Intervention de Pierre Lellouche

Réunion du 15 juillet 2015 à 12h15
Commission des affaires européennes

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaPierre Lellouche :

À l'issue de débats intenses ce matin, le groupe Les Républicains votera majoritairement en faveur de l'accord européen relatif à la Grèce. Cela dit, un certain nombre d'entre nous ont de grandes réserves à ce sujet : j'en fais partie, et vais vous les exposer à titre personnel.

La présidente Élisabeth Guigou a dit tout à l'heure, à juste titre, que le plus important dans le vote de cette après-midi était le signal politique que nous allions adresser. Si nous sommes tous favorables au maintien de la Grèce dans la zone euro, nous estimons pour notre part que cela ne doit pas se faire à n'importe quel prix. Or, monsieur le ministre, en réponse à la question que le président Gilles Carrez vous a posée, vous avez semblé exclure un deuxième vote, portant sur les conditions financières : pour vous, nous aurons une réponse vers le 7 août mais, le chèque du MES ayant déjà été voté par le Parlement, il n'y aura pas de raison d'y revenir, même si cela doit coûter 30 milliards d'euros de plus au contribuable français – ce qui représente tout de même un point et demi de PIB : je m'étonne que vous considériez que cela ne vaut pas un vote du Parlement français, et j'espère que nous aurons au moins le droit d'en débattre.

Sur le fond, les gouvernements européens ont fait en sorte d'éviter à l'Europe un saut dans l'inconnu, ce qui peut être vu comme une bonne nouvelle à court terme. Cependant, comme le disait Albert Einstein, la folie consiste à reproduire les mêmes erreurs et à s'attendre à ce qu'elles aient un résultat différent. Or, non seulement vous continuez à matraquer ce malheureux peuple grec à grands coups de mesures d'austérité, mais vous lui imposez une chose que l'on n'avait pas vue depuis la République de Weimar, à savoir une dépossession totale de sa souveraineté : ainsi les lois concernant la vie économique et sociale devront-elles être soumises aux institutions créancières avant de l'être à la consultation publique ou au Parlement grec. À moyen et long termes, vous devez vous attendre à de gros problèmes.

L'histoire de la Grèce moderne, depuis sa naissance il y a deux siècles, est une histoire chaotique et violente. Je peux vous assurer que ce qui serait perçu comme totalement intolérable à Paris, Rome ou Madrid, le sera encore plus dans ce pays, et que la mise en application de l'accord va se révéler ingérable. Ce n'est pas le principe même de l'accord qui est en cause, mais sa faisabilité : vous avez conclu un accord politiquement mort-né dès sa signature – j'en veux pour preuve le fait que le Premier ministre grec dise lui-même avoir signé à contrecoeur un accord auquel il ne croit pas. Les plans de sauvetage de la Grèce équivalent à deux fois le plan Marshall – qui, lui, était destiné à seize pays. Vouloir garder la Grèce dans l'Europe, c'est bien, mais à le faire dans ces conditions, il faut s'attendre à une crise de confiance massive en Europe dans quelques mois, qui aboutira à ce que nous soyons très rapidement de retour à la case départ, avec des conditions encore dégradées. C'est pourquoi j'aurai beaucoup de mal à approuver votre accord cet après-midi, monsieur le ministre.

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