Intervention de Laurent Davezies

Réunion du 16 septembre 2015 à 13h30
Commission d'enquête visant à évaluer les conséquences sur l'investissement public et les services publics de proximité de la baisse des dotations de l'État aux communes et aux epci

Laurent Davezies, professeur au département Villes, échanges et territoires du Conservatoire national des arts et métiers, CNAM :

Ce qui semble vrai pour certains types de nations ne l'est plus pour les régions mais le redevient pour les villes – plus exactement les agglomérations. William Alonso, économiste américain, en avait déjà fait la démonstration dans les années soixante, et les travaux récemment effectués à la suite de ceux de Paul Krugman sur les effets de la concentration font le même constat : dans les pays industriels, le succès économique et la forte productivité sont au rendez-vous dans les très grandes villes, à la fois denses et fluides. Les « trois S » mis en avant par les Anglo-Saxons – size, sprawl, speed, c'est-à-dire taille, densité et vitesse – constituent la pierre philosophale. La taille ne suffit évidemment pas : Lagos ou Kinshasa sont immenses mais sans aucune accessibilité, sans transports, sans marchés qui puissent fonctionner.

Qu'en est-il de la dépense selon la taille d'une collectivité ? Le débat sur la taille optimale des villes date des années 1960. Les Soviétiques estimaient qu'une ville ne devait pas compter plus de 200 000 habitants environ, et qu'au-delà d'une certaine taille les coûts des services publics devenaient trop élevés. Le même débat existait dans les pays occidentaux, où de nombreux géographes défendaient la théorie de la taille optimale. Les économistes, parmi lesquels William Alonso que j'ai déjà cité, ont répondu que si le coût unitaire en services publics du citoyen d'une grande ville était supérieur au coût unitaire du citoyen d'une petite ville, le bénéfice unitaire retiré était plus important dans la grande ville que dans la petite. En toute rationalité économique, la taille maximale de la ville ne serait atteinte que lorsque les coûts excéderaient les bénéfices. Ce dernier calcul échappant aux études, il apparaît que l'action publique ne doit pas viser à réduire la dépense, mais qu'elle doit la rendre la plus productive possible, maximiser le rapport coûts-bénéfices de la ville et de la relation urbaine. S'il existait une corrélation entre taille et dépenses dans les conditions que vous indiquez, cela nous aurait amenés à limiter la taille des villes. Le débat a été tranché différemment dans les années 1960 et 1970.

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