Votre étude confirme malheureusement le phénomène de désorientation des abeilles exposées aux néonicotinoïdes, et laisse supposer l'apparition d'un mécanisme d'adaptation compensant leur surmortalité. Pour mener vos expérimentations, vous avez suivi les déplacements de près de 7 000 abeilles grâce à des puces RFID collées sur leur dos et des capteurs électroniques placés à l'entrée des ruches. En association avec l'INRA, une partie des parcelles de colza d'un territoire de 200 kilomètres carrés a été traitée par enrobage des semences au thiaméthoxam durant deux ans, après accord du ministère de l'agriculture. Dix-huit ruches expérimentales ne présentant aucun symptôme imputable à des parasites ou maladies ont également été placées sur ce territoire, en prenant soin de créer un gradient de niveaux d'exposition aux parcelles traitées.
Il a été constaté que le risque de mortalité des abeilles augmente en fonction à la fois de la taille des parcelles et de leur distance à la ruche. L'effet de l'exposition s'accroît progressivement au cours de l'avancement de la floraison du colza, allant d'un risque moyen de mortalité de 5 % à 22 %. Vous faites donc le parallèle entre la taille des exploitations et le risque de non-retour à la ruche. Pensez-vous que réduire la taille des parcelles et favoriser l'implantation de plus de ruches, comme cela se fait chez mon collègue Jacques Krabal à Château-Thierry, serait une bonne solution ?
Des traces d'imidaclopride ont été relevées dans la plupart des échantillons de nectar prélevés sur les fleurs de colza, ainsi que dans le nectar collecté par les abeilles butineuses. Cette coexposition complique l'évaluation du risque en plein champ, car il n'a pas été possible de distinguer l'impact individuel de l'une ou l'autre molécule sur les abeilles. Pouvez-vous nous expliquer les conséquences de cette découverte ?
Enfin, la grande surprise de votre étude réside dans le fait que la surmortalité n'altérerait pas la quantité de miel produite. Selon vous, les colonies semblent être en mesure de compenser l'excès de mortalité pour préserver la taille de leur population et la production de miel. Les colonies les plus exposées ont modifié le calendrier de leur reproduction, retardant la production de couvains de mâles en faveur d'une production accrue de couvains d'ouvrières. Quelles conclusions tirez-vous de ces constatations et avez-vous réalisé des projections sur une période plus importante ? Enfin, quelle serait l'adaptation des abeilles sur le long terme ?