Il n'y a pas eu d'opération de maintien de la paix (OMP) en Libye contrairement au Mali et à la RCA, peut-être en raison des illusions nées du printemps arabe, et il est légitime de s'interroger sur la façon dont les institutions internationales pourraient agir aujourd'hui. La Libye n'est pas un pays pauvre qui manque de moyens et je pense, à titre tout à fait personnel, que l'embargo, qui a fait ses preuves dans d'autres circonstances, pourrait être un moyen de pression utile pour parvenir au rétablissement d'un état de droit. Une réduction modérée des achats de leur pétrole pourrait peut-être provoquer chez les Libyens un réveil de leur conscience et de leurs responsabilités. La Libye possède suffisamment de richesses en matière d'exportation de pétrole pour tenir sa place dans le concert international et il est temps pour elle de comprendre que l'accession à la liberté entraîne aussi des devoirs et notamment celui d'éviter de devenir un non-État source de problèmes dans l'ensemble de l'Afrique du Nord. La communauté internationale doit, elle aussi, cesser de baisser les bras en pensant qu'elle est impuissante.
Nous sommes, dans notre rapport, objectifs en ce qui concerne le MCO et indiquons avec mesure que la question n'est plus de maintenir nos capacités matérielles mais bien le fait que nous n'y parvenons plus. La flotte de MRTT et d'A400M est prévue pour 2025 et aucune commande n'est passée pour SCORPION. Il ne s'agit pas d'une critique mais d'un état des lieux et, entre la commande et le moment où le matériel est disponible, le creux se creuse, si je peux me permettre d'employer cette formule qui paraîtrait ridicule au sapeur Camember. Notre présence en Afrique est un révélateur cruel de la dégradation de nos équipements. Hormis le Reaper qui représente un apport considérable pour les capacités des forces, l'état d'attrition global de nos matériels est extrêmement préoccupant.
La situation des prisonniers en RCA est simple. Les portes des prisons sont ouvertes, la justice ne fonctionne pas, nos soldats et les gendarmes européens présents interpellent mais n'ont pas d'institution à laquelle remettre les prisonniers. La situation au Mali est différente : les prisonniers du Nord Mali ont été remis aux autorités maliennes, les quelques prisonniers français ont été extradés et remis à la justice française. Il n'y a plus d'État en RCA donc plus de fonction policière et judiciaire.