Je suis convaincu que nous nous sommes trompés lorsque nous avons créé les intercommunalités : notre objectif était financier, mais nous avons ouvert une porte qui ne s'est pas refermée.
Mme Marcel a évoqué ce qui s'est produit avec les transferts de compétence, mais il faut ajouter que, depuis trente ans, de nouveaux besoins sont apparus dans la population, et qu'ils ont souvent été pris en charge par les collectivités locales et par les intercommunalités. C'est l'État qui annonce qu'il faut des crèches partout, mais ce sont le plus souvent les communautés de communes qui gèrent les services à la petite enfance. Une partie des dépenses reprochées aux intercommunalités correspond à des charges qui auraient de toute façon existé sans elles.
Par ailleurs, un coût réglementaire considérable est aujourd'hui à la charge des collectivités locales. En France, nous devons embaucher deux personnes pour surveiller une piscine dès lors qu'il y a une personne dans l'eau, alors qu'en Allemagne une seule suffit : cette disposition coûte des dizaines de millions d'euros au niveau national. Ce ne sont pas les élus locaux qui élaborent la réglementation. Alors qu'ils ne demandaient rien en la matière, elle a par exemple rendu nécessaire la création de centaines et de centaines de postes pour gérer les schémas de cohérence territoriale (SCOT).
Je suis véritablement révolté par le procès qui est fait aux élus de ce pays au motif qu'ils seraient « dépensiers ». C'est trop facile ! Il faudrait faire la part des choses entre les dépenses liées aux besoins nouveaux de la population ou aux coûts réglementaires, et celles qui sont vraiment dues à la gestion par les élus.
Le déclin de l'industrie est au coeur de la problématique française. Ses conséquences sur le développement sont considérables. En Allemagne, l'industrie représente 7,5 millions d'emplois quand elle en totalise moins de 2,5 millions dans notre pays. Cette simple réalité collective a des effets directs sur l'équipement, l'aménagement et la vie des territoires. Lorsque des industries se retirent des territoires, c'est la vie qui s'en va, et cela signe notre échec collectif à maintenir en France une industrie puissante. Nous ne pouvons que constater que les emplois des nouveaux secteurs sont plutôt des emplois de techniciens et d'urbains que des emplois industriels de périurbanité ou de ruralité.
Pour avoir un peu travaillé sur le sujet, j'ai constaté qu'il n'existait aucun lien en Europe entre la taille des régions et leur prospérité économique : on trouve de très petites régions florissantes et de très grandes régions très peu prospères. En France, existe-t-il selon vous une corrélation entre la taille des collectivités et leur dynamisme ? Par ailleurs, cette corrélation existe-t-elle entre la taille de la collectivité et le niveau de ses dépenses ? J'ai constaté que plus les communes étaient grandes, plus elles dépensaient par habitant : on fusionne des petites communes pour en faire des grandes en croyant que l'on fera des économies mais, comme dans les intercommunalités, on crée de nouveaux postes de fonctionnaires, des directeurs, des sous-directeurs, des sur-directeurs…