Intervention de Hervé Mariton

Séance en hémicycle du 21 janvier 2015 à 15h00
Débat sur la fin de vie

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaHervé Mariton :

La sédation terminale est pratiquée aujourd’hui, comme chacun sait. Il s’agit toujours d’une décision, d’un choix, d’un dialogue difficiles, entre le patient, son entourage et le médecin. Faut-il, et jusqu’où, préciser et expliciter les choses ? Jusqu’à quel point faut-il préciser le droit ? Et à quel moment considère-t-on que nous sommes dans des matières humaines si délicates que c’est au patient, quand il le peut, à son entourage et à son médecin que revient l’ultime responsabilité ?

Quel est exactement le droit du malade ? Parle-t-on d’ailleurs ici d’un droit du malade ou d’un droit du médecin ? Le droit du médecin doit-il être totalement codifié ? Et quelle est la part de responsabilité que, parfois, on ne peut pas écrire ? La même question se pose à propos de la directive anticipée : quand doit-elle être rédigée ? Dans quel délai ? À quel intervalle ? Pour tenir compte de l’évolution possible, du cheminement du patient, il faudra assurément beaucoup de délicatesse et de compréhension.

Certains mots employés par mes collègues – et je le leur ai dit – peuvent par ailleurs surprendre, voire blesser, même s’ils appartiennent peut-être à un vocabulaire technique reconnu. Je songe notamment à la notion de « prolongement inutile ». Entendez, chers collègues, que l’adjectif « inutile » puisse ne pas être compris.

Au fond, je crois que nous avons là une recherche, un travail et une proposition sincères, utilement éclairés par notre débat d’aujourd’hui. Mais il y a dans cette sincérité une ambiguïté, qui est source d’interrogations et d’inquiétude. S’agit-il de tenir un engagement du Président de la République, qui a pu être compris, à un moment donné, comme un pas vers les militants de l’euthanasie ? Que signifient par ailleurs les déclarations de responsables de l’exécutif, et du Président de la République lui-même, sur la notion d’étape ? Une loi, puis une autre loi ? Une étape vers quoi ? Une étape sur quel chemin ? Pourquoi une étape ? Faut-il nécessairement, en ces matières, faire mouvement ?

S’il y a sur nos bancs une très large unanimité, un très large consensus au sujet de la loi Leonetti, telle que nous la connaissons ; si chacun d’entre nous peut comprendre qu’une loi peut toujours être mieux expliquée et exiger les moyens d’une application concrète, conforme à l’esprit et au contenu de la loi ; si des précisions peuvent être apportées, je fais partie de ceux qu’inquiète le sens de cette étape, qu’il nous sera sans doute proposé de franchir. Cette étape est-elle indispensable ? Où nous mène-t-elle ? Il y a là beaucoup de questions et d’interrogations. De la sincérité, assurément ; des inquiétudes, aussi.

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