Intervention de Manuel Valls

Séance en hémicycle du 24 septembre 2014 à 15h00
Déclaration du gouvernement sur l'intervention des forces armées en irak et débat sur cette déclaration

Manuel Valls, Premier ministre :

Le moment est venu, à nouveau, de faire corps derrière les armées françaises, de nous rassembler et de faire preuve d’unité – je ne doute pas que ce sera le cas. Grâce notamment au travail souvent très risqué des journalistes, les crimes du groupe Daech sont connus de tous. Actes de barbarie, massacres de masse, exécution d’otages : ces terroristes ne connaissent pas de limite à l’horreur, une horreur qu’ils propagent dans le monde entier par le biais d’internet. Daech, c’est l’acronyme de la terreur, celui d’un groupe qui prétend établir un califat au coeur du Moyen-Orient, un groupe qui n’offre comme choix que la conversion forcée ou la mort.

Lutter contre Daech, c’est combattre une organisation dont l’appellation « État islamique » constitue un double mensonge : elle n’a rien d’un État et ne représente en rien l’islam. C’est un rassemblement d’assassins, pour qui la vie humaine est sans valeur. Ce groupe, comme l’ont exprimé les plus hautes autorités de l’islam, est une insulte à cette religion ; et c’est une triple menace, pour l’Irak, pour le monde et pour la France.

Depuis la chute de Mossoul, en juin dernier, Daech contrôle près du tiers du territoire irakien. Il maîtrise les points de communication et les axes stratégiques. Il a accumulé d’immenses richesses lui permettant de recruter et de payer des supplétifs venant des quatre coins du monde, d’Europe et de France. Son trésor de guerre a aussi servi à constituer une vraie armée : près de cent cinquante blindés légers, environ cinquante chars de combat, plusieurs dizaines de missiles anti-char. Ces troupes, extrêmement mobiles, pourraient être renforcées par l’acquisition de nouveaux matériels.

Aujourd’hui, la stabilité de l’Irak est menacée ; son existence même est en danger. En Irak, un nouveau gouvernement s’est mis en place. Il est maintenant constitué autour de quelques priorités : lutter contre cet ennemi de l’intérieur et tenter de réconcilier – c’est essentiel – les communautés irakiennes, sunnites, chiites et kurdes. Il doit aussi protéger les minorités, les chrétiens d’Irak ou les Yazidis. Cette tension entre les différentes communautés qui composent l’Irak est naturellement source d’inquiétudes, et depuis bien longtemps. Le système politique irakien doit trouver un point d’équilibre, tout comme il doit construire, dans la durée, avec ses voisins, dont l’Iran, des relations de confiance.

Le gouvernement irakien nous appelle à l’aide ; il a demandé le soutien militaire de la France. C’est notre devoir de l’entendre. Aider l’Irak, éviter sa désintégration, c’est aussi éviter une déstabilisation massive de la région. Nous agissons ainsi en conformité avec la Charte des Nations Unies, car tout État peut demander souverainement à un autre de lui porter assistance.

Daech est né dans le chaos syrien. Il a prospéré avec la complicité du régime de Damas et s’est nourri de l’inaction de la communauté internationale. Ses effectifs seraient aujourd’hui proches de trente mille combattants. Mais Daech ne s’arrêtera pas à l’Irak. Ses membres, qui forment une deuxième génération de djihadistes après celle d’Al Qaeda, sont, au-delà de ce pays, une menace pour tout l’Orient. Ils contrôlent plus du quart du territoire syrien. Ils cherchent à déstabiliser le Liban. Voilà le vrai plan de cette internationale du crime : la création d’un sanctuaire terroriste allant des rives de la Méditerranée jusqu’à celles du Golfe persique.

Mais Daech, c’est aussi une menace pour l’Europe et pour la France. J’ai souligné le risque que représentent ces filières qui conduisent des individus français ou résidant en France à s’enrôler et à partir combattre là-bas. Je vous ai déjà donné les chiffres : ils sont inquiétants. C’est aussi pour cela que nous devons agir. Les filières terroristes trouvent dans ces régions déstabilisées les moyens de se développer et de frapper les pays occidentaux.

Monsieur le président, mesdames et messieurs les députés, nous avons tous à l’esprit, en ce moment même, le sort de notre compatriote enlevé en Algérie. C’est à Hervé-Pierre Gourdel, à sa famille et à ses proches que s’adressent nos pensées. Je veux dire, à travers vous, aux Français que nous ne nous laisserons pas intimider. En s’en prenant à notre compatriote, les djihadistes s’en prennent à nous, à chacun d’entre nous. Si nous nous montrons faibles face à cette menace, nous encouragerons ces lâches à poursuivre leur oeuvre de mort. Nous ne faillirons pas et nous ne tremblerons pas. Face à la menace, face au chantage, face à la terreur, la France ne cède pas, et c’est ce message que nous devons aujourd’hui, tous ensemble, adresser au monde.

1 commentaire :

Le 25/09/2014 à 08:51, laïc a dit :

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"Il a prospéré avec la complicité du régime de Damas " Il me semble qu'au contraire Bachar El Assad a tout fait, et même trop (ce qu'on peut lui repprocher à juste raison), pour lutter contre les islamistes. Dire que Bachar El Assad a aidé les islamistes, c'est dire n'importe quoi. Pourquoi voulez-vous que Bachar El Assad aide les gens qui veulent lui prendre son pouvoir ? Même un enfant pourrait remarquer la contradiction.

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