Intervention de Michel Herbillon

Réunion du 2 juin 2015 à 16h45
Commission des affaires culturelles et de l'éducation

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaMichel Herbillon :

Cher collègue Burkhardt Blienert, si vous pensez devoir vous inspirer du modèle français, je crois que vous aurez raison de le faire dans le domaine du soutien à l'industrie cinématographique, plutôt que celui des relations entre le Gouvernement et le Parlement. Le modèle allemand me paraît à cet égard supérieur au nôtre, car notre république n'est pas une république authentiquement parlementaire. Je sais que le président du Bundestag, M.Norbert Lammert, a engagé une réflexion au sujet des questions au Gouvernement. Sans doute aurait-il avantage à regarder le déroulement des travaux outre-Manche, où j'ai pu assister à une séance de question time, assurément plus interactive que notre séance de questions au Gouvernement. En France, les choses sont malheureusement assez formatées.

Dans le domaine du cinéma, le modèle français, assez sophistiqué, me semble avoir fait la preuve de son succès. Il constitue sans conteste un élément important de l'exception culturelle. Ainsi, alors que notre production compte encore, la production cinématographique italienne se réduit aujourd'hui hélas à peu de chose, si l'on se souvient de Visconti ou de Fellini, pour avoir été tuée par la télévision commerciale. Nos mécanismes de financement du cinéma, telle l'avance sur recettes, ont empêché cela.

Sans doute l'Union européenne gagnerait à présenter aux citoyens son visage culturel. Alors qu'elle est mise en cause et que des interrogations se font jour sur sa pertinence, cela pourrait être un élément fédérateur et rassembleur de montrer que l'Europe de la culture existe, notamment à destination de la jeunesse. Le patrimoine et la culture sont par eux-mêmes des éléments d'attractivité ; ils illustrent ce qu'est l'Europe, quelle est la diversité de ses monuments et de ses paysages – car la liste du patrimoine mondial établie par l'UNESCO inclut aussi des sites naturels. Trop souvent, la priorité est donnée aujourd'hui aux sujets économiques et sociaux. Je trouve que c'est dommage. Peut-être faudrait-il imaginer de créer un label européen qui soit représentatif de la culture en Europe ? Récemment, deux villes françaises ont été inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO : Albi et Bordeaux. Ce classement constitue un élément d'attractivité pour les touristes européens et extraeuropéens.

Comme il a déjà été dit, la culture est porteuse de sens et d'identité, ce qui en fait un élément fédérateur. Bien entendu, son organisation répond en Allemagne à des caractéristiques particulières, du fait de sa nature fédérale. En France, elle relève d'un ministère central institué en 1958 par le général de Gaulle, et dont André Malraux fut le premier titulaire. Il conduit une action importante vis-à-vis des monuments, des musées ou du spectacle vivant. Mais la politique culturelle se décline aussi aux niveaux régional, départemental et municipal. C'est une problématique très actuelle, car le manque de moyens des collectivités territoriales, aggravé par la réduction des dotations consenties par l'État, produit de fâcheuses conséquences sur le plan culturel.

J'en viens enfin à l'enseignement de la langue allemande en France. La réforme des collègues a suscité en France une polémique. Je m'en suis entretenu avec l'ambassadeur d'Allemagne. Mon groupe politique s'est opposé à la réforme du collège comportant la suppression des classes bilangues. Je voudrais réaffirmer que nous sommes attachés à l'apprentissage de la langue de l'autre et nous serons très attentifs à ce que l'apprentissage de l'allemand se développe dans notre pays.

Permettez-moi de me référer sur ce point à une conférence de presse du général de Gaulle donnée en 1962. Il y affirmait ne pas croire que « l'Europe puisse avoir aucune réalité vivante si elle ne comporte pas la France avec ses Français, l'Allemagne avec ses Allemands, l'Italie avec ses Italiens, etc. Dante, Goethe, Chateaubriand appartiennent à toute l'Europe, dans la mesure même où ils étaient respectivement et éminemment Italien, Allemand et Français. Ils n'auraient pas beaucoup servi l'Europe s'ils avaient été des apatrides et qu'ils avaient pensé et écrit en quelque espéranto ou volapük intégré… ». Ces réflexions pourraient être étendues au domaine de la musique, de l'opéra ou de la peinture. En tout état de cause, nous sommes très attachés, à l'Assemblée nationale, à l'apprentissage des langues.

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