Intervention de Philippe Dandin

Réunion du 16 juillet 2014 à 9h00
Commission des affaires étrangères

Philippe Dandin, directeur scientifique adjoint de la recherche au Centre national de recherches météorologiques, CNRM :

Je vous invite à consulter les indicateurs publiés par l'Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC) sur son site Internet. Il s'agit tant de paramètres physiques concernant l'atmosphère ou les océans que de données relatives au vivant. L'un de ces paramètres est la zone d'expansion de la chenille processionnaire du pin, attentivement surveillée par l'Institut national de la recherche agronomique depuis quelques décennies. La présence de cette chenille est fortement déterminée par la température moyenne. Or elle remonte régulièrement vers le Nord. Voilà un phénomène visible par tous, qui peut être attribué à l'évolution du climat.

L'amplitude et la vitesse des évolutions climatiques produisent également des déphasages de nos cycles saisonniers bien ordonnés, qui peuvent être à l'origine d'une « dette climatique » entre les espèces : l'évolution plus rapide de certaines d'entre elles, en général les moins complexes, perturbe les chaînes alimentaires et provoque une rupture des écosystèmes. Une étude publiée en avril dernier dans la revue PLOS Biolology, dont les médias se sont fait l'écho, montre par exemple que la floraison trop précoce des jeunes pousses ne permet plus aux chevreuils de nourrir les faons.

Ces exemples illustrant les théories scientifiques permettent au public de prendre conscience de l'impact du changement climatique dans son environnement direct.

Monsieur Favennec nous a interrogés sur l'implication de l'ensemble des acteurs, sur le rôle des territoires et sur la coordination des diverses strates administratives. La France a la chance de bénéficier d'une stratégie d'adaptation au changement climatique aujourd'hui pilotée par le ministère de l'écologie, du développement durable et de l'énergie. Pour notre part, dans le cadre des actions dites de « services climatiques », nous consentons de réels efforts pour former des intermédiaires qui mettent l'information scientifique à disposition des territoires et des entreprises.

En 2010, le ministère du développement durable avait chargé le climatologue Jean Jouzel de diriger des travaux consacrés au climat de la France au xxie siècle afin de disposer des indices climatiques de référence susceptibles de permettre l'élaboration de plusieurs scénarios. Les suites de ce travail d'expertise et de synthèse seront publiées d'ici à la fin de l'été et les indicateurs nécessaires à l'élaboration des plans climat-énergie territoriaux (PCET) et des schémas régionaux du climat, de l'air et de l'énergie (SRCAE) seront consultables sur le portail DRIAS.

S'il est essentiel de réduire les émissions de gaz à effet de serre, il n'est pas moins indispensable d'entrer dans une logique d'adaptation car, en matière climatique, nous sommes confrontés à une inertie extrêmement forte. Cet impératif se comprend mieux si l'on pense à la nécessité de s'adapter face aux risques – il suffit de comparer les effets d'une forte tempête sur un territoire préparé et sur un autre qui ne l'est pas. De la même façon que Météo-France travaille avec la sécurité civile et avec la direction générale de la prévention des risques pour préparer les populations et les territoires, il appartient aux scientifiques de faire des recommandations en matière d'adaptation au changement climatique.

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