Intervention de Guillaume Bordry

Réunion du 4 juin 2014 à 17h15
Commission d'enquête sur l'exil des forces vives de france

Guillaume Bordry, président de l'Assemblée des directeurs d'IUTADIUT –, directeur de l'IUT Paris Descartes :

Je vous remercie de bien vouloir nous donner l'occasion d'évoquer un sujet qui nous tient à coeur : l'avenir de nos diplômés. Nous nous intéressons à cette population particulière qui forme les cadres intermédiaires, type de profession vers laquelle s'oriente une proportion importante – entre 40 % et 50 % – de nos diplômés. À titre anecdotique, c'est l'un d'entre eux qui m'a accueilli à mon arrivée à l'Assemblée nationale, preuve que nos diplômés peuvent rester en France – et pas forcément pour faire ce pour quoi ils ont été formés.

Sur ce sujet particulier, nous avons pu regrouper des éléments qui nous permettent de répondre aux questions que vous nous avez soumises.

La première question concernait l'accompagnement d'une ouverture à l'international des étudiants français.

Tout d'abord, dans la quasi-totalité des instituts universitaires de technologie – au nombre de 113 en France répartis sur environ 200 sites –, un service des relations internationales incite et accompagne les étudiants dans leurs projets de mobilité, qu'il s'agisse de semestres d'études, de poursuites d'études ou de stages en entreprise à l'étranger. Cette mobilité internationale peut concerner jusqu'à 20 % des étudiants d'un IUT, tel celui de Montpellier. En visant un cycle d'études très particulier, la première ou la deuxième année après le baccalauréat, cette mobilité peut être qualifiée de précoce : elle participe d'une intégration à un parcours d'études, plus que d'une mobilité terminale.

S'agissant de l'exode des diplômés, nous suivons les parcours de nos jeunes grâce à une enquête pilotée par le ministère de l'Éducation nationale, qui examine de manière systématique le devenir de nos étudiants trente mois après l'obtention de leur diplôme universitaire de technologie – DUT. Selon cette enquête, 10 % à 20 %, selon les IUT, de nos étudiants partent à l'étranger une fois diplômés, mais essentiellement, là encore, pour des séjours d'études – il ne s'agit pas d'un départ en vue de travailler. Les expatriations pour le travail, quant à elles, représentent 1 % à 2 % de nos diplômés, avec comme principales destinations l'Europe, à la faveur du programme Erasmus en particulier, puis le Canada, l'Australie et l'Amérique latine. En dépit de la crise, ce chiffre demeure stable : entre 2008 et 2011, 98 % de nos étudiants sont toujours présents sur le territoire national trente mois après leur diplôme. Aussi n'avons-nous pas d'éléments précis sur les motivations des jeunes au départ, dont la proportion reste faible.

Il nous est difficile de développer un réseau de diplômés expatriés, en raison de la situation très particulière des IUT par rapport à des établissements délivrant des diplômes de niveau bac + 5 par exemple.

En revanche, le réseau des IUT organise de manière coordonnée l'accueil d'étudiants étrangers. Ainsi, un grand nombre de nos instituts mène une politique d'accueil d'étudiants étrangers, avec les atouts et parfois les difficultés de chacun des territoires où ils se situent. Ils accueillent environ 10 % d'étudiants étrangers originaires, par ordre décroissant, du Maghreb, de la Chine, de l'Union européenne, et du Mexique avec lequel nous sommes liés par des accords très anciens puisque les IUT français ont contribué à l'élaboration du système d'enseignement technologique mexicain.

Selon les quelques enquêtes menées auprès de cette population particulière, les motivations à venir en France sont : la qualité des formations, une image culturelle particulière de la France et l'opportunité de venir travailler après ses études. Nous notons également, grâce au travail mené par le réseau des IUT et au développement de relations avec des pays émergents, une progression régulière de ce chiffre de 10 %. De surcroît, nos instituts ont développé des dispositifs d'accompagnement particuliers, un tutorat spécifique, notamment une formation au français langue étrangère destinée aux étudiants chinois, thaïlandais et vietnamiens, dispensée dans des centres de langue d'une dizaine d'IUT français.

Votre dernière question portait sur le suivi de ces diplômés étrangers et sur la proportion de ceux ayant trouvé un emploi en France. Nous suivons ces diplômés comme les autres ; nous ne sommes donc pas en mesure de les distinguer trente mois après l'obtention de leur diplôme. Par conséquent, nous ne disposons pas de statistiques fiables sur le devenir particulier de cette sous-population.

En conclusion, cette audition nous permet de montrer que nous ne sommes pas véritablement concernés par le volet exil des diplômés. L'intérêt des étudiants des IUT pour l'étranger s'explique par le fait qu'ils y voient un élément de leur parcours, davantage qu'un lieu d'insertion professionnelle ultérieure. En revanche, le réseau des IUT ne cesse d'attirer des étudiants étrangers. Différents projets, pilotés à la fois par le réseau lui-même et les IUT individuellement, sont menés avec des pays émergents, le Maroc pour le développement de l'alternance et de l'apprentissage, l'Algérie pour la création d'instituts universitaires de technologie. Le système de formation technologique des techniciens supérieurs et des cadres intermédiaires reste un atout pour la France. Produit exportable de notre enseignement supérieur, il peut continuer à aider, à informer d'autres systèmes universitaires intéressés par une dimension très appliquée de la pédagogie, et désireux de promouvoir une connexion permanente entre enseignement universitaire et application professionnelle.

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