Votre question est difficile et elle peut susciter des opinions diverses. Avant d'y venir, parlons de votre comparaison avec la Grèce. Vous n'êtes pas loin d'avoir raison. Quand je suis allé exposer mes problèmes à la préfecture, j'ai été surpris de la teneur de la réponse, même si ces gens-là savent qu'il y a des choses qu'on ne peut pas dire. J'ai expliqué que mon budget 2015 ne me permettait de financer que onze mois de RSA sur douze. Ne vous inquiétez pas, m'a-t-on dit, la CAF va payer. Pour les allocataires, cela ne changera rien, et les intérêts de retard sont extrêmement mineurs en l'état actuel des choses. Je me suis alors inquiété de ce qui se passerait l'année prochaine, s'il n'y a pas d'évolution. Mon interlocuteur m'a alors dit que, dans ce cas, je ne payerai que dix mois de RSA l'année prochaine. La Grèce, nous y sommes presque.
En revanche, je ne suis pas de votre avis en ce qui concerne l'insertion. Bon nombre de départements n'ont pas fait d'efforts suffisants en faveur de l'insertion professionnelle des allocataires du RSA. Dans mon département, 70 % des allocataires sont dirigés vers Pôle emploi, mais 30 % d'entre eux ne s'y inscrivent pas, ne bénéficient d'aucun accompagnement et se contentent du RSA. Les autres, ceux dont s'occupe le département, sont les plus éloignés de l'emploi.
Dans les mois qui viennent, nous devrons être plus actifs en matière d'insertion des allocataires du RSA. Qui est mieux placé que le département pour discuter avec les présidents des organisations patronales et les présidents des chambres consulaires, afin de tenter de leur faire reconnaître une certaine priorité à l'embauche des allocataires du RSA pour ce qu'ils appellent leurs « emplois cachés » ? Dans mon département, ils l'ont admis et ils nous demandent seulement de vérifier que les personnes que nous leur présentons sont aptes aux fonctions proposées. Il faut en passer par une espèce de révolution culturelle qui consiste à faire travailler ensemble le monde de l'entreprise et le secteur social, qui ont besoin l'un de l'autre.
Si le RSA était renationalisé, les départements n'auraient plus aucune raison de se décarcasser pour l'insertion professionnelle des allocataires du RSA, un domaine dans lequel nous n'avons pas été bons parce qu'il n'est jamais apparu comme étant réellement une priorité. Notons aussi que certains allocataires réfléchissent quand ils voient la faible différence qui peut exister entre l'allocation et un travail payé au SMIC.
Il est une compétence que je verrais partir avec moins de regrets que l'insertion, c'est le SDIS – et je ne dis pas cela parce que je suis très provisoirement un peu fâché avec mes sapeurs-pompiers. C'est une compétence régalienne qui devrait revenir à l'État. Ce service représente 100 millions d'euros dans le budget du département du Nord, parce que la dépense est partagée pour moitié avec les communes et intercommunalités.