ont conduite à exprimer votre « soif d'Europe » et à appeler à la désignation claire d'un gouvernement européen par le Parlement.

Madame Françoise Vergès, votre regard est à la fois européen et décalé par rapport au continent car vos travaux concernent les grands fléaux que l'Europe a apportés au monde, comme l'esclavage et le colonialisme. Cette approche vous permet d'interroger les fondements de l'identité d'un continent qui n'a peut-être pas tiré toutes les leçons de son passé colonial.

L'Europe au passé complexe et conflictuel ne peut parler au présent et au futur sans s'interroger sur son histoire. Encore récemment, participant à une mission à Belgrade, j'entendais certains de nos collègues du Bundestag évoquer les obstacles à l'entrée dans l'Union de la Serbie. L'espace de paix que nous construisons doit en permanence faire l'objet d'un réexamen au regard de l'histoire. M. François Hartog évoquera cette dimension du temps comme élément essentiel de la refondation du projet européen, dans un contexte de « présentisme » où parler de l'avenir paraît presque incongru.

Enfin, M. Guillaume Duval nous fera profiter de son regard d'économiste iconoclaste, en particulier sur les fondements actuels de la prospérité allemande et sur la vision du futur de l'Union.

Aucun commentaire n'a encore été formulé sur cette intervention.

Inscription
ou
Connexion