Intervention de Florence Perrin

Réunion du 14 janvier 2014 à 16h45
Délégation de l'assemblée nationale aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes

Florence Perrin :

Oui. Nous organisons des forums des métiers, afin que les jeunes puissent découvrir ceux-ci et connaissent la réalité qu'ils recouvrent. En effet, les outils changent et la recherche innove. Les métiers ont beaucoup évolué ; c'est par exemple le cas du métier de tourneur-fraiseur. Mais, de mon point de vue, cela ne suffira pas à infléchir l'orientation, car nous butons sur un problème de fond : il y a encore des pyjamas bleus et des robes roses ! Et j'aurais même tendance à penser qu'il y avait moins de robes roses que n'en a ma propre fille aujourd'hui.

Nous entendons beaucoup de jeunes dire qu'ils ne savent pas quel métier choisir. Mais la plupart du temps, ils ne vont voir personne pour les conseiller ; les CIO sont littéralement absents. Nous allons essayer de nous rapprocher d'eux. Les régions ont innové sur des lieux d'accueil, d'information et d'orientation, qui regroupent les accompagnateurs de demandeurs d'emploi, les accompagnateurs des jeunes, etc. Il faut absolument un guichet unique pour que les intéressés puissent se faire une idée des métiers qui existent et de la place qu'ils peuvent avoir dans la société.

À côté de cela, on voit sur des tee-shirts d'enfants : en bleu, « tu seras un super pilote », et en rose : « tu seras belle ». Cela contribue à conforter la répartition traditionnelle des fonctions au sein de la société. Souvent, des jeunes femmes qui réussissent dans leurs études, qui ont le même niveau que les garçons, ne s'autorisent pas à envisager un poste à responsabilité. Or, si les régions peuvent beaucoup, elles ne peuvent pas résoudre ce genre de problème.

Cela dit, les régions peuvent au moins intervenir à la sortie du lycée et à l'entrée des universités. Elles se sont mises à contractualiser avec les universités pour infléchir la question de l'orientation, tout en n'ayant pas la compétence. Maintenant, elles l'auront. Nous pouvons donc espérer aller un peu plus loin. Si les régions se positionnent juste à la fin des cursus, c'est parce que c'est juste à ce moment-là qu'il est possible d'engager un dialogue avec les jeunes. C'est l'occasion de dire aux filles que le métier de menuisier et le métier d'ingénieur leur sont autorisés et qu'elles peuvent devenir autre chose qu'infirmière, sage-femme ou animatrice, et aux garçons qu'ils peuvent devenir, par exemple, professeur des écoles. Aujourd'hui, dans les nouvelles écoles supérieures du professorat et de l'éducation (ESPE), il n'y a que des femmes. On peut d'ailleurs s'interroger sur un schéma d'éducation, dans lequel les femmes élèvent les enfants et sont professeures des écoles…

Je précise qu'avant le CREFOP, il y avait le contrat de plan régional de développement des formations professionnelles (CPRDFP). Nous étions présents, à côté des recteurs d'académie, pour donner notre avis sur les formations allant du « moins 3 » au « plus 3 ». C'est ainsi qu'au niveau régional, nous avons freiné l'enthousiasme de l'éducation nationale pour des filières féminines qui ne correspondaient plus à la demande en termes de créations d'emploi. De la même façon, nous nous sommes longuement manifestés en disant que les formations de menuisiers ne devaient pas comprendre 90 % de garçons et 10 % de filles. Maintenant, nous ferons davantage que de donner notre avis : nous aurons la capacité de dire « non ». Il ne s'agit pas de jouer directement sur l'orientation, mais de refuser de donner l'agrément à un lycée pour ouvrir tel bac pro, ce qui fait que la section ne sera pas créée. Et si une section n'est pas créée, il n'y a pas de public pour y entrer. Arrêtons, par exemple, de créer des sections d'aides-soignantes …

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