Intervention de Karel De Gucht

Réunion du 16 janvier 2013 à 16h30
Commission des affaires européennes

Karel De Gucht, commissaire européen en charge du commerce :

C'est la raison de ma présence ici. Pour dire, par exemple que le solde de notre balance commerciale est largement positif et que l'excédent augmente d'année en année. C'est d'ailleurs indispensable pour payer notre facture énergétique et les minerais nécessaires à notre industrie.

Les Chinois ne seraient pas d'accord avec vous. Nous venons de lancer contre eux la plus grande enquête antidumping de tous les temps dans le secteur des panneaux photovoltaïques. Ce dossier représente, au titre de 2011, 21 milliards d'euros. Les Chinois en sont sidérés, d'autant que les Américains en ont fait autant de leur côté, pour un montant sans doute moins important peut-être. Nous enquêtons aussi sur les mobile networks et nous n'excluons pas d'initier une instruction ex officio, sans qu'il y ait de plainte. Trois sociétés du secteur, Ericsson, Nokia Siemens et Alcatel-Lucent, se plaignent à juste titre mais ne déposent pas plainte, alors qu'il s'agit d'un dossier très stratégique. Récemment, nous avons gagné contre la Chine sur un contentieux relatif aux matières premières et nous en avons engagé un autre concernant les terres rares, ces minerais cruciaux pour la haute technologie. Il n'est donc pas vrai que l'Europe ne se défend pas. Les responsables politiques des États membres ont trop tendance à prendre l'Europe et la Commission européenne comme boucs émissaires. S'ils prenaient leurs responsabilités, cela rendrait notre vie un peu plus facile. Cela dit, je m'y suis habitué et suis prêt à le supporter jusqu'à la fin de mon mandat.

L'appréhension globale des accords de libre-échange peut créer des problèmes sectoriels, notamment pour le secteur automobile. Toutefois, les difficultés que rencontrent les constructeurs en Europe n'ont strictement rien à voir avec ces accords. Celui que nous avons avec la Corée du Sud, autre grand producteur automobile, a peut-être fait passer les taxes de 10 % à 4,2 %, mais ce n'est pas suffisant pour bouleverser la donne de l'industrie automobile en Europe. D'après les chiffres, le marché a été moins touché en France que dans d'autres pays. Du reste, beaucoup de ces voitures sud-coréennes sont produites en Tchéquie et en Slovaquie et sont donc des produits européens, tout comme certains modèles de Ford ou Opel. Je rappelle qu'est considéré comme produit européen, tout bien majoritairement fabriqué en Europe. Il faut donc chercher ailleurs la cause des problèmes, réels, du secteur automobile, mais cela ne relève pas de ma compétence.

Nous allons entamer, d'ici à trois à quatre mois peut-être, des négociations avec le Japon, pays sensible s'il en est. La tâche s'annonce si compliquée que l'on peut s'attendre à ce que cela dure trois à quatre ans. En tenant compte des périodes de transition, cela veut dire qu'au moment où l'accord sera susceptible d'avoir un impact sur le marché européen, une décennie se sera écoulée. Ne pensez-vous pas qu'il vaudrait mieux mettre à profit cette période pour agir dans le secteur automobile plutôt que d'attendre en se plaignant des conséquences potentielles d'un tel l'accord ? Ce qui est clair, c'est que, si rien n'est fait, ce secteur connaîtra une crise. Je n'ai pas de commentaires à faire sur une société en particulier mais, que je sache, c'est bien cette même société qui a annoncé la construction d'une usine en Algérie, sans doute pour des raisons fondées.

L'agriculture est un autre secteur qui est susceptible d'être impacté par les accords de libre-échange, principalement parce que nos partenaires sont intéressés par notre marché. Le Canada est, par exemple, très offensif dans ce domaine. Il faudra bien trouver des compromis, car, si ce pays ne trouve pas son intérêt dans un accord, celui-ci ne sera pas signé. À nous de déterminer ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas.

La Commission a abandonné le projet du « Made in ». Il est sur la table du Conseil depuis plus de trois ans, mais celui-ci n'en veut pas. D'autant que, dans une décision datant de quelques mois, l'OMC a clairement signifié comme inacceptable d'obliger un pays importateur à pratiquer l'étiquetage. Les industriels européens n'en veulent pas plus, y voyant un coût supplémentaire. Je m'interroge sur la chance qu'aurait une autre mouture du projet d'avoir l'aval du Conseil.

Le patriotisme économique, pourquoi pas, mais ce n'est pas ce qui ravivera l'industrie française. D'ailleurs, il est très difficile de trouver des produits entièrement français. Ce qu'il faut, c'est augmenter la productivité et remédier au problème de compétitivité. Demander aux gens d'acheter français n'est pas une solution. D'ailleurs, excepté quelques patriotes, ils achètent ce qui leur semble au meilleur rapport qualité-prix.

Aucun commentaire n'a encore été formulé sur cette intervention.

Inscription
ou
Connexion