Intervention de élisabeth Borne

Réunion du 12 mai 2015 à 17h00
Commission du développement durable et de l'aménagement du territoire

élisabeth Borne :

C'est un honneur d'être devant vous, sur la proposition du Président de la République, pour solliciter votre accord sur ma nomination comme présidente directrice-générale de la RATP.

Cette grande entreprise publique, référence mondiale dans le domaine des transports urbains, est riche de son histoire, de ses prouesses et de ses innovations techniques. Elle est riche des femmes et des hommes, profondément attachés aux valeurs du service public, qui composent, dans la diversité de ses métiers, le groupe intégré qu'est la RATP. Elle est riche enfin de la qualité des relations qu'elle a su tisser avec les collectivités et autorités organisatrices, au premier rang desquels le syndicat des transports d'Île-de-France (STIF).

Elle est au coeur d'enjeux essentiels allant de la vie quotidienne des millions de voyageurs qu'elle transporte chaque jour, au développement des territoires que ses réseaux irriguent, mais aussi, à une échelle plus globale, à la lutte contre les gaz à effet de serre par le recours à des modes de transports sobres en énergie et peu polluants.

Les questions de transport, leurs liens avec l'aménagement et le développement durable des territoires constituent l'axe principal de ma vie professionnelle. Je suis ingénieure de formation, de l'École polytechnique puis de l'École nationale des ponts et chaussées. Mon parcours m'a conduit à occuper des postes au sein de l'État, en administration centrale, en cabinet ministériel ou comme préfète de région, en collectivité et en entreprise, dans le secteur public ou privé, avec la préoccupation constante de servir l'intérêt général et la conviction que l'action publique doit améliorer le quotidien et l'avenir de nos concitoyens.

J'ai suivi les questions de transport pendant cinq ans au cabinet du Premier ministre. Puis, pendant cinq ans, j'ai été directrice de la stratégie, membre du comité exécutif de la SNCF. Dans ce cadre, j'étais notamment chargée du projet industriel de l'entreprise, qui visait à faire partager par les cheminots et leurs représentants, les grands enjeux de la transformation de l'entreprise.

Ces expériences m'ont permis de connaître les grandes problématiques du domaine des transports, de mesurer l'importance du dialogue avec les partenaires sociaux et de la qualité des relations avec les collectivités et autorités organisatrices, mais aussi d'appréhender de manière opérationnelle la déclinaison de ces enjeux, au sein d'une grande entreprise du secteur.

Mon expérience de secrétaire générale du schéma directeur d'Île-de-France, puis de directrice générale de l'urbanisme de la ville de Paris, menant de nombreuses opérations avec les collectivités voisines, m'a permis de bien connaître les territoires où intervient la RATP et ceux où elle est appelée à se développer avec le réseau de transport du Grand Paris.

Mon parcours m'a amenée à travailler, dialoguer et négocier avec des partenaires très variés, à développer des projets en France et à l'international, et à mobiliser des équipes au service de grandes politiques publiques, notamment comme préfète de région.

C'est cette expérience que je souhaite, si vous m'accordez votre confiance, mettre au service de la RATP, en mesurant le poids des responsabilités qui pourraient m'être confiées à la tête de cette grande entreprise, où 55 000 personnes mettent chaque jour leurs compétences au service de millions de voyageurs.

Comme vous le savez, la RATP est en bonne santé. Elle respecte la trajectoire financière fixée en accord avec l'État dans son plan d'entreprise. Elle a montré sa capacité à améliorer sa performance économique en mobilisant les différents leviers de productivité. Elle partage son résultat avec le STIF à hauteur de 100 millions d'euros par an, le reste lui permettant d'améliorer sa capacité d'investissement au profit des voyageurs.

Le cadre juridique de son action en Île-de-France est clarifié, notamment depuis la loi de décembre 2009 déclinant le règlement européen sur les obligations de service public. Le groupe assume ainsi, depuis le 1er janvier 2012, la mission pérenne de gestionnaire d'infrastructures, y compris pour les futures lignes du Grand Paris Express, et dispose d'un temps d'adaptation conséquent pour une ouverture à la concurrence différenciée selon les activités. Depuis la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain, il est également autorisé à développer son activité par l'intermédiaire de filiales en province et à l'étranger.

Sa diversification est engagée, même si le coeur historique, en Île-de-France, représente plus de 80 % de son activité. Le groupe RATP est le cinquième acteur mondial du transport public, présent sur tous les modes de la mobilité collective : rail, métro, tramway et bus.

La RATP dispose d'une compétence exceptionnelle dans la gestion des flux denses de voyageurs grâce à son coeur d'activité en Île-de-France, où elle exploite un des réseaux les plus importants d'Europe, dans le cadre du contrat qui la lie au STIF. Sa situation financière dépend largement de ce contrat dont la renégociation s'engage dans un contexte marqué par les contraintes qui pèsent sur les finances publiques, notamment celles des collectivités locales, et par la nécessité de renforcer la desserte en transport en commun en banlieue et à la périphérie de l'Île-de-France.

La RATP devra donc continuer à améliorer sa performance économique, mais elle peut prendre appui sur ces bases solides pour se consacrer à sa priorité : la qualité du service rendu aux près de 9 millions de voyageurs qu'elle transporte chaque jour. Elle ne pourra le faire que grâce à la mobilisation de ses salariés autour d'objectifs clairs, à l'engagement du management associé à la détermination de la stratégie et à la qualité du dialogue social.

Dans ce domaine, elle a joué un rôle précurseur. Je rends hommage aux présidents dont l'impulsion a fait de cette entreprise ce qu'elle est aujourd'hui : Jean-Paul Bailly, Anne-Marie Idrac et, bien sûr, Pierre Mongin, avec une pensée particulière pour la très grande directrice des ressources humaines qu'a été, à leur côté, Josette Théophile, qui nous a quittés, il y a quelques semaines.

La transformation, le développement, la capacité à relever les défis passent par l'implication de tous les salariés de la RATP qui assurent quotidiennement une belle mission de service public dans des conditions parfois difficiles. La qualité du dialogue social est un préalable à la réussite de l'entreprise. Si vous m'accordez votre confiance, ce sera l'une de mes priorités.

J'en viens aux principaux défis que devront relever les 55 000 collaborateurs du groupe RATP.

Le premier est la qualité du service rendu aux usagers. La RATP doit proposer des offres supplémentaires pour faire face à l'augmentation de la fréquentation sur le réseau existant, que la prochaine réforme tarifaire pourrait accentuer. Pour ce faire, elle doit acquérir des matériels de plus grande capacité et plus confortables, ce qui suppose la poursuite du déploiement de trains à deux niveaux sur le RER A ou la modernisation des rames du RER B, la modernisation du métro avec l'automatisation de la ligne 4, et l'augmentation de la fréquence grâce à des systèmes de contrôle commande modernisés.

Un autre enjeu majeur en Île-de-France est de répondre aux besoins des territoires mal desservis. Afin de préparer la mise en service du réseau Grand Paris Express, la RATP réalise, pour le compte du STIF ou de la Société du Grand Paris (SGP), des extensions de réseau sur quatre lignes de métro. Fin 2014, elle a mis en service les nouvelles lignes de tramway T6 et T8, après les deux mises en service intervenues en 2013. De même, à la demande du STIF, elle a renforcé, en 2014, l'offre de bus sur quarante-neuf lignes.

Au-delà de ces mesures, les voyageurs attendent de la RATP qu'elle leur fournisse un service plus attentionné et plus régulier, une information fiable et personnalisée, notamment en situation perturbée, et des espaces sûrs et propres.

La sécurité ferroviaire est au coeur de la culture de la RATP. Elle passe par un très haut niveau de maintenance et de suivi assuré notamment par le gestionnaire d'infrastructure interne, mais aussi par une vigilance permanente et une mobilisation à tous les niveaux de l'entreprise, y compris du Président.

La qualité de service sera au coeur de la négociation qui démarre avec le STIF sur le prochain contrat. Si la RATP, selon les enquêtes du STIF, peut se féliciter d'un taux de satisfaction de plus de 80 %, les attentes restent fortes, notamment sur l'amélioration de la régularité. Je distingue deux priorités : la ligne 13, qui sera heureusement soulagée par le prolongement de la ligne 14 – j'ai noté l'enjeu que constitue le délai sur ce sujet –, et les RER A et B, pour lesquels une modernisation sans précédent est lancée dans le cadre des schémas directeurs d'investissement. Les progrès réalisés grâce à une exploitation unifiée du RER B par la RATP et la SNCF devront être confortés. Il faudra étendre cette dynamique au RER A.

Pour l'information aux voyageurs, c'est en combinant la mobilisation de toutes les nouvelles technologies du digital, une gestion des informations plus réactive, partagée avec le STIF et la SNCF, et l'équipement et l'implication des personnels, que la RATP pourra jouer pleinement son rôle d'acteur de la ville intelligente, en facilitant la vie des voyageurs.

Les attentes concernent également l'amélioration de la propreté, pour laquelle la RATP devra poursuivre les efforts engagés depuis 2013, et la sécurité, la garantie de voyager en toute tranquillité étant indispensable pour attirer tous les publics vers les transports en commun. En accord avec le STIF, nous pourrions renforcer encore les équipes du Groupe de protection et de sécurisation des réseaux (GPSR), qui compte actuellement 1 100 agents.

La négociation du nouveau contrat qui s'engage est essentielle pour la RATP. Elle s'inscrit logiquement dans une exigence croissante de la part de l'autorité organisatrice. L'entreprise pourra capitaliser sur la relation de confiance qui s'est tissée ces dernières années, notamment grâce au travail de terrain réalisé par les agences et les différents services, à l'écoute des usagers et des collectivités.

La RATP cherchera à concilier cette exigence avec des conditions de mise en oeuvre réellement motivantes pour ses salariés. La déclinaison des objectifs de qualité de service au niveau de chacun des opérateurs est un gage de mobilisation de toute l'entreprise sur ces enjeux essentiels.

Celle-ci cherchera enfin à maintenir le haut niveau d'investissement du contrat en cours pour accroître l'offre et moderniser le réseau, grâce à des cofinancements qui lui permettront de ne pas augmenter sa dette.

Le deuxième défi est l'exemplarité en matière de développement durable. Dans le passé, le groupe s'est comporté en précurseur dans le domaine social, par ses propositions de développement du réseau, largement reprises dans le projet Grand Paris Express, ou par des prouesses techniques comme l'automatisation de la ligne 1 sans interruption de service. Si vous m'accordez votre confiance, je souhaite mobiliser la richesse et la diversité des talents pour faire de la RATP, l'entreprise de référence en termes de mobilité durable.

Cet enjeu s'impose d'autant plus que la France, qui accueillera en décembre la conférence Paris Climat, se doit d'être exemplaire. À cet effet, elle s'est fixé des objectifs ambitieux dans la loi sur la transition énergétique, qui revient en discussion dès la semaine prochaine devant votre assemblée.

Le programme « Bus 2025 », élaboré en concertation avec le STIF et la ville de Paris, s'inscrit dans cette ambition. Il doit permettre à l'entreprise de disposer d'un parc « zéro émission – zéro particule – zéro bruit » à horizon de 2025. La RATP, qui travaille en partenariat avec GDF Suez et EDF pour expérimenter les meilleures solutions, peut créer un véritable effet d'entraînement sur la filière et faire émerger des offres de constructeurs français.

Des progrès sont aussi possibles dans la gestion des déchets, le traitement du bruit, la récupération de l'énergie ou de la chaleur. Je suis certaine que la RATP a la capacité d'être à la pointe sur ces différents sujets.

Les enjeux en termes d'environnement concernent également la santé. La question de la qualité de l'air dans les espaces souterrains ferrés est un enjeu tant pour les voyageurs que pour les 13 500 agents qui travaillent dans ces espaces. Pour mieux cibler ses actions, la RATP pourra s'appuyer sur l'expertise que mène actuellement l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES).

La responsabilité sociale de l'entreprise, c'est aussi l'accessibilité pour tous. Favoriser la mobilité des personnes handicapées revient à améliorer le confort de l'ensemble des voyageurs et à anticiper le vieillissement de la population. Si la situation du métro pose des difficultés particulières prises en compte par la loi de 2005, le réseau de tramway est entièrement accessible, les soixante-cinq gares du RER le seront en 2019 et la quasi-totalité des bus disposent d'une rampe d'accès. Le travail doit se poursuivre avec les collectivités gestionnaires de voirie pour adapter les points d'arrêt.

La responsabilité sociale, c'est enfin, la mobilisation en faveur de l'emploi, y compris pour les personnes qui en sont le plus éloignées. Le groupe, qui a recruté 4 300 personnes en 2014, dont 2 800 pour l'établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), est un des premiers recruteurs d'Île-de-France. L'an passé, 800 personnes y ont bénéficié de contrats aidés.

Avec votre accord, je veillerai à ce que la RATP joue pleinement son rôle dans les territoires qu'elle dessert, en faveur de l'emploi, du développement économique et de l'insertion sociale, qu'elle continue à assumer ses responsabilités en termes d'emploi des personnes handicapées, qu'elle tire parti des nouvelles perspectives ouvertes pour le service civique, dans un jeu gagnant-gagnant pour les jeunes et pour les voyageurs, et qu'elle utilise toutes ses marges de progrès en termes de parité, puisqu'elle emploie à peine 20 % de femmes.

Le troisième défi pour la RATP sera de se préparer à la concurrence et de conforter le développement du groupe. La concurrence existe, depuis 2010, pour les nouveaux réseaux créés par le STIF. L'ingénierie est totalement concurrentielle, en particulier pour le projet du Grand Paris Express. SYSTRA, filiale commune avec la SNCF, a remporté la moitié des contrats attribués.

La RATP a de nombreux atouts pour tenir une place de premier plan dans le projet de développement majeur qu'est le Grand Paris. En prolongeant la ligne 14 au nord jusqu'à Saint-Denis-Pleyel et au sud jusqu'à Orly, elle réalisera, pour le compte de la SGP et du STIF, le premier élément d'une véritable épine dorsale du Grand Paris et contribuera à améliorer la desserte des aéroports parisiens.

Elle devra prochainement répondre à un appel d'offres majeur : l'exploitation de la grande rocade du Grand Paris Express, la ligne 15. Pour la RATP, c'est un enjeu en termes de technique, d'économie et d'image. Je la crois capable de remporter cet appel d'offres et de démontrer ainsi ses forces sur son territoire historique.

En 2024, c'est la totalité des lignes de bus franciliennes qui seront soumises à appel d'offres. La RATP doit s'y préparer de manière offensive et dynamique en s'appuyant sur ses progrès permanents de compétitivité.

Le groupe a également engagé son développement hors d'Île-de-France, en visant un chiffre d'affaires de plus d'1 milliard d'euros en 2015, en étant présent dans quatorze pays sur quatre continents et en proposant, en région, une offre alternative aux collectivités locales, aux côtés de celles de Keolis et de Transdev.

Il a sans doute une carte à jouer sur le marché des autocars interurbains dont l'ouverture est prévue dans le cadre du projet de loi pour la croissance et l'activité.

Il peut valoriser son savoir-faire en matière de tramway, car, responsable de 100 kilomètres en Île-de-France, il est l'un des plus grands exploitants au monde de ce mode de transport.

Il peut en outre s'appuyer sur son modèle multimodal, à la pointe des technologies du transport haute densité, dont les lignes 1 et 14 sont les meilleurs exemples.

Ces atouts doivent aider l'entreprise à conforter sa place sur le marché national et mondial, ses filiales RATP Dev et SYSTRA portant en province et à l'étranger le savoir-faire de l'établissement public dans les domaines des transports et de l'ingénierie. Les contrats en province ou à l'étranger, permettent à la RATP d'apprendre la concurrence et de mieux se préparer à l'ouverture du marché en Île-de-France.

La période qui s'ouvre s'annonce passionnante pour la RATP. La préparation du nouveau contrat avec le STIF sera l'occasion de marquer l'engagement de toute l'entreprise sur la qualité de service et de montrer sa capacité à dégager des ressources pour participer au financement des investissements. La réalisation du Grand Paris Express sera un puissant levier pour un développement plus équilibré des territoires de l'Île-de-France et un défi en termes de construction et d'exploitation de nouveaux réseaux. La prise de conscience des enjeux de climat et de santé publique devrait conduire à renforcer la demande de transports propres à l'échelle mondiale.

Grâce aux compétences de ses agents et à la pertinence des politiques menées par les présidents qui se sont succédé ces dernières années et dont je salue de nouveau l'action, la RATP a tous les atouts pour réussir, pour répondre aux besoins de mobilité croissants des Franciliens, pour améliorer l'accès à l'emploi, aux services, à la culture, pour conforter l'attractivité de la région capitale et sa capacité à accueillir de grands événements comme la COP 21 en décembre prochain, les JO de 2024 ou l'Exposition universelle en 2025, et pour renforcer sa place parmi les leaders mondiaux du transport public. L'entreprise devra prendre appui sur ces acquis pour continuer à innover, à entreprendre et à aller toujours plus loin.

Si vous l'approuvez, c'est avec beaucoup de modestie et une très grande motivation que je me propose de mobiliser ces compétences, ces femmes et ces hommes pour relever de beaux défis au service de l'intérêt général, dans une entreprise que je sais très attachée, comme je le suis moi-même, aux valeurs du service public et au dialogue social.

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