Intervention de Alain-Gérard Slama

Réunion du 29 mai 2015 à 9h00
Groupe de travail sur l'avenir des institutions

Alain-Gérard Slama :

Je vous remercie, Bernard Manin, d'être venu à mon secours : j'ai souvenir d'avoir été mis en difficulté la semaine dernière sur ce sujet...

Ne croyez pas le moins du monde que je cherche à vous critiquer si j'affirme que votre approche est extraordinairement française. J'y ai reconnu Descartes – « ne jamais recevoir aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle ». J'y ai reconnu Montaigne – non pas le Montaigne « Guelfe aux Gibelins et Gibelin aux Guelfes », mais le Montaigne divers et ondoyant, le Montaigne des appartenances multiples, qui fut à cet égard l'un des fondateurs de notre laïcité. J'y ai reconnu Rousseau – non celui qui affirme que la souveraineté est inaliénable, mais celui qui, comme Voltaire en l'occurrence, considérait que, dans une société divisée en groupes d'appartenance, c'est malheureusement le groupe le mieux organisé – et souvent le plus convaincu, donc parfois le plus extrême – qui l'emporte sur les autres. J'ai eu la joie d'y reconnaître le raisonnement fondamentalement laïque de la séparation des ordres, de la distinction entre espace public et espace privé et de la spécificité du politique.

J'ai ainsi eu plaisir à vous entendre dire qu'une représentation miroir peut, le cas échéant, en cas d'idées claires et distinctes, être admise à titre exceptionnel mais que l'on ne peut en faire un principe sans risquer d'entendre les revendications catégorielles que vous avez eu à subir lors de ce tour de table. D'où la gymnastique très habile à laquelle vous vous êtes livré en expliquant qu'il fallait éviter de recourir à des quotas et en présentant l'idée de « conditions normatives durables ». Lors du débat sur la parité, j'avais été très sensible au fait que, pour de nombreux mouvements féministes, il n'était pas question d'imposer des quotas ni de pratiquer la discrimination positive car il y a deux sexes. Mais si nous débattons de la question des quotas, n'est-ce pas parce qu'il existe en Europe des modèles différents – anglo-saxon et scandinave, notamment ? Comment vos étudiants américains reçoivent-ils votre discours ? Le trouvent-ils « terriblement français », ou bien celui-ci peut-il avoir un caractère de généralité suffisant pour constituer la base scientifique d'une réflexion ?

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