Mesdames, messieurs les députés, pour ma part je suis éleveur en Haute-Loire et je travaille avec mon fils. J'ai été président de la section ovine d'Interbev.
L'Office international de la viande regroupe la plupart des interprofessions viande qui existent dans la majorité des pays – États-Unis, Chine, Brésil, Mongolie, Nouvelle-Zélande, Australie, quelques pays d'Afrique, etc. Il est fortement mobilisé sur les aspects liés au climat du fait de cette année 2015 très particulière, à la fin de laquelle des décisions doivent être prises.
Je ferai quelques constats internationaux, qui donnent une image de ce qu'est l'élevage dans le monde. Il y a un milliard d'éleveurs dans le monde. Certes, ce ne sont pas tous des éleveurs à la française ou à l'américaine, mais ils ont des animaux. Un autre chiffre très significatif change la perception du phénomène : les trois quarts des surfaces agricoles mondiales sont des terres non labourables, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas utilisables directement pour cultiver des céréales. Il faut donc se demander ce que l'on fait de ces terres non labourables.
L'élevage, qu'il s'agisse des petites ou des grandes exploitations, transforme les protéines que l'on trouve, soit par les graminées, soit par les arbres et les arbustes, en protéines de qualité, qu'elles soient de lait ou de viande. Cette biomasse non comestible représente 80 % de l'alimentation des animaux. C'est un chiffre légèrement supérieur au niveau français et c'est normal, puisqu'il existe de nombreuses petites agricultures de par le monde. Cela montre que l'élevage est une réalité naturelle et économique de la planète.
On ne peut pas oublier non plus les services que rend l'élevage, quel que soit son lieu : traction animale – c'est un phénomène qui subsiste, même si, dans notre pays, on ne la voit plus que sous l'angle touristique –, peaux et cuirs, apport d'engrais organique voire de chauffage dans certains cas, entretien d'espaces et de paysages. Quel que soit l'endroit de la planète, l'élevage a formé le paysage et les espaces.
Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), la production de viande devra s'accroître de 70 à 160 % selon les espèces. La quantification de la demande de viande est liée aux phénomènes religieux, importants puisqu'ils déterminent des données différentes selon les pays. La réponse à cette demande croissante qui se manifeste en Chine, en Afrique et partout dans le monde où le niveau de vie augmente, ne doit pas se faire n'importe comment, sans sécurité sanitaire et environnementale. C'est là que le rôle de l'OIV et des associations comme Interbev est important. Il faut une gouvernance internationale, afin d'éviter que l'élevage soit sacrifié ou, au contraire, intensifié dans certains endroits. Cette gouvernance internationale doit tenir compte de l'aspect durable de l'élevage. Pour ce faire, nous développons plusieurs axes de travail avec la FAO. Ces programmes de coopération concernent la diffusion de pratiques concernant le stockage et la valorisation maximale des déjections animales. En effet, plutôt que de les considérer comme des déchets, il faut les composter et voir ce que l'on peut en faire, quelle que soit la partie du monde où l'on se trouve. Il faut aussi améliorer l'alimentation et la santé animale. Dès lors que les animaux sont en bonne santé, le nombre de kilos de viande obtenus à partir d'un animal est plus élevé et on a moins besoin d'une population mère. Il faut donc réfléchir à une alimentation de qualité.
Pour vous montrer que nous travaillons déjà aux côtés de la FAO, je prendrai deux exemples. L'OIV est engagé dans l'Agenda global pour un élevage durable. Ce programme vise à permettre au secteur de l'élevage de contribuer à la sécurité alimentaire, à la lutte contre la pauvreté – le revenu est lié à la façon dont les petits éleveurs parviennent à vivre de leur production – et à la protection de la santé publique.
L'OIV est également impliqué dans un partenariat pour l'évaluation environnementale et les performances de l'élevage. Comme vient de le dire Dominique Daul, il est important que l'ensemble de la société – organisations non gouvernementales (ONG), lobbies, etc. – soit d'accord sur des constats clairs et objectifs. L'enjeu est de faire reconnaître nos contributions positives, c'est-à-dire de montrer le rôle que peut jouer l'élevage dans la lutte contre la pauvreté et la création ou l'entretien de la biodiversité. La quantification du stockage du carbone, qui a été appréciée à juste titre par la communauté scientifique, doit être faite correctement pour que l'on sache vraiment comment l'élevage contribue aux efforts demandés en matière climatique.