Il y a un mois, le président de la Fédération nationale de l'aviation marchande (FNAM), Alain Battisti, affirmait la pérennité des compagnies aériennes françaises menacée dans les cinq prochaines années. Je suis maire de la ville où sont construits les cockpits de tous les appareils de la gamme Airbus : je ne peux tout simplement pas concevoir que, d'ici cinq ans, aucun d'entre eux n'équipe plus des aéronefs sous pavillon national parce que ces derniers auraient disparu – du moins du point de vue capitalistique.
Les compagnies aériennes génèrent dans notre pays des dizaines de milliers d'emplois directs et indirects. Il est donc urgent de réagir. C'est ce que propose votre rapport, que j'accueille très favorablement tant il me semble clair et pragmatique. Vous insistez sur l'importance du pavillon national, « indispensable à l'excellence et au dynamisme de la France » écrivez-vous. Je partage votre analyse d'une corrélation entre le pavillon et la souveraineté. Nous ne connaissons que trop bien l'exemple de notre pavillon maritime, qui a perdu de son attractivité faute d'adaptation à la concurrence étrangère. Vous indiquez que les compagnies aériennes françaises n'ont pas su profiter de la croissance du trafic mondial : leur part de marché a reculé de dix points entre 2003 et 2013, et même de quatorze points sur les vols métropolitains particulièrement investis par les opérateurs à bas prix.
Le poids des prélèvements obligatoires apparaît sans surprise parmi les obstacles auxquels se heurtent nos compagnies. Le coût des investissements de sûreté et une concurrence parfois peu loyale jouent également un rôle. Ces facteurs existent, mais n'absolvons pas pour autant le secteur qui s'est mal adapté à un environnement européen et mondial en rapide évolution. Air France a d'ailleurs consenti d'importants efforts récemment pour monter en gamme et rivaliser avec les meilleurs opérateurs mondiaux, ce qui me conduit à juger excessives les critiques précédemment adressées à la compagnie nationale.
En outre, les transporteurs à bas prix étrangers ont prospéré sur le marché français en raison de l'absence de concurrent domestique. Je voudrais connaître l'opinion de Bruno Le Roux sur cette question, très sensible comme l'a souligné la récente grève des pilotes, mais qui n'en est pas moins incontournable.