(Interprétation). Madame Chabanne, durant des mois, nous nous sommes efforcés de convaincre nos partenaires d'Europe centrale et orientale d'accepter des objectifs ambitieux en matière énergétique. Le sujet a été évoqué trois fois dans le cadre du triangle de Weimar. Je me félicite de l'accord obtenu car il permet à l'Europe de réaliser un grand pas en avant.
J'aurais évidemment préféré que le Conseil européen fixe des objectifs encore plus ambitieux et plus contraignants : il faut toutefois tenir compte – je l'ai dit – du grand nombre d'États membres qui sont encore fortement touchés par la crise ou qui accusent un grand retard en matière d'efficacité énergétique. L'Allemagne s'est penchée très tôt sur le sujet, en décidant notamment de sortir du nucléaire et en adoptant des mesures nationales, qui ne relèvent pas de la compétence européenne.
L'efficacité énergétique peut être un moteur de croissance : 40 % de la consommation de chaleur est actuellement produite par les ménages. Des mesures d'isolation permettront d'améliorer encore ce résultat. Aussi n'ai-je pas compris pourquoi le Conseil européen ne s'est pas montré plus ambitieux en matière d'efficacité énergétique. Nous ne pouvons toutefois que nous féliciter d'avoir trouvé un consensus réaliste.
Il convient, vous avez raison, de lier le plan d'investissement de 300 milliards au tournant énergétique, notamment en aidant les petites et moyennes entreprises à investir dans le secteur de l'efficacité énergétique.
La création d'une agence d'achat d'énergie ne saurait être envisagée tant que certains problèmes n'auront pas été préalablement résolus. Comment créer une agence commune responsable des achats si ceux-ci passent par des entreprises privées, comme c'est le cas actuellement dans les différents pays de l'Union européenne ? Ces acheteurs peuvent évidemment s'associer : ils ne formeront pas pour autant une agence publique. Il convient donc de clarifier les relations entre ces entreprises privées et les États. De plus, des contrats à long terme doivent être respectés.
M. Schneider, la fracture hydraulique est un sujet très sensible aussi en Allemagne. Le SPD, mon parti, y est opposé – je sais qu'il en est différemment de la Pologne et des États-Unis. L'Allemagne ne considère pas que la technologie actuelle soit satisfaisante. Si elle évolue, nous pourrons évidemment changer d'avis. Le gouvernement allemand a également tenu compte du très fort rejet de l'opinion publique.
Certains se demandent si le changement de gouvernement a provoqué en Allemagne un changement de politique. Je peux vous l'assurer. Le social-démocrate que je suis défend devant vous la politique menée dans le cadre de l'accord de coalition. Je n'avais pas l'intention de critiquer le précédent gouvernement français. Je voulais simplement rappeler que la politique française, qui est également critiquée par les médias allemands, a une histoire et qu'il convient de se montrer équitable à l'égard du nouveau gouvernement, qui doit engager des réformes qui auraient pu être engagées plus tôt. Je demande également aux médias allemands de faire preuve d'équité à l'égard du gouvernement français, qui se trouve dans une situation difficile du fait qu'il est obligé de procéder aux réformes maintenant.
L'Allemagne a décidé de créer un salaire minimum à compter du 1er janvier prochain et de lancer un programme de relance, de l'ordre de 15 milliards d'euros, notamment en faveur des infrastructures et de l'éducation. Je suis le premier à reconnaître que ce programme est insuffisant.
Alors que les États membres de l'Union européenne ont tous les mêmes intérêts, on entend encore parler d'intérêts nationaux. Tout ce qui est important pour l'Allemagne l'est aussi pour l'Europe. Toutes nos actions ont des effets sur nos partenaires. La relance de la conjoncture n'est pas un sujet de controverse entre nos deux pays. Tous les États membres sont confrontés aux mêmes problèmes. Nous avons besoin de procéder à des réformes structurelles : compte tenu de l'état d'endettement de nombreux pays, il nous faut coopérer à cette fin.
J'en ai par ailleurs assez d'entendre affirmer que la bureaucratie bruxelloise est responsable de tous nos maux et que seules les politiques nationales sont bénéfiques. Dans ces conditions, pourquoi continuer à prononcer de grands et beaux discours à la gloire de l'Europe ? Tous, nous sommes l'Europe. Le Conseil européen est composé des chefs d'État et de gouvernement. Les différents ministres des États membres se réunissent par compétences. Il faut le rappeler à ceux qui critiquent l'Europe.
La priorité demeure à mes yeux la lutte contre l'instabilité sociale au sein de l'Union européenne. Nous devons redonner espoir aux jeunes Européens et leur prouver que l'Union européenne n'est pas seulement un projet économique mais qu'elle est avant tout fondée sur des valeurs défendues par nos deux pays. Si nous ne pouvons pas leur démontrer que l'Europe est un projet de paix, la meilleure assurance-vie, et bien, nous échouerons. Prenons l'exemple des pays Baltes : le fait d'appartenir à la communauté européenne leur permet de ne plus craindre l'agression russe. Les États membres se soutiennent et se protègent mutuellement.
L'Europe a la capacité de susciter de grands espoirs. Je suis preneur de toutes les bonnes idées allant en ce sens !