Intervention de Jean-Louis Falconi

Réunion du 6 février 2013 à 8h30
Commission des affaires européennes

Jean-Louis Falconi, ambassadeur, représentant de la France auprès du Comité politique et de sécurité de l'Union européenne :

Dire que l'on va sauver des ressortissants de notre pays donne, il est vrai, beaucoup plus de sens à l'opération Serval que mon approche théorique. En Libye, les Européens et la communauté internationale avaient eu le temps d'évacuer leurs ressortissants avant que les opérations commencent, et le peu de coordination européenne qui avait alors joué était passée inaperçue. La protection des ressortissants est un sujet que la France essaie de promouvoir en préconisant plus d'anticipation de l'Union européenne sur les questions consulaires. Que cet aspect ait servi de justification à l'opération, en tout cas, elle a pu être un élément déclencheur, comme la prise d'otages de la raffinerie en Algérie l'a été dans la réponse européenne au Mali. Sans aller jusqu'à dire qu'il faut des drames pour réveiller les Européens, force est de constater que ce sont des arguments plus incitatifs que les concepts. Si la protection des ressortissants nécessite qu'on mutualise, la vérité c'est que les autres n'ont pas beaucoup de moyens. Connaissant le sérieux de la France, qui était la plus concernée dans cette affaire, ils l'ont laissée faire et adopté une logique de passager clandestin en apportant des aides logistiques. D'une certaine manière, c'était, y compris de la part des Britanniques, une marque de confiance, mêlée toutefois d'un principe de réalité consistant à profiter du travail fait par d'autres.

Il est dommage d'avoir à constater que les crises aident à avancer sur la voie de la mutualisation. Quant à savoir si les choses se passeraient de la même façon dans des zones où nous serions moins concernés que d'autres qui n'auraient pas de moyens, c'est peut-être ce qui pourrait nous amener à considérer la nécessité d'avoir plus de moyens collectifs. Or qui dit moyens collectifs, dit financements, ce qui renvoie au débat sur la volonté de contribuer à des capacités communes dans l'Union européenne. C'est toute la question, que vous connaissez mieux que moi, des perspectives financières, des égoïsmes nationaux par rapport aux réalisations communes. Malgré tout, les choses progressent. Les missions militaires posent peu de problèmes puisque chaque État apporte ses moyens et sa motivation. Pour les missions civiles, c'est plus compliqué. Les fonds viennent du budget de la PESC. Un premier progrès a été accompli sous la forme d'un warehouse, sorte de dépôt que l'on dote par des acquisitions collectives de moyens – blindés, ordinateurs ou autres – qui peuvent servir à lancer certaines missions et être utilisés ici ou là.

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