Intervention de Jean-Louis Bricout

Réunion du 11 février 2015 à 9h30
Commission du développement durable et de l'aménagement du territoire

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaJean-Louis Bricout :

Messieurs, je vous remercie pour la qualité de vos interventions.

Concilier l'agriculture et la préservation de l'environnement, c'est possible et même indispensable.

En France, les émissions agricoles de gaz à effet de serre représentent environ 100 millions de tonnes de CO2 par an, soit 20 % des émissions totales du pays. Dans ce contexte, et comme l'a rappelé à plusieurs reprises le ministre de l'agriculture à la suite de l'adoption de la loi d'avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la forêt, l'enjeu est de considérer le défi écologique et de lutte contre le réchauffement climatique, le défi alimentaire et le défi agricole et forestier comme un ensemble, sans pour autant réduire les productions agricoles.

Le développement et la montée en puissance de ce qu'il convient dès lors d'appeler l'agro-écologie demeure une priorité. Elle a été encore rappelée mercredi dernier par le Premier ministre et la ministre de l'environnement à l'occasion de la présentation de la feuille de route 2015 pour la transition écologique, qui fait suite à la conférence environnementale.

Par ailleurs, le texte insiste sur le nécessaire maintien de la production au nom de la sécurité alimentaire. Ceci sera également défendu par la France dans les négociations climatiques internationales.

Pour résumer les choses simplement, je dirai que la seule question qui vaille est de savoir quel type d'élevage nous souhaitons privilégier.

L'impact de l'élevage sur l'environnement est important et diffus. La production animale a de fortes retombées sur les disponibilités en eau, car elle consomme plus de 8 % des utilisations humaines d'eau à l'échelle mondiale. Elle est essentiellement destinée à l'irrigation des cultures fourragères. Il est aussi attesté que la production animale est la plus grande source sectorielle de polluants de l'eau, notamment à cause des déchets animaux, antibiotiques, des hormones, des produits chimiques des tanneries, des engrais et pesticides utilisés pour les cultures fourragères.

Face à cette menace environnementale, se pose la question d'une meilleure efficacité d'utilisation des ressources qui sera la clé pour diminuer l'ombre portée par l'élevage. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l'efficacité des nouveaux processus de production ? Quelles solutions apporter pour limiter ces menaces qui pèsent sur la dégradation des terres, sur les émissions de gaz à effet de serre, sur la pollution de l'eau, sur la biodiversité ?

Chacun sait l'incidence que peuvent avoir le coût des intrants, le prix des terres, les comparaisons entre la rentabilité des différentes productions agricoles, les normes, les règlements qui sont imposés et qui font partie des contraintes lourdes à supporter par nos éleveurs. Quelle est l'incidence de ces coûts, de ces niveaux de prix sur les choix, les méthodes d'élevage et l'utilisation des ressources naturelles ? Quelles méthodes employer ? Des méthodes coercitives ? Des compensations sur le principe « pollueur-payeur » ? Quelle stratégie mettre en place pour favoriser les bonnes méthodes environnementales et encourager les possesseurs de bétail qui fournissent aussi des services environnementaux ? On a bien vu que l'approche de l'agriculture devait être globale et qu'il fallait prendre en compte ses effets positifs sur l'économie et le tourisme, sans oublier qu'elle permet le maintien des prairies.

De nombreux arguments avaient été avancés pour justifier l'impossibilité d'avancer en matière environnementale. Mais on se trouve face à une contradiction puisque si l'on pollue moins quand on élève rapidement, la qualité est aussi moindre. Chacun sait en effet qu'il y a une grande différence de qualité entre un poulet de batterie et un poulet élevé en plein air. Il faudra bien déterminer un jour ce que l'on souhaite exactement.

Enfin, le gaspillage alimentaire représente jusqu'à 30 % de la production française. Une proposition de loi a été discutée jeudi dernier et un plan a été présenté par le Gouvernement afin de réduire d'ici à 2050 le gaspillage alimentaire. Pensez-vous pouvoir jouer un rôle auprès des plus jeunes en accentuant le lien entre l'agriculture et la sensibilisation du milieu éducatif, notamment les lycées agricoles ?

Enfin, je souhaite souligner l'engagement des députés du groupe SRC dans l'accompagnement nécessaire de nos agriculteurs pour une agriculture verte et responsable. Il y va de notre capacité à demeurer compétitifs à l'échelle européenne.

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