Intervention de Michael Roth

Réunion du 29 octobre 2014 à 16h00
Commission des affaires étrangères

Michael Roth, secrétaire d'état aux affaires européennes de la République fédérale d'Allemagne :

(Interprétation). Je suis très honoré de me trouver devant vous aujourd'hui : c'est la première fois. Comme je suis également chargé des relations franco-allemandes, je commencerai par quelques remarques d'ordre général sur les relations entre nos deux pays et sur nos missions communes en Europe et dans le monde. Le 3 décembre, M. Harlem Désir viendra à son tour au Bundestag, à Berlin, parler devant les parlementaires allemands.

Nous sommes tous ici, vous l'avez souligné, madame la présidente Danielle Auroi, des Européens convaincus et des amis de la coopération franco-allemande. Sans ces liens étroits qu'entretiennent la France et l'Allemagne, comment ferions-nous pour surmonter les crises et résoudre les nombreux problèmes auxquels nous sommes confrontés ? La concertation entre nos deux pays est bonne, si l'on en croit la qualité des relations entre nos deux ministres des affaires étrangères, M. Laurent Fabius et M. Frank-Walter Steinmeier, qui élaborent des stratégies communes. M. Harlem Désir et moi-même sommes également très attachés à la coopération entre nos deux pays car elle nous permet d'assumer nos responsabilités à l'égard de l'Europe, notamment en matière de bien-être, de croissance, d'emploi ou de solidarité sociale. L'Allemagne et la France ont besoin d'une Europe forte et l'Europe a besoin d'une coopération étroite entre nos deux pays : nous avons pu le vérifier ces dernières années, alors que nous nous interrogions sur le rôle de la France et de l'Allemagne dans une Europe élargie. Rien ne vaut l'étroite coopération de nos deux pays.

Pour assurer la solidarité, nous avons besoin d'une Europe à la fois forte aux plans économique et politique et équitable au plan social. Sans l'équité et sans la solidarité, il ne sera pas possible de surmonter le problème de crédibilité auquel l'Europe est confrontée. Pour un grand nombre de citoyens européens, l'Europe n'est pas la solution mais le problème. C'est pourquoi il faut accélérer le processus et convaincre nos concitoyens de son bien-fondé.

Je n'ignore pas que notre partenaire le plus proche, la France, se trouve à l'heure actuelle dans une situation économique difficile. J'ai toutefois confiance dans sa volonté de conduire des réformes. Ceux qui disent le contraire ne disent pas la vérité, d'autant que ces mêmes voix ne s'élevaient pas contre la politique menée sous l'ancien président de la république et le précédent gouvernement. Il convient de resituer la politique française dans son ensemble et sur une période longue.

Nous devons avant tout nous concerter sur des initiatives concrètes, qui permettent de réaliser des avancées et de s'affranchir des critiques stériles. D'autant que la France n'est pas la seule à devoir résoudre des problèmes. L'Allemagne doit également conduire des réformes et se restructurer. Si le budget et l'emploi s'y trouvent en meilleure situation, en revanche, les résultats des élections ne sont pas sans susciter des inquiétudes et les investissements publics et privés y sont insuffisants, notamment dans les infrastructures de transport, la réhabilitation des constructions publiques et l'agriculture. Leur déficit global peut être évalué à 118 milliards d'euros. Il faut aussi compter avec notre déficit démographique. L'Allemagne est devenue, elle aussi, un pays d'immigration : elle a dû l'accepter, non sans difficulté. Sa population vieillit, en raison de son faible taux de fécondité – 1,4 enfant par femme –, lequel provoque un déficit de main-d'oeuvre dans différents secteurs, notamment le secteur numérique, qui est capital.

Des réformes devant être conduites des deux côtés du Rhin, aux reproches mutuels préférons la concertation et la coopération. C'est un bon signe que les ministres de l'économie et des finances de nos deux pays aient déjà annoncé des propositions de réformes pour début décembre.

La faiblesse de la croissance est à mes yeux le problème essentiel. Il est nécessaire de la relancer pour que nos concitoyens puissent croire en l'Europe et en leur propre avenir : c'est une condition sine qua non du retour de la confiance. Cette croissance devra être solidaire et ne laisser personne de côté. Le pacte européen pour la croissance et l'emploi n'ayant malheureusement pas donné satisfaction, il est urgent de trouver une voie stable vers la croissance. C'est pourquoi je suis reconnaissant à M. Jean-Claude Junker d'avoir élaboré un agenda stratégique avec les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne. C'est maintenant que nous avons besoin d'une politique de soutien à l'emploi et à la croissance. L'Union européenne doit également agir en matière de sécurité et de coopération judiciaire.

C'est un fait : nous ne réussissons pas à atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés dans le cadre des différentes stratégies que nous avons adoptées – je pense à la stratégie de Lisbonne ou à « Europe 2020 ». Aussi convient-il de prendre des initiatives concrètes, pour notamment approfondir l'union économique et renforcer la politique de l'emploi et la solidarité. Il faut dépenser dans ces domaines la même énergie que celle que nous avons jusque-là consacrée aux moindres détails de notre politique budgétaire. La lutte contre le chômage des jeunes me tient particulièrement à coeur : il est inacceptable que 22 % d'entre eux ne trouvent pas de travail au sein de l'Union européenne. C'est même une honte. Le phénomène touche particulièrement l'Espagne, la Grèce et l'Italie, pays où plus de 40 %, voire 50 % des jeunes sont au chômage. Il s'agit de rendre l'espoir à nos enfants, sans quoi, aux élections, le vote en faveur des antieuropéens et de l'extrême droite continuera de progresser, non seulement en France ou en Grèce, mais partout en Europe. La politique sociale européenne doit être plus ambitieuse.

Avant d'évoquer toute augmentation des fonds, il faut étudier les projets que nous souhaitons réaliser en faveur de la jeunesse. L'Allemagne a déjà réalisé de grands progrès en matière de formation en alternance : peut-être conviendrait-il que nos deux pays coopèrent davantage en la matière. Il nous faut aussi promouvoir une communauté de valeurs. Nous ne sommes pas uniquement un marché intérieur ou une union monétaire : nous formons une union de valeurs – les valeurs de la Révolution française, l'égalité et la fraternité, sont universelles. Les citoyens de l'ancienne République démocratique allemande (RDA) partageaient aussi des valeurs communes. Aujourd'hui la démocratie et l'État de droit sont sous pression : c'est pourquoi je vous remercie de me donner l'occasion de lancer une initiative avec la France en faveur de l'État de droit et de la démocratie. L'article 7 du traité sur l'Union européenne est une véritable bombe atomique, qui nous pousse à respecter intégralement les valeurs démocratiques au sein de l'Union européenne. S'agissant de nos partenaires, même si nous ne voulons pas les sanctionner, nous devons rester crédibles, que ce soit vis-à-vis de la Chine ou de la Russie. Je vous demanderai également de faire preuve d'une plus grande solidarité à l'égard de tous les réfugiés et des pays qui les accueillent : un tiers de la population libanaise est composé de réfugiés – cela ferait 30 millions de réfugiés en Allemagne ! La situation est devenue intolérable au Liban. L'Union européenne doit accroître sa solidarité envers ces pays. Le respect de nos valeurs concourra à affermir la paix et à consolider la démocratie et l'État de droit dans le monde : nous avons tenté de le faire dans les États balkaniques, auxquels nous avons proposé des réformes dans le cadre du triangle de Weimar. L'est européen n'est pas seul concerné : les pays du sud le sont également.

La promotion de nos valeurs exige le soutien de nos parlements nationaux. Mon mandat de député – je le suis depuis seize ans – est pour moi plus important que mes fonctions actuelles de secrétaire d'État : les députés représentent leurs concitoyens, ils sont les sismographes des opinions publiques.

L'Europe ne réalise de progrès que dans le cadre d'une coopération étroite entre nos deux pays.

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