Intervention de Jean-Baptiste Dollé

Réunion du 11 février 2015 à 9h30
Commission du développement durable et de l'aménagement du territoire

Jean-Baptiste Dollé, chef du service environnement de l'Institut de l'élevage :

Mesdames, messieurs les députés, je veux tout d'abord insister sur le fait que la problématique environnementale concernant l'élevage n'est pas récente. Elle est en effet intégrée depuis plus de vingt ans, puisque nous travaillons sur toutes les pratiques qui permettront aux systèmes d'élevage d'émettre moins de nitrates, ce qui se traduit aujourd'hui par une amélioration de la qualité de l'eau au niveau national.

Nous travaillons depuis plusieurs années sur la méthodologie à mettre en oeuvre afin d'apprécier le rôle exact de l'activité d'élevage dans les émissions de gaz à effet de serre, sachant que le processus de production du lait et de la viande est plus complexe que le processus industriel. On a l'habitude de compartimenter l'exploitation d'élevage en deux parties – d'une part l'animal, d'autre part le sol –, sachant qu'il y a des interactions permanentes entre les deux par l'affouragement des animaux – 80 à 90 % de l'affouragement est associé au sol de l'exploitation – et la valorisation des déjections sur ces mêmes exploitations. Cet élément très important est lié au cycle naturel du carbone et de l'azote, c'est-à-dire à un ensemble de phénomènes qui existent depuis de nombreuses années et qui sont en équilibre sur nos systèmes de production.

Il existe différents types de méthodologie pour évaluer ces impacts. Le premier se fonde sur les inventaires nationaux, qui permettent de déterminer la contribution d'un secteur aux émissions nationales. Le second se fonde sur l'analyse du cycle de vie, qui consiste à déterminer les impacts environnementaux associés à la production d'un kilo de viande ou de lait.

Ces méthodologies sont discutées à différents niveaux – national, européen, international – dans le cadre de travaux conduits en collaboration avec la FAO, l'objectif étant de partager ces évolutions méthodologiques et d'aboutir à une méthodologie harmonisée dans les différents pays. Ces évolutions méthodologiques ont d'ailleurs permis à la FAO de revoir la contribution de l'élevage à l'émission de gaz à effet de serre puisque, si elle était évaluée en 2006 à 18,6 %, en 2013 elle était de 14,5 % au niveau international. Cela nous permet aussi d'entrer dans les exploitations et de proposer des plans d'action aux éleveurs.

Grâce à cette évolution méthodologique, nous avons pu mettre en évidence les gains réalisés sur les émissions de gaz à effet de serre. La réduction des émissions de gaz à effet de serre dans l'élevage bovin est de 14 % depuis 1990, la meilleure performance technique des systèmes de production ayant permis d'améliorer la qualité de l'eau.

Jusqu'à présent, la contribution de l'élevage était analysée sous le seul angle des émissions de gaz à effet de serre, c'est-à-dire le gaz carbonique, le méthane, le protoxyde d'azote. La prise en compte du stockage de carbone n'était pas effective par manque de références, d'études scientifiques. Aujourd'hui, des éléments nous permettent de dire que nous pouvons intégrer le stockage de carbone. Des études récentes ont en effet été réalisées au niveau européen et international. Il en ressort que les prairies, qui représentent 13,5 millions d'hectares en France et 55 millions d'hectares en Europe, ont un potentiel de stockage deux fois supérieur aux grandes cultures. Cela nous amène à considérer la contribution de l'élevage aux émissions de gaz à effet de serre non pas seulement sous l'angle de l'émission mais aussi sous l'angle du bilan « émission moins stockage », ce qui nous permet de dire que l'élevage contribue à une compensation des émissions à hauteur de 30 % au niveau national.

Tout cela nous permet d'entrer en action, c'est-à-dire d'informer les éleveurs, de former les techniciens et de les sensibiliser à la démarche environnementale et aux problématiques du changement climatique, d'où ces deux programmes lancés à l'initiative des filières : Carbon Dairy pour la filière laitière, Beef Carbon pour la filière viande. Ils ont pour objectif de réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre d'ici à dix ans.

Ces programmes sont d'une assez grande ampleur puisqu'ils associent une centaine d'acteurs au niveau national. D'ailleurs, Beef Carbon s'étend au-delà du territoire national puisqu'il implique l'Irlande, l'Italie et l'Espagne dans un projet concerté pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre en élevage bovin. 6 000 éleveurs vont être impliqués dans la démarche, avec une évaluation des impacts environnementaux sur leurs exploitations et la mise en oeuvre de plans d'action. L'objectif de ces programmes d'une durée de six ans est de permettre une réduction des émissions de CO2 de 250 000 tonnes pour ces exploitations. Il s'agit vraiment d'avoir une force de démonstration sur le territoire national pour la diffuser ensuite à d'autres interlocuteurs du développement, du conseil, à d'autres régions et d'avoir une dissémination importante.

L'environnement est parfois abordé sous un seul aspect, par exemple la qualité de l'eau ou le changement climatique. Or il est très important d'avoir une approche globale car, en ne considérant qu'un seul impact sur l'environnement, on pourrait être conduit à promouvoir des pratiques ayant un effet bénéfique dans ce domaine mais un effet néfaste sur d'autres points, par exemple sur la préservation de la biodiversité.

Dans la mesure où l'activité de l'élevage bovin est en lien avec le sol et a une influence importante sur le paysage, la biodiversité, la faune et la flore, il est important de pouvoir intégrer cette dimension dans l'évaluation que l'on fait. Cela répond tout à fait à la démarche agroécologique suivie au niveau national.

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