Intervention de Harlem Désir

Réunion du 29 octobre 2014 à 16h00
Commission des affaires étrangères

Harlem Désir, secrétaire d'état aux affaires européennes auprès du ministre des affaires étrangères et du développement international :

Madame Chabanne, c'est vrai, le Conseil européen n'est pas allé aussi loin que nous le souhaitions en matière énergétique. Nous ne renonçons pas à la création d'une centrale d'achat commun. La Pologne et la France ont préparé un document sur l'union énergétique parce qu'elles pensent que celle-ci constituera, demain, un nouveau mécanisme de solidarité européen. S'il faut assurément prendre en compte la diversité des contrats d'approvisionnement, je pense toutefois que l'Europe est capable de négocier ses contrats avec les fournisseurs extérieurs de manière plus coordonnée, ce qui lui permettra de diminuer sa dépendance, surtout si elle renforce parallèlement l'efficacité énergétique et la part des énergies renouvelables.

Les interconnexions ont constitué un des éléments clés de l'accord intervenu au Conseil européen. L'Espagne et la France y travaillent ardemment. Les lignes à haute tension doivent être respectueuses de l'environnement, et donc être enterrées dans de nombreux cas, ce qui revient à augmenter leur coût. Les financements européens sont nécessaires à la réalisation de tous ces projets – je pense également au gazoduc MidCat. Les conclusions du Conseil européen prévoient que ces travaux auront toute leur place dans les grands projets d'intérêt commun. Ils seront donc visés par le plan d'investissement de 300 milliards d'euros.

M. Schneider a insisté sur l'importance du tandem franco-allemand, qui doit être dynamique et ambitieux, surmonter les différences politiques et éviter tout type de crispation. M. Leroy a raison : relancer les politiques européennes dans tel ou tel domaine est insuffisant si nous laissons de côté la question de l'idéal européen. Tel est le chemin que M. Roth a tracé dans son introduction, lorsqu'il a évoqué la nécessité de promouvoir une union économique qui fasse toute sa part à la cohésion sociale. Il est nécessaire de relancer aussi l'union des valeurs.

Nous devons construire ensemble un espace démocratique, une puissance de paix, un modèle de croissance responsable, durable et écologique, afin que chaque jeune se sente non seulement Allemand ou Français ou Espagnol ou Polonais mais également Européen. Il doit connaître l'existence de cet espace de formation, qui ne doit pas être simplement réservé à ceux qui font des études supérieures mais également aux jeunes apprentis – c'est le projet Erasmus des apprentis que défend depuis très longtemps Mme Guigou et qui est devenu une réalité. Qu'ils sachent que l'Europe se mobilise pour relever de grands défis internationaux, comme c'est le cas de la lutte contre Ebola, ou qu'elle aide les peuples qui se battent pour leur transition démocratique, comme la Tunisie, qui vient de réussir d'extraordinaires élections démocratiques qui sont un exemple pour toute la rive sud de la Méditerranée. L'Europe ne doit pas se réduire à un ensemble de traités et de règles, vécus comme autant de contraintes : elle doit apparaître comme un projet qui vaut à la fois pour les Européens et pour le monde. Quand elle construit un espace de démocratie, renforce la paix, et prouve que la croissance peut être à la fois économique, sociale et écologique, elle aide le monde entier à relever les défis qui se posent à lui, que ce soit en Chine, aux États-Unis ou en Afrique.

Tel est l'idéal européen qu'il faut réussir à faire vivre. Il suppose, comme l'a souligné M. Roth, que nous allions dans les réunions européennes non pas dans le seul but de soutirer quelque chose à l'Europe ou de nous plaindre d'elle, mais au contraire, comme aimait à dire le président Delors, pour faire avancer ensemble l'Europe, nos pays et un idéal commun.

Je tiens à remercier Mme la présidente Danielle Auroi et la Commission des affaires européennes, qui nous aident à faire progresser l'idéal européen via, notamment, des dossiers concrets, ainsi que Mme Élisabeth Guigou qui nous a reçus aujourd'hui.

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