Je profite de ce qu'il reste encore des élus locaux au sein de la représentation nationale – qui sera considérablement appauvrie après leur départ – pour vous livrer mon expérience. Je suis président d'une communauté de communes et maire d'une commune de 10 000 habitants qui n'a pas de dette et où les impôts n'ont pas augmenté depuis onze ans. J'aimerais que l'on mesure les efforts fournis : nous avons mis dix-huit ans à réduire la dette à zéro et créé dans la communauté de communes quatre zones d'activité qui ont généré mille emplois nouveaux. Pourtant, la baisse des dotations conjuguée à la péréquation fait que, à fiscalité égale, nous allons perdre la quasi-totalité de notre capacité d'investissement, et tout cela en vertu de décisions prises à l'échelon national, sans qu'aucun élément de gestion locale ait été pris en compte. C'est terrible, démotivant et intellectuellement insupportable.
Personne ne semble mesurer l'effet cumulatif de toutes les mesures adoptées, symptôme de la mauvaise qualité de notre droit, qui repose sur une addition de mesures qui n'ont jamais fait l'objet d'une vue d'ensemble. Je suis fatigué que le débat sur les collectivités locales ne procède que d'une vision parisienne du pays. Il faut quand même rappeler que le retrait de l'État a considérablement augmenté les charges des collectivités locales et que ce sont elles qui ont assumé les charges liées à l'élévation du niveau de vie et aux besoins nouveaux de la population, notamment des rurbains, que l'État les a fortement engagées à satisfaire en construisant crèches, médiathèques et infrastructures sportives. À cela s'ajoute enfin le coût réglementaire délirant auquel les collectivités doivent faire face. On a beau jeu, ensuite, de faire un procès en dépenses publiques aux collectivités, qui ne font que prendre en charge le financement de décisions dont les élus locaux ne sont pas responsables.
Je vois, moi aussi, se dessiner un avenir où notre territoire se réduira à quelques grandes métropoles entourées de déserts dépourvus de tout moyen. Ces dernières années, la France a, à juste titre et pour des raisons de sécurité plus que pour des raisons de coût, fermé de très nombreux plateaux hospitaliers : nous sommes très forts, en effet, pour tordre le cou à ce qui est petit ; nous le sommes moins pour évaluer quelle est la taille critique la plus pertinente en termes de gestion, et nos hyperstructures hospitalières coûtent finalement très cher à gérer, à cause de toute une série de coûts interstitiels. Qu'on m'explique, dès lors, l'intérêt de regrouper dans de plus grandes entités des collectivités locales et des villages dont la dépense par habitant est très faible et où les élus, le plus souvent bénévoles, savent tisser du lien social, alors que l'on sait pertinemment que ce regroupement fera augmenter les dépenses par habitant, puisqu'il faudra créer des centaines de postes de fonctionnaire. Est-ce le meilleur moyen de faire des économies ?