Intervention de Philippe Dandin

Réunion du 27 novembre 2013 à 9h45
Commission du développement durable et de l'aménagement du territoire

Philippe Dandin, anciennement directeur de la climatologie à Météo-France :

L'action de Météo-France en matière d'étude du climat est double.

L'établissement public a reçu une mission de mémoire du climat – dire le temps qu'il a fait hier, il y a dix ou cent ans. À ce titre, nous servons différents utilisateurs de l'information météorologique et nous fournissons aux organismes de recherche des éléments de diagnostic recueillis en métropole et outre-mer.

L'autre aspect du travail de Météo-France est lié aux travaux de modélisation et aux recherches sur le climat effectués au Centre national de recherches météorologiques de Toulouse, qui dépend de Météo-France et du CNRS, et au sein duquel nous participons, aux côtés de nos collègues de l'Institut Pierre Simon Laplace, aux travaux que vous ont présentés les intervenants précédents.

Comment se traduiraient, en France, les chiffres présentés dans le rapport du GIEC ? Notre pays suit une trajectoire parfaitement similaire à celle présentée dans le 5ème rapport. Nous avons observé au XXème siècle une augmentation de 1 degré sur le territoire métropolitain, qui s'est accélérée de 0,3 à 0,5 degré au cours des trois dernières décennies. Nous avons connu récemment des années record comme l'année 2011, la plus chaude jamais enregistrée en métropole, qui constitue une anomalie par rapport à la normale calculée sur la période 1961-1990.

J'attire votre attention sur ces chiffres. Lorsque l'on considère une moyenne globale de température, une augmentation de quelques degrés peut paraître peu significative, mais plus nous régionalisons le diagnostic et les projections climatiques à l'échelle de notre continent, de notre pays, voire de nos régions, plus les augmentations sont marquées, tout comme les variabilités entre les saisons. Pour vous donner un ordre de grandeur, la canicule de 2003 est une anomalie de 3,1 degrés par rapport aux normales saisonnières.

Il existe naturellement des disparités régionales sur notre territoire, sans même parler de l'outre-mer. Les températures minimales, qui sont un paramètre important pour la santé publique, ont évolué en France, au XXème siècle, de 0,9 degré à 1,5 degré dans les régions du Nord-ouest – Bretagne, Normandie, Nord. Les outre-mer ont connu la même évolution, avec une particularité liée à leur environnement océanique.

Les températures sont l'élément le plus robuste du diagnostic et des projections obtenues par modélisation, mais le diagnostic est beaucoup plus difficile à établir en matière de précipitations et de tempêtes, en dépit de la richesse des informations dont la France dispose dans le domaine météorologique. Ainsi au XXème siècle, la moyenne annuelle des précipitations a augmenté de 10 %, avec des disparités saisonnières marquées par une augmentation en hiver, ce qui prédispose à la survenue d'inondations, et une diminution en été, ce qui prédispose aux sécheresses. Ces phénomènes illustrent l'amplification des extrêmes que l'on commence à bien mesurer et à mieux comprendre.

Il reste des paramètres et des phénomènes pour lesquels, par manque de recul historique, nous n'avons pas la possibilité de détecter un quelconque signal d'évolution. Cela ne veut pas dire qu'il faut cesser d'accumuler des informations. Météo-France s'est ainsi engagé à rechercher une mémoire du climat dans le cadre du Plan national d'adaptation au changement climatique et dans le contrat d'objectifs et de performance qui lie l'établissement à son ministère de tutelle.

S'agissant des projections, nous avons obtenu le même signal, en ce qui concerne la France et les territoires ultramarins, que celui présenté dans le rapport du GIEC, mais avec des variations plus importantes.

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