Alors que l'Europe est confrontée à une crise migratoire dramatique, la situation de l'immigration en France aurait mérité un temps de réflexion plus long que celui que l'agenda de la session extraordinaire lui consacre.
Force est de constater que ce projet de loi est en cohérence avec la logique de facilitation de l'accueil des étrangers sur notre territoire qui caractérise la politique du Gouvernement depuis 2012. Si je partage votre volonté de mettre en avant les avantages économiques et culturels de l'immigration pour notre pays, je considère que cette précipitation est contraire à toute clarification. Plus particulièrement, les dispositions de l'article 11 relatives à l'attribution du « passeport talent », qui visent à renforcer l'attractivité de notre pays, privilégient celles et ceux qui envisagent un investissement économique direct en France. Cette mesure est, certes, louable sur le papier, et nous ne pouvons qu'y être favorables, mais il conviendrait de préciser la nature et le montant de l'investissement projeté, ainsi que de fixer à celui-ci d'un niveau minimum et d'une durée au moins égale à celle du séjour.
Une interrogation demeure quant au nombre important de Français qui quittent notre pays et investissent à l'étranger, tant sur le plan intellectuel que financier, quand ils ne se délocalisent pas totalement afin de fuir la fiscalité aberrante imposée par un gouvernement manquant de perspectives à long terme. À quand la délivrance d'un « passeport talent retour » pour nos ressortissants ? S'il est fondamental d'accueillir des investisseurs étrangers en France, garder nos concitoyens créateurs d'idées, d'entreprises, de richesses et d'emplois me paraît tout autant essentiel, sinon plus.