Intervention de Laurent Davezies

Réunion du 16 septembre 2015 à 13h30
Commission d'enquête visant à évaluer les conséquences sur l'investissement public et les services publics de proximité de la baisse des dotations de l'État aux communes et aux epci

Laurent Davezies, professeur au département Villes, échanges et territoires du Conservatoire national des arts et métiers, CNAM :

Vous pouvez négocier afin que certains soient davantage épargnés. Il reste que, même s'il y a égalité de traitement, le coup porte précisément à l'endroit où le système prête le flanc à une attaque, puisque la mutualisation attendue de la création des intercommunalités n'a pas eu lieu. Je ne dis pas que l'usage du martinet soit de bonne politique, mais on peut considérer cet événement, très coûteux sur le terrain, comme une action publique menée à distance pour obliger les collectivités locales, en leur tordant le bras, à faire ce qu'elles n'avaient pas fait auparavant.

Madame Marcel, vous avez évoqué le fonds d'un milliard, en partie fléché vers le monde rural. Une espèce d'épouvantable inquiétude est aujourd'hui répandue concernant le monde rural, notamment alimentée par l'ouvrage de Christophe Guilluy, La France périphérique. Il s'agit d'un véritable sujet politique. Ce qui est frappant, c'est que toute la littérature scientifique sérieuse sur la question, à commencer par celle produite par Hervé Le Bras, par les travaux de l'INSEE ou ceux de ma propre équipe, montre un véritable regain, même si l'on ne peut pas parler d'un monde rural unique. En Picardie, vous trouvez un monde rural délabré, alors que, quand vous quittez le Nord-Est, dans les deux tiers du pays, vous rencontrez un monde rural qui compte de nombreux atouts. Il regagne aujourd'hui de la population grâce aux soldes migratoires, et il a complètement changé de fonction : d'agricole, d'industrielle et d'artisanale, son économie est devenue globalement « résidentielle ». De plus en plus, ses habitants vivent et travaillent au même endroit.

Dans le même temps, une grosse étude à l'initiative du ministère du tourisme a montré que le peuplement effectif du monde rural français, décompté en nuitées – ce qui inclut, au-delà des habitants au sens du recensement, toute personne ayant dormi une nuit sur ces territoires –, est aujourd'hui comparable à celui des années 1960, soit avant l'exode rural. Autrement dit, le monde rural est aujourd'hui très « utilisé ». Les hurlements que nous entendons actuellement auraient eu un sens dans les années 1980. Désormais, je ne dis pas que tout va bien, mais la dynamique du monde rural est plutôt positive.

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