Intervention de Emmanuel Macron

Réunion du 30 octobre 2014 à 9h10
Commission élargie

Emmanuel Macron, ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique :

Il s'agit par exemple du soutien à l'innovation et aux PME : comme vous le réclamiez vous-même, monsieur Chassaigne, nous augmentons la garantie de la BPI pour faciliter l'accès des entreprises aux crédits. Nous préservons également d'importantes missions du ministère alors qu'elles avaient été fortement mises à contribution par le passé. C'est le cas, par exemple, de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), dont les effectifs avaient connu une baisse importante.

L'inconfort que vous éprouvez face à l'« illisibilité » de certaines dispositions budgétaires, mesdames et messieurs les rapporteurs, tient au fait que nous traversons une phase de transition. Une décision prise en avril ne peut trouver sa complète traduction dans ce PLF. Nous veillerons à faire évoluer collectivement et intelligemment la maquette budgétaire l'année prochaine. Pour autant, le ministère de l'économie ne saurait être totalement absent du champ du commerce extérieur. Il partage la tutelle de l'AFII-Ubifrance, ce qui signifie qu'il continuera à examiner ses crédits et à veiller à la cohérence de son action.

S'agissant de la Direction générale du Trésor et de la Direction générale des entreprises, vous avez raison, madame Dagoma : ne recréons pas ailleurs ce qui fonctionne bien à un endroit ! La Direction générale du Trésor est une direction importante, ce qui ne lui attire pas forcément la sympathie, mais elle donne satisfaction. Elle possède une expertise reconnue de longue date et un vrai savoir métier. Ne cassons pas les instruments qui marchent ! Il faut appliquer la convention passée il y a quelques semaines. En cohérence avec Laurent Fabius et Matthias Fekl, le ministère de l'économie continuera à travailler dans ce domaine qui relève à l'évidence de l'action extérieure et de l'action économique du Gouvernement.

Les coûts de la fusion entre l'AFII et Ubifrance seront bien pris en charge, il n'y a pas d'états d'âme à avoir à ce sujet. Le chiffre avancé pour 2015 est de 5 millions d'euros. Nous y travaillons avec le secrétaire d'État chargé du budget. La réflexion peut notamment se porter sur des reports de crédits, mais nous n'abandonnerons pas ce projet.

La décision a été prise au printemps et la fusion, j'y insiste, est effective. J'ai ouvert il y a quelques semaines la première réunion des personnels de l'AFII-Ubifrance, à laquelle participaient Mme Muriel Pénicaud et, pour la conclusion, Laurent Fabius et Matthias Fekl. Il n'y a pas d'exemple de structures publiques ayant fusionné aussi rapidement. J'ai toujours cru à la cohérence de ce projet, même si, bien entendu, les missions sont différentes : l'AFII attire les grands investisseurs internationaux sur le sol français, Ubifrance aide les entreprises, y compris les petites, à se développer à l'export. La nouvelle structure est l'interface essentielle entre nos territoires, nos entreprises et le reste du monde.

La réflexion stratégique engagée il y a plusieurs mois avec les services des différents ministères compétents, sous la houlette opérationnelle de Muriel Pénicaud, se poursuit. Avant la fin de l'année, nous aurons défini une feuille de route qui clarifiera le paysage institutionnel. Ce qu'il faut éviter, c'est un « territorialisme » des politiques à l'export. J'ai demandé à tous les services concernés du ministère de travailler avec l'agence fusionnée. Il doit en aller de même sur les territoires, où la multiplicité des structures – chambres de commerce et d'industrie, initiatives régionales, agences ad hoc, etc. – est beaucoup plus prononcée qu'au niveau de l'État. Si les entreprises s'y perdent, c'est à cause de cette multitude de guichets sur le terrain. Tous les décideurs locaux doivent travailler à une mise en cohérence et en synergie avec l'agence fusionnée.

Dans cette optique, j'ai demandé à Mme Pénicaud de consolider l'approche par filières, déjà engagée par Mme Nicole Bricq, et par implantation géographique. Les « familles export » ainsi définies renforceront l'action de tous ceux qui souhaitent exporter et se développer à l'international, en cohérence avec nos plans et nos priorités. Mais ces familles ne visent pas toutes les mêmes régions du monde. C'est pourquoi Mme Pénicaud, en lien avec le ministère des affaires étrangères et la Direction générale du Trésor, devra élaborer à la fois une cartographie et un plan stratégique. Je souhaite que ce travail, pour lequel nous devons nous donner un peu de temps, se fasse en toute transparence avec les parlementaires. Je demanderai à Mme Pénicaud qu'elle vous y associe pleinement, car c'est l'ensemble des acteurs qu'il faut mobiliser.

Vous m'interrogez, madame Rabin et madame Dagoma, sur le type de communication qui devra accompagner cette mobilisation. Pour ma part, je pense que l'on peut avoir des priorités qui se reflètent autrement que par des crédits budgétaires. Il faut tout d'abord établir un plan d'action cohérent et rigoureux en matière de politique de communication à l'international, car celle-ci, vous avez raison de le souligner, présente aujourd'hui des faiblesses. Cela fait partie de la feuille de route de Mme Pénicaud, qui est en train d'y travailler.

Cependant, j'en appelle encore au pragmatisme : actuellement, il y a trop de signaux divers, voire divergents, envoyés par un trop grand nombre d'émetteurs. On gagne en communication lorsqu'on envoie des messages simples, en nombre limité et répétés par tout le monde dans les mêmes termes. L'agence fusionnée devra nous aider à mettre en cohérence nos discours à l'international, quels que soient, ensuite, les canaux par lesquels ils seront délivrés. Après que nous aurons examiné ensemble ses propositions, nous envisagerons de façon réaliste l'action à mener pour avoir un programme de communication qui corresponde à nos ambitions. Il ne s'agit évidemment pas d'être malthusien ou de faire de fausses économies. Dans les comparaisons que vous faites avec nos voisins, vous avez raison de constater que l'Italie et la Grande-Bretagne consacrent plus d'argent public à la communication, mais ces pays savent aussi, sur d'autres sujets, mobiliser plus d'argent privé.

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