Intervention de Alfred Marie-Jeanne

Séance en hémicycle du 19 février 2015 à 9h35
Transformation de l'université des antilles et de la guyane en université des antilles — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaAlfred Marie-Jeanne :

Monsieur le président, madame la secrétaire d’État, chers collègues, il faut se rendre à l’évidence : la mutilation de l’université des Antilles et de la Guyane a été un échec flagrant. Son onde de choc n’a pas fini de faire des dégâts. Ce qui se mijote autour de la création de l’université des Antilles laisse présager le pire. J’ai l’intime conviction que les tractations en cours n’ont qu’un but inavoué : celui de nous acheminer vers une seconde séparation, comme cela a déjà été dit.

Du passé, je sais les frustrations insupportables. Du passé, je sais les dysfonctionnements regrettables, comme je sais aussi les déplorables détournements de fonds publics en bande organisée. J’ai dénoncé toutes ces dérives les unes après les autres, sans complaisance et sans complicité d’aucune sorte.

Mais au-delà de toutes ces déconvenues, j’ai su raison garder en plaidant constamment en faveur du raffermissement et du développement des liens entre la Guyane, la Guadeloupe et la Martinique. Car sur ce sujet vital, j’ai toujours considéré que les points de vue égocentriques n’avaient pas ipso facto pour conséquence d’améliorer l’efficacité globale.

Ce qui se dessine dans la pénombre risque d’exacerber inutilement les antagonismes entre la Guadeloupe et la Martinique si les deux composantes sont traitées en rivales plutôt qu’en partenaires équivalentes et solidaires – à moins de se satisfaire d’une université croupion.

À y regarder de plus près, c’est le concept consistant à « avancer à reculons pour mieux sauter » qui est préconisé. Ce concept ne peut pas, malheureusement, s’appliquer à l’université. C’est une hérésie de vouloir d’abord rompre les liens pour ensuite envisager comment les recréer !

Une autre approche est possible. Entre associés, il faut toujours lâcher du lest et en conserver une part pour soi-même, dans le but, in fine, de réussir ensemble.

Au fond, la question qui nous turlupine est celle de la continuité du mandat de la présidente de l’université, que certains veulent à tout prix pousser vers la porte de sortie. Si l’intéressée s’en va, de gré ou de force, la question n’a plus sa raison d’être. Dans le cas contraire, il n’y a aucune garantie formalisée. Rien n’empêche, par exemple, le conseil d’administration de démissionner, même en partie, comme on l’a signalé. Ce n’est pas une hypothèse d’école, c’est une épée de Damoclès ! Ce serait un acharnement insolite et peu glorieux que d’arriver à une telle extrémité.

Madame la secrétaire d’État, vous êtes le pivot central autour duquel gravitent toutes les probabilités inimaginables. Dois-je rappeler que la présidente de l’Université n’a pas été désignée, mais qu’elle a été élue ? Son mandat expire dans deux ans. L’obliger à s’en aller de force, par un artifice quelconque, c’est fomenter un complot ! Ne pas respecter la date de l’échéance est une atteinte délibérée à la démocratie.

Il est temps de revenir à des considérations plus apaisées. Sans remettre en cause le principe d’une direction collégiale élue, il serait judicieux d’insérer dans les statuts la règle selon laquelle la présidence de l’université est dévolue alternativement à une personne issue de chaque pôle, tantôt la Guadeloupe, tantôt la Martinique.

Madame la secrétaire d’État, ne succombez plus aux voix des sirènes de la discorde permanente. Vous avez créé les meilleures conditions possibles pour que les universités de France soient plus performantes et plus attractives sur la scène internationale, alors que s’agissant des étudiants de notre outre-mer de la Caraïbe, vous nous faites naviguer à contre-courant du monde.

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