Intervention de Jacques Moignard

Séance en hémicycle du 6 mai 2014 à 15h00
Débarquement en normandie — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaJacques Moignard :

Monsieur le président, chers collègues, au début du mois de juin 1944 résonnent sur les ondes de la BBC les trois premiers vers du poème Chanson d’automne de Paul Verlaine, « Les sanglots longs Des violons De l’automne ». À l’adresse de la France libre, la signification de ce message codé est la suivante : le débarquement des forces alliées sur les plages normandes aura lieu au cours de la semaine. Et quand les trois vers suivants sont en boucle déclamés – « Blessent mon coeur D’une langueur Monotone » – l’offensive s’annonce imminente. C’est alors, après des jours de tempête, quand l’éclaircie s’annonce dans la Manche, que le général Eisenhower, commandant suprême des forces alliées, décide de lancer, dans la nuit du 5 juin, l’opération Overlord. Composée de plus de 150 000 hommes, cette armada, la plus importante de l’histoire, s’apprête à poser le pied sur le sol de la France occupée.

Ainsi, peu après minuit, en ce 6 juin 1944, les paras sautent dans la nuit. À l’ouest, ce sont les Américains pour contrôler les axes routiers autour de Carentan et ralentir les futures contre-attaques allemandes à la suite du débarquement. À l’est, ce sont les paras britanniques chargés de capturer sans les détruire une dizaine de ponts pour sécuriser l’invasion des contre-attaques allemandes, comme le pont de Pegasus Bridge près de Bénouville, aidés par des batteries capables d’ouvrir le feu à très longue distance, comme la batterie de Merville. Non sans mal, les objectifs sont atteints : les Allemands sont désorientés et les communications ne passent plus ; mais sur 18 000 parachutistes, la moitié est tuée. Et bientôt, ce sont 5 000 navires de toutes tailles qui approchent. Nécessaires au transport de troupes et de matériel, ils parcourent pendant la nuit le trajet qui sépare l’Angleterre de la Normandie. Les navires de guerre escortent les navires de transport et se déplacent en colonnes. Ils sont protégés par des ballons captifs qui empêchent d’éventuels avions ennemis de voler en rase-motte. C’est un succès : un seul bateau allié est coulé avant le débarquement, le Svenner, torpillé par des vedettes rapides allemandes. À l’aube du 6 juin 1944, l’assaut se déroule sur les plages situées entre La Madeleine, dans la Manche, et Ouistreham, dans le Calvados. Elles sont cinq et répondent aux noms de codes de Utah BeachOmaha Beach, où débarquent les Américains, de Gold Beach, Juno BeachSword Beach, où débarquent les Anglo-Canadiens. À huit heures, toutes les premières vagues d’assaut sont débarquées. À l’exception d’Omaha Beach, les plages sont conquises dans les minutes qui suivent.

Aussitôt se met en place une véritable course contre la montre : les troupes doivent être au plus vite approvisionnées en carburant, en armes et en munitions, ainsi qu’en vivres et en vêtements. L’ingéniosité technique des Alliés est édifiante : deux ports artificiels sont alors construits afin de faciliter le transfert des approvisionnements, le port d’Arromanches et le port de Saint-Laurent. Le rythme de déchargement de matériels ne va pas alors cesser d’augmenter. Un pipeline sous-marin est installé : il relie l’Angleterre aux côtes normandes et approvisionne les troupes alliées en carburant. L’armée allemande, surprise dans un premier temps de ce débarquement qu’elle attendait dans le Pas-de-Calais, réagit avec pugnacité. Dès lors, la bataille de Normandie s’engage. La bataille de la liberté est en marche ! Les combats terrestres sont acharnés, tandis que les villes sont les cibles systématiques des bombardements de l’aviation alliée, en particulier Saint-Lô, Falaise et Caen. Au soir du 6 juin, l’opération Overlord est un succès ; mais le « jour J » s’achève – il s’éteint en fait – avec 10 000 jeunes vies sacrifiées, sacrifiées pour notre liberté. Ces jeunes vies sont pour beaucoup américaines et canadiennes, mais aussi – et il faut le dire – belges, polonaises, néerlandaises, tchèques, australiennes, danoises, norvégiennes, néo-zélandaises, luxembourgeoises et grecques – toute l’Europe en somme, et bien au-delà.

À leur côté, la France libre joua un rôle décisif. Elle était représentée dans cette opération terrestre par le 1er bataillon de fusiliers marins du lieutenant de vaisseau Kieffer débarqué à Sword les Britanniques. Ce commando de 177 hommes, qui avaient rejoint le général de Gaulle dès 1940, s’est illustré par un fait d’armes héroïque en s’emparant du casino de Ouistreham farouchement défendu par les Allemands. À eux doivent s’ajouter la dizaine de Français libres parachutés au-dessus de la Bretagne pour effectuer des actions de sabotage et les quatre bateaux de guerre français qui ont participé aux bombardements de la côte et aux ravitaillements. Cette victoire en Normandie, on la doit aussi à cette armée des ombres, à cette vaillante résistance française, qui en transmettant des renseignements en Angleterre, en sabotant des chemins de fer, en détruisant des lignes téléphoniques et en installant des mines anti-chars sur les routes a permis de perturber les transmissions et les arrivées des renforts allemands.

Tous ces hommes ont fait de cette bataille une victoire stratégique et essentielle de la Seconde Guerre mondiale. Sans cette victoire, les divisions allemandes, envoyées en renfort contre les troupes alliées, n’auraient pas quitté en nombre le front russe, permettant aux Soviétiques de se ressaisir. Sans cette victoire, la libération de la France ne pouvait s’engager de manière efficace et rapide, avec le débarquement en Provence quelques semaines plus tard et la libération de Paris le 25 août. Sans cette victoire, le 8 mai 1945 l’Allemagne ne capitulait pas. Soixante-dix ans ont passé et dans nos mémoires, dans nos coeurs, notre reconnaissance est immense et intacte, car ces hommes nous ont offert un avenir de liberté, de paix et de réconciliation.

Le groupe radical, républicain, démocrate et progressiste apporte donc tout son soutien à cette proposition de résolution.

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