Mesdames et messieurs les députés, plusieurs questions relatives au budget de fonctionnement de la Philharmonie nous ont été posées. Initialement évalué à 28,5 millions d'euros pour 2015, première année pleine de fonctionnement, il devrait se situer approximativement en exécution entre 30 et 32 millions d'euros car de nouvelles activités sont programmées en cours de saison, comme certains festivals. Ce montant est à peu près équivalent à celui du budget de fonctionnement de la Cité de la musique dans son périmètre historique. L'ouverture de la Philharmonie aboutit d'une certaine façon à un doublement des activités qui sont destinées à être regroupées au sein d'un établissement unique d'ici à la fin de l'année.
Du point de vue de la structure des dépenses, ce budget de 28,5 millions se différencie assez nettement de ceux de la salle Pleyel et de la Cité de la musique. Les crédits d'activité représentent quasiment 40 % du budget de la Philharmonie, ce qui est considérable pour le lancement d'un tel lieu. Nous ne sommes donc pas lestés, comme d'autres, par des charges fixes de fonctionnement trop lourdes qui risqueraient d'asphyxier progressivement nos activités culturelles. Les crédits consacrés à ces activités s'élèvent à 12 millions d'euros pour un budget prévisionnel de 28,5 millions, et cette part augmentera en exécution puisque, comme je vous l'ai indiqué, de nouvelles programmations expliquent le surcroît de dépenses.
La masse salariale, élément déterminant pour l'avenir du modèle économique de la Philharmonie, représente un peu plus de 6 millions d'euros. Il s'agit d'un montant proportionnellement peu élevé sachant que les salaires absorbent habituellement environ 40 % du budget des établissements publics. Nous parvenons à maintenir ce faible niveau grâce à la mutualisation avec la Cité de la Musique, qui constitue l'un des points forts de notre modèle économique. La mutualisation des équipes permet de démarrer une nouvelle activité avec un dimensionnement humain très raisonnable. Cette dépense de 6 millions d'euros couvre le rapatriement des équipes de la salle Pleyel, soit environ quarante personnes, et la création d'un certain nombre d'emplois – dans une mesure, somme toute, assez modeste puisque nous n'avons ouvert la Philharmonie qu'avec vingt-cinq emplois nouveaux.
Sur le plan des recettes, nous nous fondons sur un modèle selon lequel 15 millions d'euros de subventions nous sont versés, 9 millions apportés par l'État, et 6 millions par la ville de Paris. Il est exact que la Ville avait envisagé, dans un premier temps, un financement à parité avec l'État pour 9 millions d'euros, et que, dans les derniers mois de préfiguration du projet, elle a opté pour un financement de 6 millions. Grâce au dialogue permanent avec ces deux tutelles, nous avons cependant eu le temps de réviser notre modèle économique pour tenir compte de l'ajustement du niveau des subventions et ouvrir la Philharmonie avec un budget sécurisé. Le volume des activités, aussi bien celui des concerts que celui des activités éducatives, a été revu pour correspondre aux rentrées financières, et le budget pour 2015 a été construit sur des bases saines. Il n'y a aucune mauvaise surprise à attendre.
Permettez-moi de revenir sur le modèle économique de la Philharmonie. Pour citer deux établissements que nous connaissons bien, il faut savoir que les subventions représentent environ 70 % des ressources de la Cité de la musique alors que ses recettes propres s'élèvent à 30 %. Ces proportions étaient inversées à la salle Pleyel dont le modèle économique reposait sur des prix de places très élevés à destination d'un public à fort pouvoir d'achat et souvent assez âgé. Fondée sur un projet éducatif qui tend la main à de nouveaux publics, la Philharmonie ne pouvait pas partir sur des bases similaires. Nous nous sommes donc positionnés à un niveau intermédiaire. La Philharmonie est subventionnée à un peu plus de 50 %, et l'autofinancement devrait atteindre environ 45 ou 47 % de son budget. Même si la part des ressources propres est supérieure à celle de la Cité de la musique, nous disposons de marges budgétaires qui nous permettent de proposer des tarifs nettement inférieurs à ceux de la salle Pleyel.
Nous pouvons d'ores et déjà estimer que nous finirons l'année 2015 avec un taux d'autofinancement supérieur à celui initialement prévu en raison d'un accroissement des ressources propres. La réussite de l'exposition David Bowie, le taux de remplissage de 95 % – nous n'espérions pas qu'il soit meilleur que celui enregistré à Pleyel ou à la Cité de la musique –, et le succès des opérations de mécénat permettent de penser que nous dépasserons nos objectifs de recettes. Dès cette première année, le taux d'autofinancement pourrait donc s'élever à 50 ou 55 %.
Je précise qu'à mon sens ces résultats ne s'expliquent pas par un engouement passager ou par le phénomène de curiosité que peut susciter un lieu nouveau. Ils reposent sur des bases économiques saines et solides grâce à l'importance de la jauge de la Philharmonie et à la véritable attractivité du projet pour les mécènes et les partenaires commerciaux. Nous constatons même que cette dynamique se fait ressentir à la Cité de la musique. Alors que l'on pouvait penser que l'attention se concentrerait sur la seule Philharmonie, nous observons que le taux de fréquentation de la Cité de la musique progresse également : nous étions à 80 à 85 % de taux de remplissage, et nous atteignons aujourd'hui les mêmes résultats que dans le nouveau bâtiment de Jean Nouvel.
À moyen terme, plusieurs points sont donc favorables au maintien de l'équilibre budgétaire, que ce soit le niveau raisonnable de la masse salariale, le montant des recettes propres, les crédits d'activité dont le niveau initial élevé permettra de construire une politique artistique dans la durée, ou la stabilisation de la subvention, puisque la Ville et l'État se sont engagés à maintenir le montant de leur participation. J'y ajoute le fait que, dans la loi de finances pour 2015, l'État a fait un geste à l'égard de la Cité de la musique, en « rebasant » son budget, qui avait baissé ces dernières années, d'environ 1,5 million d'euros, ce qui, dans la perspective de la fusion des sites en un seul établissement, confortera les moyens de l'ensemble.
La baisse des tarifs par rapport à ceux de la salle Pleyel constitue un fait marquant de l'ouverture de la Philharmonie. Cette baisse générale concerne aussi bien les activités du week-end tournées vers les familles que les concerts de prestige du soir. Elle est de l'ordre de 20 à 25 %, ce qui est très sensible. Le public mélomane qui fréquentait Pleyel est ainsi incité à se déplacer vers la Philharmonie. Nous constatons qu'il a suivi, sans aucun doute parce qu'il est passionné, mais aussi parce qu'il y est encouragé par la baisse significative des prix.
Ces tarifs permettent également de tendre la main aux jeunes et à de nouveaux publics. La jauge de la Philharmonie dépasse celle de la salle Pleyel de cinq à six cents places qui sont excellentes sur le plan de la visibilité et de l'acoustique : nous pouvons les proposer aux jeunes pour 8 euros dans le cadre d'un abonnement, ou de 10 euros à l'unité. Nous disposons donc d'un considérable réservoir de places très accessibles économiquement à offrir au jeune public afin qu'il découvre la musique. Aujourd'hui, les jours de concert, nous constatons physiquement que les jeunes sont beaucoup plus nombreux qu'à Pleyel. Il suffit de se tenir dans l'entrée de la Philharmonie pour se rendre compte de la présence de publics que l'on n'avait pas l'habitude de voir au concert. Je rappelle que les prix des concerts participatifs destinés aux familles sont également bas, soit 8 euros pour les enfants et 10 euros pour les parents.
Nous ne disposons pas encore d'étude sérieuse susceptible de nous donner des informations sur l'origine sociale et géographique des publics. Ce travail ne peut s'effectuer sur une durée courte, notamment parce qu'une programmation festivalière attire des spectateurs toujours différents. Il demande de plus de mettre en place des protocoles statistiques très précis d'échantillonnage. Nous avons toutefois prévu de cofinancer avec le ministère de la culture une étude d'ensemble sur le public de la Philharmonie. Elle devrait commencer à la fin de l'année avec la participation du département des études de la prospective et des statistiques du ministère. Ses résultats permettront de fournir des chiffres extrêmement précis à la représentation nationale.
À ce stade, je peux néanmoins vous communiquer quelques indications fondées sur l'échantillon restreint de nos abonnés – il convient en conséquence de prendre ces données avec les plus grandes précautions. Pour les cent premiers jours d'ouverture, 60 % des abonnés aux concerts venaient de Paris et 40 % de l'extérieur de la capitale, les trois quarts du public non parisien provenant de l'Île-de-France. Un quart du public des concerts habite dans les quatre arrondissements du Nord-est parisien, soit le XIe, le XVIIIe, le XIXe et le XXe, et 10 % des spectateurs viennent du seul XIXe où se trouve la Philharmonie, ce qui est très significatif. Par ailleurs 10 % du public vient des Hauts-de-Seine, 6 % de Seine-Saint-Denis, et 6 % du Val-de-Marne. Il nous semble que ces premiers éléments témoignent d'un élargissement du public tant parisien que francilien.